SCÈNE XLYI
LES MÊMES, CLOVIS; — puis CLOTILDE.
le deuxième SERGENT. Cher sire, je veux que vous sachiez que vous avez tous les trésors de Gondebaut rassemblés devant vous.
le troisième chevalier. Mahomet sait la peine que nous avons eue pour les apporter; vous avez beau jeu à vous réjouir longtemps.
clovis. Beaux seigneurs, écoulez : j'apprends que la ville, le duché et la commune de Melun veulent se révolter contre moi ; je veux tous vous y envoyer : pensez à vous mettre bientôt en roule pour les surprendre.
clotilde. Mon cher seigneur, je viens vous rendre grâces de votre réponse... Mais l'ignorez-vous ? notre héritier, que j'aimais de tout mon cœur, Nigomire, est mort et enterré.
clovis. Cette nouvelle me serre le cœur et me cause une cruelle douleur. Mère, vous avez été trop hâtive à le baptiser. Je suis convaincu, dame, que, si vous l'eussiez consacré à nos dieux, quoi qu'on en dise, il serait encore en vie; mais, en raison de ce qu'il a reçu le baptême, il n'a pu vivre plus longtemps : ce dont je suis chagrin.
clotilde. Cher sire, je rends grâces à Dieu, dans cette circonstance, de m'avoir honorée, moi qui suis son humble serrante , au point d'avoir daigné prendre et recevoir dans sa gloire mon premier-né; sachez-le, c'est la cause pour laquelle mon cœur n'en est en rien douloureusement affecté.
clovis. Puisque vous le dites, allons, c'est bien ; je n'en parle plus.
m ni'.i.ii.N. Sire, nous prenons maintenant congé de vous ; et nous allons, cher sire, faire sans objection ce que vous nous avez dit.
clovis. Allez, montrez-leur ce que nous valons et quelles gens nous sommes en guerre ; et s'ils veulent demander la paix et devenir bons sujets, mettez fin aux hostilités par un traité, sous condition qu'ils soient tous désormais en ma puissance.
le deuxième CHEVALIER. Bien, cher sire; allonsnous-en maintenant sans plus de débats.
clovis. Dame, avant le combat, je vais à Villejuif, pour mettre mes gens en ordre et de là m'en aller à l'armée; je ne puis dire quand je reviendrai,; adieu.
clotilde. Adieu, mon doux seigneur, quoique voire absence me soit pénible. Dieu vous conduise et vous ramène sain et sauf d'àme et de corps, comme je le désire.
clovis. Que mon dieu Mahomet me soit miséricordieux! En avant, beaux seigneurs! allez devant moi pour m'ouvrir la route, que je le voie.
le premier SERf.ENT. Hors d'ici! place! sinon je frappe.
le deuxième sergent. Allons, devant ! retirezvous en arrière ; laissez-nous le chemin libre, ou, certainement, je vous donnerai de ma masse.