LES MÊMES, GONDEBAUT, SES CONSEILLERS
aurélien. Sire, que Mahomet, qui fait croître les biens de la terre, veuille vous faire monter en honneur et en joie , et cela bientôt?
gondebaut. Qu'il te garde aussi de mal! Que viens-lu chercher?
aurélien. Sire, nous venons requérir l'abandon et la mise en nos mains de la portion de vos trésors qui sont le bien et le droit de Clotilde, en tant surtout qu'ils viennent de la succession de son père et de sa mère; vous ne devez pas avoir l'esprit éloigné d'en agir ainsi.
gondebaut. Eh quoi ! Clovis pense-t-il avoir ainsi mon royaume et mon bien? Nenni, tant que serai vivant. Et toi-même, Aurélien, as-tu oublié l'heure où je te défendis , il y a un au , de revenir en cette terre pour demander ou réclamer ce qui esta moi? iji tu ne t'en retournes point , et si à l'instant tu ne
remontes à cheval devant moi, je vais te tuer, j'en fais serment; je n'attendrai pas d'autre personne pour cela. Vide la place, va-t en.
AURÉLIEN. 0 roi, je vous le disais des l'an passé, tant que mon cher seigneur le roi Clovis, pour nui je me donne du mal, sera vivant, je ne crains nulles menaces; et je fais mon devoir, selon mon jugement. Or, mon roi vous demande par ma voix le trésor île sa femme; il vous prie de vouloir lui dire quand il lama. Donnez-lui un remit /.-vous, et il vieillira où vous direz.
LE PREMIER CONSEILLER. Sire, s'il vous plait, vous ferez ce que je vous dirai.
gondebaut. Eh bien ! parlez, je vous écoute : que voulez-vous dire?
le premier conseiller. Sire Aurélien , retirezvous un peu à l'écart.
aurélien. Sire, très-volontiers. Allons! parlez ensemble.
le premier conseiller. Cher sire , il me semble que Clovis a raison dans ses demandes. C'est au nom de sa femme ; il ne prétend avoir que ce qu'elle possède réellement dans votre trésor; envoyez-lui donc île votre or et de votre argent par so,i ambassadeur, alin que vous soyez lions amis et que Clovis ne vienne pas dans ce pays pour nous faire la guerre, caries Frai.cs sont très-belliqueux, et se conduisent toujours vaillamment, vous le savez.
le deuxième CONSEILLER. Eh oui, Sire , ce n'est que trop vrai : les Francs sont habiles et courageux dans la guerre , et ils ont gagné par leurs efforts mainte ville et maint bon château , en sorte que votre meilleur parti est de lui euvo.er ce qui lui appartient; il faut le satisfaire.
gondebaut. Soit; cela sera fait, puisque vous me le conseillez. Veuillez faire approcher d'ici Aurélien.
le deuxième conseiller. Il sera ici à l'instant même, sans plus de discours, tenez cela pour vrai.
— Ami Aurélien, venez auprès de Gondebaut. aurélien. Allons ; je ferai de bon coeur tout ce
que vous direz.
le deuxième conseiller. Sire, vous ferez votre ami d' Aurélien que je vous amène ici, et je vous conseille de lui donner de votre avoir comme à un messager de Clovis : vous ferez sagement; en sorte que ce roi se tienne pour content et qu'il ne vienne pas vous guerroyer : c'est mon avis.
gondebaut. Puisque vous le dites, je le veux bien,
— Ami, vous serez satisfait à l'heure même. Tenez, premièrement, je vous remets ces étoffes d'or et cette vaisselle d'argent, qui est lionne et belle ; après, vous ferez emporter sans délai cet or monnayé, ces pois aussi, ces coupes d'or; mon trésor ne contient plus rien. Maintenant, séparez-vous de moi ; car vous portez à votre seigneur en joyaux et en biens plus qu'il n'a gagné ou amassé, je puis bien vous le dire.
aurélien. Sire, Clovis est comme votre lils : c'est pourquoi vos biens seront communs; ainsi le diront par le pays les gens raisonnables.
le troisième chevalier. Paix*! il est temps de s'en retourner : sire, nous prendrons congé de vous et nous nous mettrons en route pour la France, il en esl temps.
le premier conseiller. Monseigneur n'y met aucune opposition : allez-vous-en quand il vous plaira; sachez qu'il ne vous gênera en rien.
le deuxième chevalier. Certes, sire, je le crois bien.— Allons! sans nous amuser davantage, il nous faut emporter ces joyaux-ci, et arrivé en notre logis, nous les chargerons sur deux chevaux jusqu'en France.
aurélien. Eh bien! faisons le sans délai, sans parler ou songer davantage. — Cher sire, avec votre permission nous nous en allons.
CLO
CLO
condebaut. Allez. -J'aime mieux leurs talons que leur visage.
aurélien. Deaux seigneurs, agissons prudemment : allons maintenant nous reposer et mettre ces joyaux on sûreté, et demain matin nous les ferons charger pour Paris et le roi Clovis.
i.e troisième chevalier. Allons ; car, à mon avis, vous dites bien.