SCENE XXIV
LES MÊMES, L'EMPEREUR, LE FILS DE L'EMrE- REUR , LES TROIS ÉCOLIERS , LE GEÔLIER, CHEVALIERS ROMAINS, PEUPLE, DIEU, NOTRE- DAME, ANGES.
premier sergent. Cher sire, nous avons si bien cherché Yalenlin que nous vous l'amenons déjà. Parlez-lui.
l'empereur. Comment, maître! c'est vo'is qui avez exhorté le peuple à croire en un Dieu né d'une vierge comme vous dites ? Par mes dieux! vous n'en serez pas quitte. Ou vous déferez ce que vous avez fait, ou vous serez bientôt livré à une mort houleuse.
valent!!». Empereur, premièrement, vous qui soutenez une loi damnahle, si vous cherchiez de qui vous tenez vos dignités et votre grandeur; si vous faisiez effort pour aimer, mieux que vous ne le faites, mon Dieu, par qui vous fûtes formé, le créateur de loute créature et Dieu delà nature, il n'y a pas de doute...
le chevalier. Par Mahomel ! peu s'en faut que de mes doigts je ne le crève les yeux ici même. Un homme comme toi doil il parler ainsi à l'empereur de Rome? Malheur à loi!
l'empereur. Attendez. — (A un sergent.) Va, et taillât amène ici devant moi ces trois compagnons que pour leur crime tu as incarcérés aujourd'hui.
LE deuxième sercfni. Sire, par la foi que je vous dois! volontiers, sans rechigner. — (Au ge ôfier.) Allons! je reviens, Vide-Bourse. Prenez ces trois prisonniers : il faudra que vous veniez avec moi pour les mener jusqu'à la cour. Tenons-les serrés et pris de nous.
le geôlier. Mon doux ami, n'ayez à ce sujet aucune crainte. — Allons! sortez, vous trois. — Oh! il nous les faut lier ensemple par le corps.
le deuxième sergent. C'est bien dit : car, ce nie semble, nous les emmènerons avec plus de sûreté, liés ainsi que lu le dis.
le geôlier. C'est ainsi que toujours je mène court ceux que je sais avoir méfait. En avant! allonsnous-en. Tiens, c'est fail : ils sont accouplés.
deuxième sergent. C'est vrai : ils ne peuvent pas s'échapper. — En avant, canaille! trottez en avant, si vous ne voulez pas être frottés de ce bàton-ci.
le geôlier, à l'empereur. Voici, mon cher seigneur et maître, les prisonniers que vous démailliez. Maintenant, s'il vous plaît, ordonnez ce qu'on en fera.
l'empereur. On te le dira bientôt. — Truand, attendu que lu as converti ceux-ci et que lu les as pervertis par la doctrine, ils seront décollés devant loi : c'est le profit qu'ils en retireront. — Allons! coupez-leur vite la tète, puis laissez les bêtes 'sauvages manger leurs corps.
valentin. Mes frères el mes chers amis, ne vous occupez pas de la mort du corps, soyez de forts lutteurs conlre le serpent ; car je vous le dis, vous acquerrez une gloire qui durera toujours et une vie qui 119 finira jamais. Oui, par ce bref el court martyre vous verrez sans lin Dieu, noire Seigneur, comme il est.
troisième écolier. Homme de Dieu, nous sommes prêts à faire tout ce que lu nous recommandes ; prie donc Dieu qu'il mette nos âmes en paradis.
valentin. Votre volonté scia faite de bon coçim :
ny
nies cliers amis, je veux, sans plus larder, adresser ici à Dieu cette prière.
ie geôlier. Tu seras mis à mort le premier. Passe en avant, agenouille- loi. — C'est fait; il a plus de quoi jamais dire un seul mol.
valentin. Doux Jésus, recevez ces personnes en la compagnie de vos saints anges, el donnez-leur votre gloire; en sorte qu'ils voient voire Mère et vous. Fils, comme ils vous ont vus par les yeux de la foi ici-bas sur la terre.
dieu. Mère, je veux que vous alliez bien vite à mes amis que je vois là-bas, et que l'on veut mettre à mort pour mon nom. — Anges, conduisez-là vous deux, el 311 chemin récréez-là d'un îieau cantique.
