SECTION VI
i Bien-Advisé, en arrivant est étonné de la ligure emblématique de la Fortune, et lui en demande l'explication.
BIEN-ADVISÉ
Dame, or entens nia répliqua
Tu as ung visage angélique, ICI l'autre est espovaniable ; L'aalreest bel, gracieux, et IYi<|uo L'autre est pire que ung Basilique De la moitié, et plus dniihlahlc; C'est une chose esmerveillable ; Si te supply, ily-moy sans table, Que telle ciiose signifie?
« Li Fortune, qui ne veut point tendre de pièges au Bien-Advisé, lui rend la raison.de bonne foi, des deux visages qu'elle présente jiux mortels. Pendant ce temps-là, Mal-Advisé, conduit par Désespérance, veut tenter
aussi la roue de la Fortune; mais cette dernière les l'ail retirer l'un et l'autre, pour faire place à quatre hommes qu'elle veut favoriser.
(Adonc viennent /es quatre Hommes, qui signifient tes quatre listais du monde , lesquels sont appelez le premier je régnera y , le deuxième, je régne , le tiers, i\\ régné , et te quart , je suis sans règne et puis sont de.sclairez en Latin , en ce vêtit verse qui s'ensuit.)
(Regiiabo, Reyno, ltegnavi,sum sine Requo)
« Ces quatre hommes sont portés alternativement, tantôt en haut, et tantôt en bas. Lorsque ce jeu a duré quelque temps, Fortune prend Regnavi et Sine-Rcgno, et les précipite de sa roue. Ces deux personnages se voyant sans espoir d'y remonter, vomissent mille injures contre cette inconstante, qui, sans s'en embarrasser, prend Rcgnabo et Regno sous sa protection. Bien-Advisé, qui voit le désespoir de lictjnavi et de son malheureux compagnon, s'approche d'eux, et leur conseille de ne point briguer davantage des faveurs auxquelles ils ne peuvent plus prétendre; mais d'aller trouver la Confession, qui les recevra, ma'gré leur disgrâce. Ces deux infortunés se rendent aux avis de Bien-Advisé, qui les conduit à la Confession.
Adonc se coneessenl , et en la fin les absout, cl demeurent là.)
« Désespérance emmène le Mal-Advisé, qui n'a pas été mieux traité de la Fortune que les deux autres, et le conduit à Mallc-
(135) Mai-Advisé quitte icy ses habillements, et parolt sous la forme d'une àme, que nos anciens représentaient par un grand voile, dont l'acteur
DICTIONNAIRE DLS MYaiLUltS. BIE 210
Fin. Celte furie infernale lui demande s'il se repent d'avoir suivi le chemin par où il vient de passer. « Non, » répond Mai-Advisé. — « Cela étant, réplique Malle-Fin, je vous « reçois à ma suite. »
(.Vote; que Malle-Fin doit uvoir grandes mammclles comme une Truye, et y doit avoir beaucoup de petits Diabtetons qui tu suivent tout ainsi comme les petits Cochons suivent leur mère.)
« Au bout de quelque temps, Malle-Fin demande encore à Mal-Advisé s'il est tonjours dans la même intention. « Oui, » répond-il. Aussitôt la Furie, profitant de cet instant fatal, le tue
[Adonc Malle-Fin oceist Mal-Advisé , et puis Mal- Advisé se doit mettre en guise de Ame (135.)
« Fortune, s'étant divertie quelque temps de Regnabo et de Regno, les fait tomber du haut de sa roue ; les vices que nous avons nommés ci-dessus les reçoivent et les conduisent à Malle-Fin, qui, pour donner quelque consolation à Mal-Advisé, lui ordonne de tuer ces derniers; ce qu'il exécule avec une joie extrême.
(Adonc s'en vont tous chantant à Malte-Fin, et doivent être quatre Diables en forme de petits en fans, et prennent chacun Malle-Fin leur mère, en leur esjoûissant.)
« Ces petits diablotons courent après les âmes de Reynabo, de Rcgno et de Mal-Advisé, qui fuient de tous côtés pour éviter leur persécution et leurs hurlements ; les diablotons les poursuivent toujours, et cela forme un jeu de théâtre assez plaisant. » (Adonc Hz s'enfuient tous en criant. Hélas! et les petits Diables vont après, faignanl les prendre.)