ABRAHAM, EPHREM
epiirem. M'apportez-vous d'heureuses nouvelles?
abraiiam. Oui, les meilleures.
f.I'IIRem. Tant mieux; sans doute, vous avez retrouvé Marie?
abraiiam. Je l'ai retrouvée, en effet, et tout joyeux, je l'ai ramenée au bercail.
ephrem. C'est l'œuvre de la grâce et de la présence de Dieu ; je le crois.
ABRAHAM. SailS lllll doute.
ephrem. Je voudrais savoir comment elle a maintenant réglé ses journées et ses occupations.
abraiiam. Comme je l'ai voulu.
epurem. Parfaitement bien.
abraiiam. Tout ce que j'ai trouvé bon, quelque difficile, quelque pénible que cela fût, elle n'a pas hésité à l'accepter.
f.i'iirem. Dieu, bien.
abraiiam. Revêtue d'un cilice, se mortifiant par des veilles et des jeûnes continus, elle contraint, par la discipline la plus austère, son corps délicat à subir l'empire de l'âme.
ephrem. 11 le faut; les souillures des plaisirs criminels ne s'effacent que dans la rigueur des châtiments.
ADRAHAM. Ses gémissements, quelque oreille qu'ils frappent , déchirent le coeur; la contemplation de son repentir inspire la contrition.
ephrem. C'est l'ordinaire.*
(■iS) L'auteur ne dit qu'un mot et ne décrit pas la scène, sans doute parce que le voyage se faisait sous les yeux des spectateurs. (Id).
(tfij ( Cette crainte pudique, qu'inspire à Marie
abraiiam. Elle s'efforce autant que possible, âpre» avoir été une cause de chute, de devenir un exemple de conversion.
EPHREM. Cela esl bien pensé!
mi. .iu.i Plus elle a été souillée, plus elle veut se montrer pure.
ephrem. Ce récit me comble de joie et fait pénétrer la satisfaction jusqu'au fond de mon cœur.
abraiiam. Et avec raison , car les phalanges des rieux se réjouissent et louent le Très-Haut pour la conversion du pécheur.
ephrem. Ce n'est pas étonnant : la persévérance, du juste n'est pas plus agréable à Dieu que la pénitence de l'impie.
abraiiam. Mais Dieu a dans tout cela d'autant plus de mérite, qu'elle désespérait à jamais de son salut.
ephrem. Félicitons, louons, glorifions l'unique, lo vénérable, le bien-aimé et le clément Fils de Dieu qui ne veut pas la perte de ceux qu'il a rachetés de son sang.
abraiiam. A lui , honneur , gloire , louange et jubilation pendant les siècles sans fin! Amen.
ABRAHAM ET ISAAC (Mystère d'). — M. l'abbé do Lame, dans ses Essais historiques sur les bardes, (es jongleurs et les trouvères normands et anglo-normands... (Caen, 1834, iti-8", 3 vol., t. 1", p. 166), a fait mention d'un mystère d'Abraham et d'Isaac, représenté à Caen vers l'an 1520. Celait sans doute celui qui fut extrait du Mystère du Vieux Testament, sous le tilre de Sacrifice d'Abraham, et qu'ont mentionné les frères Parfait, dans leur Histoire du théâtre françois (Paris, 15 vol. in- 12, 1735, t. XI, p. 317). On en trouvera 1 analyse, d'après cesauteurs, au Mystère du Vieux Testament (Voy. Viei x. Testament |Le], § vit).
ABUNDANCK (Jean d').— « Jean d'Abunuance, bazoeliien et notaire du Pont-Saint- Esprit, a composé plusieurs monlités et mystèies par personnages; savoir : le Gouvert d'humanité; — le Monde gui tourne la dos à chacun ; — Plusiuers qui n'a point de conscience; — le Mystère des trois roys ; — Mystère sur Quod secundum legem débet moiii; — et plusieurs autres, imprimés à Lyon. » (Duverdier, Bibliothèque françoise, p. 635.)
Les frères Parfait ont répété la noie de Duverdier, sous les dates de 1538 et 1541 ; ils ont fait remarquer quo le Mystère des trois roys n'avait pas été imprimé, ni trèsprobablement celui de Quod mundum, etc.
(Hist. du Th. fr.; Paris, 15 vol. iu-12, 1735, 1745; t. II, p. 268; t. III, pp. 47,49, 151,152.)