LE PREMIER ANGE. SirC ,VOtlC Volonté doit I101IS
plaire ; c'est juste.
deuxième ange. Nous nous en irons parla quand nous serons en bas.
le geôlier. Allons, seigneurs! allons! quand j'aurai ici travaillé sur vous de mon métier, vous n'aurez, certes, jamais besoin de chaperons.
premier ange. Michel, dites avec moi ce chant ci ; vous n'en aurez pas de reproches.
Rondeau.
Venez-vous-en , bienheureux , là-haut dans ie royaume divin ; vous serez au milieu de la gloire éternelle; venez-vous-en, bienheureux, et vous vivrez toujours sans mourir tant le lieu est délec table. Venez-vous-en, elr.
le geôlier. Maintenant je sais bien que vous ne prêcherez jamais en aucun lieu une nouvelle loi. 11 m'est avis que chacun dort bien tranquille.
notre-oame. Allons vile, mes amis ! sans plus chauler, prenez ces âmes; el en avanl! J'ordonne que chacun se mette en route el qu'on reprenne le chemin que nous avons suivi pour venir ici.
deuxième ange. Dame des cieux, dame des hommes, fontaine de miséricorde, chacun de nous consent à faire votre volonté.
premier ange. C est vrai. Mon doux ami, continuons notre chant jusqu'à ce qu'il soit fini.
Rondeau.
Et vous vivrez toujours sans mourir, tant le lieu est délectable. Venez -vous-en, etc.
l'empereur. Seigneurs, écoutez : D'où vient ce chant mélodieux? jamais de ma vie je n'en ouïs de pareil.
le chevalier. Mon coeur en a ressenti un vif plaisir ; mais d'où cela vient-il? Je m'en émerveille fort, car de mes yeux je ne puis apercevoir qui chaule aussi mélodieusement. A leur chant, il semble qu'ils soient près de nous.
valentin. Empereur, sache, à n'en pas douter, que ce chant que tu as ouï de tes oreilles, c'esl (ne l'en émerveille pas) celui de la douce mère du roi Jésus el de ses anges qui sonl venus chercher les âmes de ces corps, gisimi ici. misa mort par loi. Ils les emportent vers Jésus-Christ, cl en les emportant, ils leur font fêle, comme lu as ouï.
l'empereur. Comment? ne le tairas lu pas devant moi au sujet de ton Jésus-Christ? Voici ce qi;e j'ordonne de loi : ou tu adoreras nos dieux, ou lu mourras par divers tourments, je le promets.
valentin. Je me mets entièrement en Jésiis- Chrisi, en sorte que tu ne peux me tourmenter, je dois le l'apprendre ; car quelque peine que lu me fasses subir, lu ne pourrais surmonter la grande joie que je ressentirais. Mais, moi aussi, j'ai à le dire une chose : si lu abandonnais et laissais les idoles fausses et vaincs, pleines du démon, el si lu adorais seulement le vrai Dieu, dans l'ennui, dans la détresse, lu trouverais une joie sans mélange, un repos durable sans peine, et un règne éieinel et sans fin. Je le dis la vérité.
l'empereur. A les paroles on peut bien voir que
VAL
tu es. possédé i!u démon. — Allons, vite, seigneurs ! vite, dépouillez-le au milieu de telle place. Quand il sera tout un, liez-le debout à ce poteau; et puis battez- le jusqu'à <e qu'il n'y ait plus sur son corps ni lâche blanche ni tache v. île, mais qu'il soit tout couvert <le sang pour son châtiment.
(Ou met alors lu lubie pour le (Huer île l'empereur.) LE pri.ml.r sergent. Mon cher seigneur, il sera fait comme vous l'ave/, dit.