PREMIERE PARTIE
Ballhazar paraît d'abord avec sa suite nombreuse et magnifique ; il s'assied sur son Irène; les soldats chantent devant lui cette prose.
jordan. Chantons tous aux applaudissements du peuple, chaulons la puissance de ce prince illustre, dont la grandeur est digne de lout notre respect, car elle s'étend au loin sur les terres et la mer. Son père a pu triompher de l'ennemi, en enlevant les vases de l'autel du Seigneur, en frappant Jérusalem du glaive fatal, et en conduisant triomphalement la population de celte cité misérable. El loi, prince superbe, fds du victorieux, non moins omnipotent, dont le regard pénètre et glace de crainte, il est jusle que ton nom résonne en tous lieux, puisque lu suis si bien les traces de Ion père , en mettant les rebelles sous ton joug el sous ta puissance invincibles.
LE roi à ses sottlats. Qu'on apporte au milieu de ces festins, les vases précieux dont mon père se rendit maître dans la ruine de Jérusalem.
les soldats apportent les vases. Réjouissons-nous aujourd'hui avec ce roi magnifique, dont la force et la volonté fout trembler tanl de peuples. Sa puissance écrase lout cœur rebelle; elle fait Frémir jusqu'aux habitants de l'Asie. Pour rappeler à sa mémoire les triomphes de son père, menons sons nos yeux les dépouilles de Jérusalem. Sa puissance écrase mut cœur rebelle ; elle fait frémir jusqu'aux habitants de l'Asie. Ses ennemis épouvantés, l'univers glacé d'effroi, tout comme autrefois à ton peve, est encore soumis. La puissance (de noire roi) écrase lout cœur rebelle; elle fait frémir jusqu'aux habitants de l'Asie. Tu es le véritable portrait de ton père, et le plus grand roi des rois, successeur terrible el Dieu même, selon nos cœurs. La puissance <!c notre roi écrase lout cœur rebelle; elle fait frémir jusqu'aux habitants de l'Asie.
On voit une main qui écrit au-dessus de ta tète du roi : i ma.ne: tecuel: phares. >
le roi, plein de terreur, à ses soldats. Vile, vite, cherchez dans ce royaume lous les savants capables d'expliquer le sens de ces mots écrits ici.
DAN
DAN
ÎSi
Qunlre mages approchent.
i.f. noi. Sages babyloniens, si vous êies vraiment savants, expliquez-moi lo sens île celle vision ci celui île ces mois ; le poiivez-vous ? J'ai vu une main écrire ces mois inconnus, je l'ai vue remuant, el je n'ai pu en voir davantage. C'était la main droite. Elle écrivait, bougeait, mais qu'.i-i-elle écrit? Je ne sais. Lise/, celle phrase écrite, dites-m'en el les mois et le sens, et je vous comblerai île présents.
les quatre SEIGNEURS s'élaiil retirés un peu à l'écart et revenant bientô1, répondent au roi. Nous ne pouvons ni donner le sens de celle phrase, ni même en déchiffrer l'écriture.
I.E roi. Que tout h' pays apprenne donc ma volonté suprême : celui qui' aura expliqué ceci avec certitude, sera couronné d'or, velu de pourpre, el assis sur mon troue nié. ne, comme un troisième membre de ma puissance.
hilaire. Salul, ô épouse du roi, remarquable parmi toutes les femmes, dont la sagesse extrême connaît les choses les plus secrèles, el qui es la gloire de toul Ion sexe. Viens auprès du roi, dans ses palais, aiin de faire paraître aux yeux de noire prince ta science merveilleuse. Viens à l'instant donner un conseil à Ion mari. O loi qui, seule enlrc toutes les compagnes , n'as pas un défaut el dont la parole laisse stupéfaits les savants, lu es bien la digne épouse d'un roi; et (on génie surprenant sulfii seul à diriger cel empire. Viens donc rassurer le roi dans ses incertitudes, el donner à l'instant les avis à ton époux.
la reine au roi. Ne soyez point troublé, Ballliazar, de cette vision imprévue : il y a ici Daniel à qui rien n'est inconnu. Nous avons, lui el moi, constaté quec'esl un miracle divin, et dans les lemps passés, les faits de celle nature ne manquent pis. ORoi, donnez l'ordre que l'on cherche Dan el, et lui, saura expliquer ces mois indéchiffrables.
le roi a ses soldats. Serviteurs, cherchez Daniel, j'ai besoin de ses conseils.
les soldats (imciitiiit Daniel. Au loin tout ennui eu ce jour, la joie seule a place ici, grâce à Daniel dont la science prévoyante de l'avenir peut révéler l'inconnu. Les choses fuîmes ne lui sont pas plus obscures ou incertaines que les choses passées. Il va expliquer la vision subite du roi. Celui qui doit interpréter ces lettres recevra, selon la promesse royale, des présents immenses, cl le tronc el la pourpre. Mais, dans Babylone, nul encore n'a rien conquis à ce mystère. El c'est nous qui allons présenter au palais du roi celui qui, sans nul doute, va dévoiler le sens de la vision royale.
Mil.
Ensuite le roi h Daniel. Ce que nous avons ap-
rris esl-il vrai'.' Noire vision sera-t-elle interprétée? ,'cspril des dieux esl-il en lui, cl connais-tu h s mystères impénétrables aux hommes? Eh bien, s'il en est ainsi, révèle-nous, à l'instant, le sens de celle phrase, el si lu peux l'expliquer, la for! il ne est faite.
dasiel an Rai. O prime, ne parlez pas de ces récompenses insignifiantes, je veux faire connaître les merveilles de ces lieux sans en tirer de profit. N'avez vous pas, parmi les objets affectés au service de votre personne, les vase, sacic.s de Dieu? Voilà votre condamnation. Ces mots ((ont vous cherchez le sens attestent votre ruine : Sfanc veut dire que
demain vo-s ne serez plus roi ; Técht.l indique que le royaume est déjà mis dans la balance et qu'il y parait bien léger; Phares, c'est sa division; ei tout ceci n'annonce que la volonté immuable de Dieu.
le roi couvrant Daniel de vêtements magnifique* el le faisant asseoir auprès de lui. Celui qui nous a expliqué le sens de ces mois recevra la pourpre, selon ma parole, il sera assis à la droite du roi, el même il régnera avec nous, el sa sagesse recevra pour récompense le liera de noire royaume. (Aux soldats.) Selon les paroles de ce vrai prophète, emportez loin de nous ces vases; nous ne les emploierons pas, comme autrefois, à de profanes usages, car il no faut pas qu'ils soient pour nous l'occasion d'une si éclatante ruine.
Les soldats emportent les vases el reconduisent la reine.
jordan. Salut, épouse du roi, gloire de Babylone, ô dame qui connais lout ce qui est utile à Ion seigneur, dont la sagesse conseille si bien, el dont les paroles sont plus douces que celles d'aucune autre parmi loules les femmes. Toul l'empire repose sur la prudence, el aujourd'hui nous nous réjouissons de ton bon sens si grand. Il y a trois éloges que lu mériles : la beauté, la sagesse et l'esprit, qu'on ne trouverait point réunis ailleurs ainsi. Oui, lu es digue de la compagnie d'un roi.
(Aussitôt Darius, roi des Perses et des Mèdes, survient avec son armée, \il lue Ballliazar] et, lui enlevant sa couronne, il la place sur sa tête; il s'assied sur son trône. On entonne un chant en ton honneur.)