ABUS. — La farce d'Abus de Gringore , qui vivait sous Louis XII, a élé analysée ainsi par.M.O. Leroy, dans ses Epoques de l'histoire de France, (Paris, 1843, in-8% p. 371) : « Les principaux personnages sont : Abus, Vieux-Monde, Sot dissolu, Tromperie, Ribaurfi'sc, etc. Abus est parvenu à endormir Vieux- Monde, et il profite de son sommeil pour inlroduire près de lui une bande de Sofs qui
la vue du lieu où elle a failli, est un trait charmant de délicatesse féminine; il appartient en propre à Ilrotsvitha. • (Id.)
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viennent le démolir de toutes pièces, après quoi ils se mettent à construire un monde nouveau. Abus prétend le faire en marbre, pour qu"il -oit plus dur; Sot dissolu, en bois gros et massif; cela, dit-il, sullit pour qu'il fasse fortune, <:e qui n'est pas si sot. Comme ils ne peuvent s'entendre, Abus propose de nommer Confusion pour présider à l'édification, tous les sots applaudissent, et chacun va chercher sa pièce. L'un, qui est marchand, apporte Tromperie, la pierre va bien au nouveau bâtiment; un homme d'église apporle Oroison, qui n'y peut trouver place. On y
substitue Ribuudise Il va peude politique
dans celle pièce. Toutes les professions y sont attaquées, mais en traits bien mal aiguisés : bourgeois, marchands, procureurs, avocats, gens d'église, nobles, et jusqu'au roi dont l'économie est traitée d'avarice, par Sol dissolu, il est vrai, ce qui devient presque un éloge.... »
ACTES DES APOTRES (les). — Nul manuscrit des Actes des apôtres n'est parvenu jusqu'à nous; cette pièce date de ia première moitié du xv' siècle.
Lacroix du Maine, Lassay, Catherinot , Bayle, les frères Parfait , et de nos jours , MM. Sainte-Beuve , Magnin et O. Leroy, s'en sont diversement occupés. La Bibliothèque du théâtre françois , ouvrage attribué au duc de La Vallière (Dresde , HG8, in-8°, 3 vol., t. 1", p. 99), en fait aussi mention sous le nom des frères Arnoul et Simon Gresban.
a Cet ouvrage, oit dit les frères Parfait dan- leur Histoire du théâtre françois (t. Il, p. 377) qui fut composé vers l'an 1450 par les deux G rebans, Simon et Arnoul, est le mystère le plus beau et le mieux versilié après le poème de la Passion , et celui où l'on trouve un plus grand nombre d'endroits passablement écrits. Longtemps après la mort des auteurs, Pierre Cuevret ou Curet, chanoine de l'église du Mans (qui écrivait en 1510 selon Lacroix du Maine, p. 391 de sa Bibl. Franc), voulut le corriger; mais sou travail est très-peu de chose. 11 y a apparence que , malgré son mérite , le mystère dont nous parlons fut un peu ignoré, puisque la première édition de ce livre dont on ait connaissance est celle de Galiot Du pré, citée par Lacroix du Maine (Ibid., p. 24, vers 1513 ), et qui a suivi de près la correction de Pierre Cuevret. Dans la suite , ce mystère fut plus connu, et on le représenta en plusieurs endroits... Lacroix du Maine, p. 456 de sa Bibliothèque française, dit que les Actes des apôtres furent représentés au Mans , à Angers , à Bourges et autres villes. Il y a grande apparence que les représenlationsd'Angers furent les premières du vivant même des auteurs et de René , roi de Sicile et comte de Provence et d'Anjou, protecteur des poêles dramatiques de son temps, à la cour duquel ils étaient. Ot peut conjecturer aussi qu'ils furent joués au Mans en 1510 on environ, peu de temps après les prétendues corrections de Pierre Cuevret. A l'égard de la représentation de Bourges ,
