LE ROI, AM1LLF., IIARDHK, GRIMAUT, LA REINE, LA FILLE DU ROI
amille. Sire, que Dieu, de qui liait tout bien, vous grandisse en honneur!
le roi. Il ne nie vient que déshonneur par vous, Amille; alors que demandez-vous doue à Dieu? Dites-moi toute la vérité sans retard ! avez-vous vu ma fille?.. En est-il ainsi?
amille. Malheur à qui a dit cela ! Sire, on a menti. S'il plait à Dieu, jamais jene serai mis eu telle faute. hardré. Comment! ne vous ai-je pas pris tous deux ensemble?
AMILLE. Parlez mieux, s'il vous plait, Hardré; jamais chose semblable ne sera prouvée. Une telle invention n'est pas la preuve d'un grand dévouement comme vassal de votre roi.
hardré. Sire, sire, voici mon gage; je demande champ de bataille contre lui, vaille que vaille; mais si je ie tiens en champ clos, je lui ferai confesser de tous points sa méchanceté.
amille. Sire Hardré, dans vos actions il n'y a que haine et querelles. S'il plait à Dieu, je me défendrai bien contre vous, sire.
le roi. Ecoutez tous deux. Hardré, il me faut des otages ; autrement le gage ne se peut bien soutenir,
iurdre. Sire, j'en ferai assez venir. — Sire Grimaut, vous plairàit-il d'être ma caution? Allons! dites oui, je vous en prie.
grimm't. Monseigneur, si vous me voulez prendre, je consens à être otage pour Hardré, avec ceux qu'il fera venir sur-le-champ.
le roi. H peut -s'en dispenser; j'en ai assez, puisque je vous ai. — Amille, il vous faut sans délai donner des otages.
amille. Sire, je suis un chevalier né en pays étranger : ici jen'ai aucun ami; mais si vous m'en donniez la permission, à l'heure même je me mettrais en route pour aller en chercher.
hardré. Mou cher seigneur, s'il peut; il esquivera le combat, et certainement, s'il a une permission, il s'enfuira.
le roi. Je n'ai pas songé à la lui donner.-— Amille, sachez qu'avant que de partir d'ici, il vous faut des otages.
amille. Sire, vous ordonnez que les gages soient fournis sans délai; mais tout étranger et tout déconcerté que je suis de n'avoir aucun ami maintenant que j'en ai besoin, peut-être Dieu, qui sait et voit tout, ni'enverra-t il bientôt son secours et son conseil.
la reine. Mon cher seigneur, je souhaite parler. Puisque Amille n'a ici aucune parenté, ma tille et moi nous nous offrons à être ses otages; recevez-nous donc comme tels, vous ne devez pas nous refuser. Par ma foi ! mon cœur ressent de la pitié de le voir ailisi seul, sans amis
le roi. Dame, pour Dieu, le roi du ciel! je vous recevrai bien pour otage; mais je vous avertis que, si Hardré peut avoir le dessus, je vous ferai brûler et mettre en ce'idre.
U reine. Sire, Dieu nous veuille défendre de telle mort!
AMILLE. Mes tres-chéres et nobles dames, je vous remercie plus île mille fois de l'honneur que vous
me faites iei; et puisque vous faites tant pour moi, ic nous demande encore de nie permettre d'aller vers mon compagnon Amis, pour l'amener ici connue mon conseiller.
la «fine. Amille, ce n'est pas ma volonté; vous ne partirez pas d'avec nous que vous n'ayez coinbattu. Je crois, Jésus m'assiste! que vous n'êtes que couardise et que vous voulez fuir.
AMILLE. Non , non ; mieux vaut la mort dans la lire que la fuite ; je le dis, dame, n'en doutez pas.
LA FILLE. Ma chète dame, écoutez-moi : s'il vous plait, vous lui permettrez de partir, pourvu qu'il vous jure d'être ici le jour du champ-clos et de se présenterai! combat ; car, dans une affaire de celle nature, il ne faut consulter que la prudence et le bon sens.
la reine. Fille, je vous cède. — Amille, allons ! levez la main : vous jurez au Dieu tout-puissant, par ses saintes actions et par ses paroles, par votre part de paradis, que, sans faute, vous serez ici le jour où vous devez combattre
amille. Ma chère dame, je le jure en vérité, ce congé m'est indispensable , et puisse Dieu me tenir en santé et garder d'empêchement !
LA Heine. Maintenant allez-y donc sans tarder, car il m'agrée ainsi.
amii.i.e. Ma très-chère et honorée dame, j'y vais tout droit.