SON PÈRE, SON ONCLE LE ROI DE GRENADE
la fille. Ah Dieu ! j'ai tous les membres rompus du voyage que j'ai entrepris. J.' n'av:iis guère appris i> tant marcher. Mais enfin arrivée à Grenade, peu im porte ma peine. Je vois là bas mou oncle cl moi père : il faut maintenant que je paraisse devint eux; mais, beau sir'- Dieu, je vous prie dévotement el en pleurant que, quand je serai venue là, je ne sois pas reconnue d'eux. — Messeigneurs, que Dieu vous don ie honneur à tous ! Je viens ici savoir si vous seriez assez bons pour me douer un emploi, quel qu'il fût.
le roi de grenade. Ami, il faudrait qu'on sût à qui 1 service lu es propre pour mériter nos bonnes grâces Qu'as-tu à dire?
la fille Src, je sais porter lance el écu et chevaucher comme il faut, quand il en esî besoin, dans les combats. Je sais aussi, mou cher seigneur, trancher devant un homme riche. J'ai élé plusieurs fois proclamé maître en fait d'échansonnerie. En somme, je connais le service que l'on doil faire auprès d'un homme riche, prince ou roi.
le roi de grenade. Tu demeureras donc avec moi : lu nous serviras, moi et mon frère; et selon ce que lu feras je t'avancerai.
la fille. Sire, s'il plaît à Dieu, je ferai de mon mieux suivant voire gré, et le vôtre, cher sire, el celui de tous vos autres gens.
alpiionse. Si lu mets de la diligence à ton ofiiee, tu pourras parvenir à de grands honneurs. Fais-toi aimer du grand et du petit.
le roi de grenade. Frère, j'ai grand'faim : envoyons vite chercher à manger par cet écuyer-ci. Aussi bien, je vous ie dis, désiré je beaucoup voir comment il fait sou service.
alpuonse. Oui, nous allons voir. — Ami, viens ici. Comment l'appelles-tu ?
la fille. Sire, on m'appelle Denis, et non autrement.
Alphonse. Denis, dressez tout de suite une table ici, el allez-nous chercher à manger à la cuisine.
n fille. Sire, je ferai très-volontiers ce que vous me commandez. C'est fart. Je m'en vais vite vous chercher à manger. — Allons, Monseigneur! venez vous asseoir, si tel esl votre bon plaisir, en vérité : sire, voici la table el les mets apprêtés pour vous.
le roi de grenade. Je vais donc m'asseoir, mon doux ami. — Allons, cher frère! asseyez-vous ici. — Eu avant ! taillez, mon ami, el servez- nous.