‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 142 sur 1429 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

« Bien-Advisé trouve Mal-Advîsé, avec lequel il s'entretient du chemin qu'il serait à propos de prendre : le dernier parait avoir envie de suivre le plus facile, et celui qui l'amusera davantage. Voyageant ainsi, ils rencontrent Franche-Volonté.

[Adonc s'en vont, et trouvent Libéral-Arbitre, et )Iut- Advisé faisant semblant de dormir.)

« Franche-Volonté (12i) donne de fort bons conseils à Bien-Advisé, qui en est si charmé, qu'il veut réveiller son compagnon pour lui en faire part. Mal-Advisé lui répond qu'il dort, et Franche-Volonté dit à Bien- Advisé qu'elle ne prétend violenter personne. Après quelques discours, elle lui montre le logis qu'habite la Raison, et lui dit de suivre les instructions qu'elle lui donnera. Bien-Advisé n'est point trompé dans son attente, car la Raison le conduit à la Foi, et cette dernière lui fait présent d'une lanterne pour l'éclairer.

(Adonc Foy luy baille une Lanterne faite à xu petites

fenestres, esquelles sont les Articles de Foy, et une

chandelle ardente, et Foy luy dit en luy baillant la

Lanterne.)

FOÏ.

je te donne cesle Lanterne, AÛin que tu te voyes conduire ;

(12-2) (En aucune façon.)

(123) Clerc. Ce mot se prend généralement pour tout homms de lettre.

(124) Comme notre auteur ne nous dit point quel était l'habillement de Franche-Volonté, nous remarquerons que dans lamoralité de l'Homme pécheur joué à Tours par personnages, Franc-Arbitre, qui est la même chose, et qui vernie un pareil rôle, y parait habillé en Roger Bontemos

(125) Flambeau.

Aller peux par champs et par villes, Mais que lu gardes ce brandon (123).

BIEN-ADVISE

Madame, des mercis cent mille.

Car vous me donnez ung beau don Mais pour Diea , veuillez moy apprend] c Quelles choses sont icy esciiptes.

« La Foi lui explique en peu de mots le* douze articles du symbole, après quoi elle l'invite a consulter Condition.

(Adonc s'en va à Contrition ; et notez que Contricion doit avoir uny Mortier et ung Pilion à < eu* testes.)

« Bien-Advisé lui en demande la raison. « Ce mortier, et ce pilion, répond-elle, ser- « vent à apprêter les bonnes-œuvres, qui « est la viande dont se nourrit Bonne-Fin. » Cette réponse énigmalique, augmente encore la surprise de notre catéchumène.

BIEN-ADVISÉ

Pour Dieu, diltes m'en plus à plain ;

Bonnes œuvres l'avez nommée

Cesle viande bien savourée?

L'on un mi in. ii bien emprès (120) de faim.

« Contrition lui explique comment elles» sert des larmes des vrais pénitents pour en faire la sauce. Ensuite pour servir d'exemple à ce qu'elle vient de dire, paraissent Enfermeté (127) et un Pauvre. Enfermeté se plaint de sa misère, et répand des larmes, que Contricion refuse, parce qu'elles n'ont d'autre source que la douleur , et non l'Humilité. Le Pauvre se met à pleurer à la vue de3 maux de cette femme; alors Contricion recueille précieusement ses larmes. Bien- Advisé, qui est spectateur de tout ceci, veut imiter l'exemple du Pauvre; mais Contricion lui dit qu'il n'est pas encore temps, et qu'il faut avant toutes choses qu'il visite Confession.

[Adonc Bien-Advisé s'en va à Confession, et il trouve Uumililé en son chemin, et dit, sans soy descouvrir, et sans révérance.)

« Bien-Advisé aborde Humilité, el sans daigner mettre la main à son chaperon, il lui demande où loge Confession. Humilité lui reproche son impolitesse.

BIEN-ADVISÉ

Pardonnez-moi, en vérité,

Car je ne vous congnoissoye mie.

«Ce n'est pas tout, ajoute-l-elle, il faut que

c tu quittes ces habits précieux, pour te re-

« vêtir de ceux qui me sont propres. »

(Adonc Uumililé luy baille le vestemenl de Humilité ,

et Bien-Advisé la vesl, et puis Humilité regarde ses

chausses semelées a gruns poulains (128), el Hu-

(I2G) Auprès.

(1271 Infirmité.

(128) A gratis poulains. Poulaine, singulier féminin , qui s'est dit autrefois de longues pointes de certains souliers qui furent défendus du temps de Charles M, calcei polani. Cette pointe était longue d'un demi-pied pour les gens ordinaires, d'un pied pour les riches, et de deux pieds pour les princes. On fit ensuite d'autres souliers qu'on appelait becs de canne, qui avaient un bec au-devant de quatre ou

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