SCÈNE XXIII
LA FILLE DU ROI, AMILLE, puis HARDRE.
LA fille. Amille, qu'Amour me donne joie par vous comme mon cœur le désire! Comment vous portez-vous, cher sire et cher ami?
amille. Ah, daine! qui vous a conduite ici? Vous me déshonorez. Pour Dieu! allez-vous-en sans retard.
la fille. Non, non, je ne puis, car je ne suis sans peines et sans ennui que seule avec vous, sire.
iiardré (survenant). Amille, vous pouvez bien dire que vous avez pris pour récompense de vos hauts faits, le trésor le plus précieux qu'ait le roi, en prenant, ce qui est clair, sa fille pour maîtresse; je vois assez ce qu'il en est; mais, par la foi que je dois à Dieu ! le roi mon seigneur le saura, de sorte qu'il verra votre loyauté à ce trait.
amille. Sire iiardré, pour Dieu, grâce! Veuillez n' mi pas parler, et je m'offre à faire tout ce que vous direz.
iiardré. Vous n'en serez pas quille pour cela. Maintenant je m'en irai auprès du roi, et, que Dieu ait mon âme! je lui conterai la chose. (Il sorl.)
amille. Dame, je suis bien trahi pour vous. A cette heure, que faire? Iiardré sachant tout, je me tiens pour mort.
la fille. Sire, rassurez-vous; vous êtes un chevalier hardi et preux et chacun sait que Iiardré ne l'est pas : s'il vous accuse, prenez contre lui champ de bataille, el qu'ensuile il en soit entre vous deux ce qu'il en pourra être. Je tiens que Dieu vous aidera certainement.
amille. Dame je l'en prie sincèrement : j'en ai besoin.
la fille. H fait venir à bonne fin les entreprises qu'on lui recommande. Sire, sur ce, je m'en vais.
amille. Dame, que Dieu garde vous et -moi de chagrin et de douleur !