GROULT. SOS
Dame, avant que tout ceci lui prêt, je vins ici pendant que l'on niellait la table et qu'on se préparait, et deux clercs s'en mêlaient. J'entendis ainsi que ces gens appelaient l'un de ces deux Riquece Aurri, l'autre Adam fils de maître Henri. Celui-ci •'•lait en cape.
ARSILE.
H est bien justice qu'il leur c.=: 6oil mieux, et que chacune y mette un don : dame, que donneres-vous à ltiqueee? Commencez.
MORGUE
Je lui donne gei,til don : je veux qui) ail abondance d'argent; quant à l'autre, je veux qu'il soit tel que ce soit le plus amoureux qui soil trouvé eu aucun pays.
Aussi veux je qu'il soit gai et bon faiseur de chansons.
MORGUE
Il faut encore un don à l'autre. Commencez.
ARSILE.
Dame, je décide que sa marchandise lui vienne à bien et multiplie.
morgue.
Dame, maintenant ne faites tel dépit qu'ils n'aient de vous aucun bien.
MAGLORE.
Certainement ils n'auront ri°n de moi. Oui dà ! quels beaux dons, moi qui n'ai pas eu ' de tapis! Honni soit qui leur donne quelque chose!
Oh ! dame, il faut bien qu'ils aient de vous quelque chose.
MAGLORE
Belle dame, s'il vous plaît, dispensez-m'en.
Il faut que vous le fassiez, dame, si vous nous aimez le moins du monde.
MAGLORE.
Eh bien! que Riquier soit pelé et qu'il n'ait nul cheveu devant. Quant à l'autre qui se va vantant d'aller à l'école à Paris, je veux qu'il soit ac<iq,uiné avec la compagnie d'Arias, et qu'il s'oublie entre les bras de sa femme, qui est molle et tendre; je
ADA
ADA
Et qu'il s'ouvlil -entre les bras Se l'enie, qui est mole et lenre, Kl qu'il perge cl hache l'aprenre El mèche se voie en resuit.
ARSILE.
A i 1 11 i ï dame, qu'a vés- vous d'il!
Tour Dieu! rapelés ceste cose.
MAGLORE.
Par l'àme où li cors me repose!
Il sera ensi que le ili
Certes, dame, che poise nu :
Mont me repenc, mais je ne puis.
Conques hui de liens vous requis.
Jecuidoie par ches deus mains Q'il déussent avoir au mains Chascuns de vous .i. bel jouet.
MACLORE.
Ains comperronl chier e conte!
Qu'il ouvlicrenl chi a nielre.
MORGUE
Gioquesol!
CROKESOS.
Dame?
MORGUE
Se l'as lettre Ko rien de ton seigneur à dire.
Si vien avant.
CROKESOS.
Diex le vous mire!
Aussi avoie je grand liaste :
'ienés.
morgue.
Par fui '. c'esl paine waste .
11 me requiert chiliens d'amours ; Mais j'ai mon cuer tourné aillours :
Di-lui que mal se paine emploie.
CROKESOS.
Aimi! daine, je n'oseroie :
Il me geieroit en le mer ; Nepourquant ne poés amer, Dame nul plus vaillant de lui.
MORGUE
Si puis bien faire.
CROKESOS.
Dame, cui?
MORGUE
L'u dcmoisel de cesie vile
Qui est plus preus que lex .c. mil»
Où pour noient nous Iraveillons.
CROKESOS.
Qui est-il?
MORGUE
Kobers Soumeillons,
Qui sel d'armes el du cheval ; Pour mi jonsle amont el aval Par le pais à laule ronde.
Il n'a si pieu en loul le monde, Ne qui s'en sache mies aidicr; Bien i parut à Moiildidier ,
veux qu'il perde son temps, qu'il laisse l'élude, et qu'il meile son voyage eu répit.
ARSILE.
Hélas! dame, qu'avez-vous dit? Pour Dieu! retraciez celle chose.
MAGLORE.
Par l'âme qui repose en mon corps! Usera ainsi que je dis.
MORGUE
Certes, dame, cela m'attriste : je me repens fort, mais je n'y puis rien, de vous avoir requise de quelque chose aujourd'hui. Je pensais par ces deux mains qu'ils dussent avoir au moins chacun un beau joyau de vous.
MAGLORE.
Au contraire, ils payeront cher le tapis qu'ils oublièrent de mettre ici.
Croquesos!
Dame?
CROQUESOS.
MORGUE
Si tu as lettre ou quelque chose à dire de la part de ion seigneur, viens avant.
CROQUESOS.
Dieu vous en récompense! aussi avais-je grande bile : tenez.
MORGUE
Par (ma) foi ! c'est peine perdue : il me requiert céans d'amour; mais j'ai tourné mon cœur ailleurs : dis-lui qu'il emploie mal sa peine.
CROQUESOS.
Hélas! dame, je n oserais : il me jetterait dans !a mer; néanmoins vous ne pouvez aimer, dame, personne qui vaille plus que lui.
Je le puis.
Dame, qui?
MORGUE
CROQUESOS
l)n damoiseau de ectle ville qui est puis preux qtw cent mille où nous travaillons pour rien.
CROQUESOS
Qui est-il
MORGUE
Robert Soumeillons, qui sait d'armes el du cheval; il joute amont et aval par le pays aux tablesrondes (787). Il n'y a si preux dans le monde enlier, ni qui sache mieux se lirer d'allrre. Il y parut bien à Monldidier, s'il jouta le mieux ou le pire. H s'< n ressent encore à la poitrine, aux épaules el aux bras.
(787) E>pèce de tournoi. Tristan, t. Il, p. 185, 188; la Slovia ed Analisi degli antichi romanzl cli Caoalleria e dei poemi romanzeschi d'Iialia del doitorc Giulio Ferrario. Milano. dalla lipografia dell' sulore, M. Dr.cc. XXV1I1 XXIX, quatre volumes in-8°, t. Il, p. 82-bi ; — Vues générales sur les tournois el lu
Table- llûnde. — Histoire de l'Académie royale des Inscriptions el Belles-lettres, t. XVIII, p. 511 315; Becveil des antiqviit z et privilèges de la ville de Bour<geset de plusieurs autres Villes capitales du Royaume. Par le;.n Chenu. A Paris chez .Nicolas liuon, mdcxxi. in-4°, fol. 179. (M. Fr. Michel.)
izfiîî