LES MÊMES, LE FRÈRE DP L'EMPEREUR, IN MESSAGER
l'empereur. Comment vous portez-vous , mon frère?
le frère. Monseigneur mon frère, sur ma foi! ma maladie est honteuse; jamais homme ne fut frappé d'une aussi douloureuse lèpre, j'en suis tellement abattu que jamais je ne relèverai d'iei. J'ai grand'peiir de vous incommoder ; pour l'amour de Dieu ! ne m'approchez pas : je suis tout infecté d'un venin puant.
l'empereur. El pensez-vous qu'il n'y ail nul remède an monde?
le frère. A ce que m'ont dit les chirurgiens, il n'est personne qui puisse m'en guérir; et les médecins aussi me donnent pour véritable que c'est une maladie incurable de sa nature.
le messager. Mon cher seigneur, que Dieu, qui Ht toutes les créatures au commencement du monde, accroisse et augmente voire honneur.
l'empereur. Eh bien! messager, qu'as-tu fail dans ton voyage?
le messager. Cher sire, pour voire message, j'ai été jusqu'à INaples. Là, sire, j'ai parlé au roi Robert, et je lui donnai vos lettres. Il les a reçues avec joie, et il vous envoie celles-ci; il se recommande bien à vous, et vous mande mille fois salut et amilié.
l'empereur. Pour l'amour de Dieu et par pitié, mon frère , si l'on ne peut apporter du remède à voire mal et que les docteurs le disent ainsi, prenez voire lèpre en patience cl avec courage; je vous en prie.
le frère. Sire, je consens à faire voire volonté, l'illanl que je pQUI rai.
le messager. Sire, ne vous dépiaise, je voudrai» parler. Je vous vois accablé du mal que souffre voire frère, et désespéré de ce que personne ne sail le guérir et détruire sa maladie. Sire, dans les comtés île Celanne, de Malepel et de Fondi il n'y a plus de lépreux, je VOUS l'assure ; tous snnl guéris par une femme qui est là et que l'on licill pour sainte. Elle a même guéri radicalement le eoiuie de Malepel, qui était (oui a fait pourri par la lèpre, el elle l'a rendu tout nel el loin sain; je l'ai vu.
le premier chevalier. Monseigneur, si vous m'en croyez, vous la manderez sur l'heure ci vous enverrez vers elle un messager sûr.
l'empereur. Je vous liens pour sage d'avoir dit cela, et je le ferai mainlenaut. — Messire Orry, avancez : allez-vous-en, sans rêver ici, où mon messager vous mènera ; el faites si bien, quoi qu'il advienne, que cette dame dont il m'a parlé tout à l'heure vienne avec vous. Faites-lui un présent de prix, grand, beau et riche.
le chevalier. Sire, je ne serai pas avare. Allonsnous-en; je ne m'arrêterai pas tant que je l'aie amenée ici , si Dieu me protège.
l'empereur. Frère, tenez-vous en joie; s'il plail à Dieu, vous aurez hienlôl de quoi être entièrement guéri ; c'est mou espérance.
le frère. Hélas, frète! j'ai bien peur que la forlune contraire empêche celle dame de venir ici.
l'empereur. Allons, ne soyez pas si désespéré, cela ne vaut rien.