SCÈNE XIX
GUILLAUME, GUIBOUR, LA FILLE DE GUILLAUME, LE BAILLI, SERGENTS, LE FRERE d'aUBIN, SON COUSIN
le bailli. Que Oieu lasse tomber sur vous lous sa paix el sa grâce!
Guillaume. Monseigneur, que sa bonté en fasse autant pour vous !
lf. bailli. Maire, en vérilé, j'éprouve du chagrin de votre malheur; je désirerais pouvoir adoucir celte pêne funèsie. Mais je veux vous demander comment il a été silôt enlevé. Etait- I en proie à quelque mal intérieur ?
Guillaume. Sire bailli, depuis que nous lui avons donné noire Clle, personne, ni elle, ni antre, n'a pu dire qu'il eût aucun mal nulle pari.
le bailli. Je ne m'émerveille que plus qu'il soit mort ainsi. — El vous, femme, sur votre âme ! ne savez-vous rien? N'aurail-il pas élé dans une compagnie où on l'aurait maltraité? dites lemoi.
guibour. Nenni, sire bailli, par ma foi ! mais je S'iis bien étonnée qu'il soit ainsi subitement trépassé.
le bailli. Vous deux, passez devant; découvrezmoi pioinplemenl cette • bière, et décousez son suaire de manière à ce que je puisse le voir de la lèle â la cui>se, pour en être mieux l.ors de doute; je ferai mon attestation du tout, avant qu'on l'enterre.
le premier sergent. Sire, vous serez promplement obéi. — Eh ! levons ce couvercle, Gobin; ensuite décousons-le, maire. C'est l'ordre.
le deuxième sergent. Or sus ! retirez-vous de là, sans mot dire. Je veux défaire cette coulure. — Sire, ai-je assez décousu, à votre avis?
le bailli. Découvre-le bien, visage, épaule, et poitrine. — Holà ! arrêtez la mère, la lille et le père. Il n'est pas à nier qu'il n'ait élé assassiné ; c'esl évident. Voyez comme il a la gorge noire '. Quelqu'un l'a étranglé. Faites vile, sans plus de paroles; liez-leur les mains en croix derrière le dos, el emmenez-les en cet équipage comme chiens eu laisse. Je saurai incessamment la vérité au sujet de celle affaire.
le frère. Que Dieu soit céans ! Hélas ! qu'est-ce que ceci ? Frère, j'ai bien du chagrin de votre mort. Vrai, quoi qu'on en dise.
le cousin. Mort qui l'as pris, que Dieu le maudisse ! Tu as pris le plus vaillant el le plus sage de notre lignage. Hélas! être si bien élevé el mourir si vite, c'esl grand dommage.
le bailli. Seigneurs, il est clair qu'on l'a assassiné, je n'en douie point; mais, parles dents de Dieu! aucun de vous ne m'échappera, et je saurai la vérité.
Guillaume. Sire bailli, miséricorde, pour l'amour de Dieu ! Veuillez ne pas être si dur à notre égard ; nous nous rendons et nous irons partout où vous nous direz.
le bailli. Bon, bon. — Seigneurs, vous ferez ce que j'ai dit.
le premier sergent. Sire, vous serez obéi sans réplique. — Tandis que je lierai le père, Gobin, va, el lie la mère. Allons! dépêche-loi.
LE deuxième sergent. 11 ne faut pas Irop m'en presser : je m'en vais les expédier, sur mon âme ! — Allons! dame, donnez-moi ici vos deux bras, el fa i les vile.
guibour. Hélas, malheureuse ! quelle peine el rien ne peui m'y soustraire! Eh, voyez! faites de moi votre volonté, sire.
la fille. Hélas! malheureuse! hélas! hélas ! je ressens une douleur bien plus amère quand je vois la justice tellement maltraiter mon pèreel ma mère pour la mort de mon mari, dont ils sont tristes et chagrins au fond du cœur. Hélas ! peut-on ainsi les lier el leur serrer les mains tout d'abord ?
le bailli. L'on ne vous en fera ni plus ni moins, belle amie, et vous vous en viendrez avec eux sans relard. — Lie-la, lie.
le premier sergent. Volontiers. — Allons, belle amie, il me faut avoir vos deux mains pour les lier. Le refus est inutile : hâtez-vous.
- la fille. Maintenant, suis-je assez au comble du malheur? Quelle femme peut l'être plus? Mon mari mort, mon père et ma mère en danger, la hoiilj el le supplice, moi-même prisonnière, 1 ée cl con :luiie comme une femme jugée à uiori ! Ah, Pâme
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