Je sieur de. Lassay en parie en ces termes dans son Histoire du Bcrry ! liv. vi, c. 7, p. 237 ) : « Plusieurs telz amphithéâtres ont « esté construitz et bastiz de nostre temps , « dont l'un fut fait à Bourges l'an 153G sur « le circuit de l'ancien amphithéâtre, ou « Fousse des Areines , par noble homme « Claude Genthon , prévost de l'Hôlel du « Roy, natif de Tlsle de France, à présent « maire de la dite ville. Pierre Joubert Gré- « nérier, Benoist Berlhier, et Jean Girard, « seigneur des Bergeries, Julian le.Troing, « Maximilian Saultereau , Jehan Senellon « et autres nobles citoyens bourgeoys de « ladite ville, jusqu'au nombre de douze , « s'unirent pour jouer les Actes des apos- « très,, qui durèrent quarante jours. Leste quels jeux ne furent moins laborieux, « pour n'avoir été réduits par actes ni par « scènes , que bien et excellamment joués « par hommes graves et qui sçavoient si « bien peindre par signes et gestes les perte sonnages qu'ils représentoient , que la « plupart des assistans jugeoient la chose o estre vraye et non feincte. Ledict amphi- « théâtre esloit à deux estaiges, surpassant « la sommité des dégrez , couvert et voislé « pardessus, pour garder les spectateurs de « l'intempérie et ardeur du soleil , tant bien « et excellemment peint d'or, d'argent ,. « d'azur et autres riches couleurs, qu'imposte sible est le sçavoir réciter... » Cat'nerinot, (Annales Typographiques de Bourges, p. 3) parle de cette représentation, sans entier dans le détail. Au reste les Actes des Apôtres furent joués à 'Tours en 1541 et en môme temps qu'à Paris.., ( ... 1540 et depuis ).« Les frères Parfait citent en» suite la proclamation faite à Paris à la fin de l'an 1540, en grand appareil , par les confrères de la Passion et de la Résurrection , atin de recruter des acteurs pour le mystère des Actes des Apôtres , et d'en annoncer le prorhain jeu. Cette pièce formant quatre feuillets in-S° gothique, et précédant l'édition des Actes dts Apôtres de la Bibliothèque impériale , in-fol. 1541 , a été réimprimée en 1830 chez J. Pinard. L'original est intitulé! : « Le Cry et Proclamation publique, pour jouer le Mystère des Actes des Apostres , en la ville de Paris : faict le jeudy seizième jour de Décembre l'an 1540, par le commandement du Roy nostre Sire, Francoys premier de ce nom , et Monsieur le Prévost de Paris , allia de venir prendre les roolles , pour jouer ledict Mystère. On les vend à Paris en la Rue neufve Nostre-Daine à l'enseigne de Sainct Jehan Baptiste, près Saincte Geneviève des Ardens , en la Boutique de Denys Janot. mdxli.» Les Confrères, obligés de quitter la salle de la Trinité , étaient alors établis dans l'hôtel de Flandres , situé près île la rue Coqudlière. C'est de là que partait la cavalcade, composée de liom, elles aux armes du roi, du crieur juré de Paris, de sergents et archers du prévôt de Paris, aux armes tant du roi que du prévôt , d'otliciers sergents de ville aux couleurs de la ville , de deux hommes pour faire la procla»
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DICTIONNAIRE DES MTSTERES.
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mation , des deux rnetoriciens, l'un laïque, l'autre ecclésiastique, directeurs du dit mystère, et des quatre entrepreneurs du mystère , dont les noms ont été conservés dans une vieille ballade imprimée en tète de l'édition de 1541 , et qui étaient Françoys Hainelin , Françoys l'ouirain, Léonard Choliulet , boucher , et Jehan Louvet , opérateur aux fleurs; quatre commissaires auChalelet de Paris et bon nombre de bourgeois fermaient la marche.
