AMIS, UN PÈLERIN
LE pèlerin. Sire, donnez, s'il vous plaît, votre aumône à u:i pauvre pèlerin. Que Dieu , qui est assis là-haut sur le trône , vous soit miséricordieux et doux! Je viens de loin , et je suis bien las et harassé.
A'iis. Mon ami, veuillez nie dire d'où vous venez.
LE PELERIN. Sire, tenez. pour vrai que je viens tout droit du saint sépulcre; j'ai passé ensuite par bien de mauvais chemins : Dieu le sait, sire.
amis. Pèlerin, tu pourras peut-être nie dire, puisque tu as été en tant de lieux , quelque chose d'un homme que je cherche? 11 se nomme Amille, et me ressemble, dit-on, de maintien, de corps et de visage. Si tu sais m'en donner des nouvelles, je te ferai du bien.
i.k pèlerin. J'y consens volontiers, sire; et puisque vous le souhaitez, sache/, que depuis la terre
CES MYSTERES. AMI lit
d'Asie je ne vis créature humaine qui vous ressemblât de figure autant qu'un homme que je vis hier; car il était , cher sire, de votre taille et de votre air, en sorte que je ne puis croire encore que vous ne soyez pas le même. Si j'ai rencontré juste, dites-le-moi.
amis. Nenni, ma foi! pèlerin, tu ne m'as jamais vu avant aujourd'hui. Eh Dieu! de quel coté va maintenant celui que tu dis?
LE pèlerin. Sire , il marche sur Paris : je pense que c'est celui que vous cherchez; en vous hâtant, vous 1 atteindrez certainement.
amis. Je n'ai point d'argent monnayé, ami pèlerin ; mais je te donne cet anneau , qui est bel et bon : quand tu le voudras vendre, tu en auras deux marcs d'argent au moins.
le pèlerin. Grand merci, sire; puisse vous aimer Celle qui est mère et vierge et dont le lait pur nourrit Jésus.
amis. Prie pour moi; adieu, ami pèlerin.
le pèlerin. Je m'y oblige, cher sire, désormais.