« Ce mystère, ont dit encore les frères Parfait [Ibid., p. 38(1, note a), est divisé en neuf livres, dont chacun renferme plusieurs journées (Voy. nos remarques sur le vu' livre). Les Grebans, auteurs de ce poème, ne le sont point de cette division, qui peut-être est l'ouvrage du réviseur Cuevret, ou plutôt de l'éditeur Alabal. Ce qui semble nous le prouver, c'est que ce dernier demanda la permission de taire imprimer le livre des Actes des Apôtres, en cinq on six volumes, gui a été composé en rime française, et corrigé à grands frais et mise. Fiançoisl'Mui accorda le privilège qu'il souhaitait le 24 juillet 1536. Alabat lit imprimer ce livre à Paris l'année suivante en deux volumes in-fol., sous ce titre : Le premier volume du triumpliant Mystère des Actes des Apostres translaté fidèlement à la vérité ' historiale, escripte par Saint Luc â Théophile, et illustré des légendes autentiques et vies des saints reçues par l'Eglise. Tout ordonné par personnage... Le premier volume renferme les quatre premiers livres et contient 170 feuillets ou 340 pages. Les cinq derniers se trouvent dans la seconde partie, et composent 218 feuillets ou 436 pages à deux colonnes do 48 vers chacune. Tout le poëme peut composer environ quatre-vingt mille vers et non pas huit cent mille, comme Catherinot ledit sans (o\\ÙQiuenl(Ann. typogr.de Bourges, p. 3). A la lin du second volume, on lit cecy : « Cy fine le neufviesme et dernier livre des « Actes des Apostres, nouvellement imprimé « pour Guillaume Alabat, bourgeois et mar- « chand de la ville de Bourges, par Nicolas « Couteau, imprimeur, demourant à Paris, « et furent achevés le 15e jour de mars, l'an « de grâce 1537 avant Pasques. » L'éditeur eut soin de faire mettre aux marges de son livre les citations des auteurs sacrés et profanes dont les Gresbans s'étaient servis ; il y joignit aussi quelquefois de petites réllexions, on en verra des exemples. Alabat céda ensuite son droit aux frères Angeliers, libraires à Paris. Les Confrères de la Passion crurent qu'ayant joué le mystère des Actes des Apôtres, ils pouvaient le faire imprimer pour leur compte; mais les Angeliers, cessionnairesd'Alabat,s'y opposèrent, et obtinrent un arrêt du conseil, te 8 février 1540, par lequel le roi, confirmant le privilège accorde à Alabal, fait défense h tous autres, sous prétexte do correction ou d'addition, de le faire imprimer sans le consentement de l'impétrant. Les Angeliers en tirent donc deux éditions. La première, in-4°. Le volume dutriumphant mistère des Actes des Apostres...
dernièrement joiié à Bourges et imprimé nouvellement à Paris, 1540, par Arnoul et Charles les Angeliers frères. Le premier volume, où. sont les quatre premiers livres, contient 197 feuillets ou 204 pages, et le second, 251 feuillets ou 502 pages à deux colonnes, gothique, avec un catalogue des personnages à la tête. Le débit de cette édilion obligea ces imprimeurs à en donner uni' autre in-fol. gothique, et d'y joindre Y Apocalypse, de Louis Chocquet. En voici le titre: Le \" volume des catholiques, œuvres et actes des Apostres, rédigez en escript par S. Luc evangelisle et hystoriographe député par le Sainct Esperil, iceluy Sainct Luc escripvant èi Théophile, avecques plusieurs hysloirts en iceluy insérés des Gestes des Césars; et les demonstrances des figures de l'Apocalypse, vue par S. Jehan Zébédéc, en l'isle de Palhmos, soubz Domician César, avecques les cruautés tant de Néron que d'icelluy Domician ; le tout vu et corrigé selon la vraye vérité, et joué par personnages â Paris en l'hostel de Flandres, l'an 1541. Cette édilion est un peu différente îles précédentes, et est divisée en deux parties, dont la première renferme les cinq premiers livres et contient 220 feuillets. La seconde comprend les quatie derniers, 175 feuillets. M. Bayle (Dict., art. Chocquet) cite celle édition; il ne parle que par conjecture, et ne connaissait que les deux premiers feuillets. »
M. Sainte-Beuve, en 1828, dans son Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au xtr siècle... (Paris, 1823, i.o-8°, 2 vol., t. 1", p. 217-234), cite la représentation qui eut lieu à Bourges en 1530, dans l'ancien amphithéâtre des Arènes, et dura quarante jours. M. Magnin avait remémoré ce mystère dans son Cours professé à la Faculté des Lettres en 1835, (Cf. Journ. gén. de l'Instr. publ., 1830, 14 janv., p. 202) ; dix ans plus tard (Cf. Journ. des Savants, 1846, cahier de janv., p. 12), il le mentionna de nouveau comme l'une des premières pièces qui aient nécessité et suivi l'établissement d'un théâtre permanent qui devint peu à peu quotidien. M. O. Leroy a considéré les Actes des Apôtres comme inférieurs en poésie au Vieil Testament. (Etudes sur les Mystères, Paris, 1837, in-8°, p. 274, 280, 286, 290).
Outre les nombreux renseignements que nous avons reproduits ci-dessus, les frères Parfait out donné de ce drame l'analyse suivante :
Extrait du mystère des Actes des apôtres.
Livre i1". — « Après l'ascension de Jésus- Christ, les apôtres s'assemblent et élisent saint Mathias, pour remplir la place dont Judas s'est rendu indigne par ses crimes. Lucifer, ignorant ce qui se passe, ordonne aux démons de parcourir le monde. Ces malins esprits, avant de sortir, lui demandent sa bénédiction.