‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 654 sur 1429 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PAPHNLCE, THAÏS.

paphnuce. Etes-vousici dedans, Thaïs? C'est vous que je cherche.

thaïs. Qui est là ? qui parle ? C'est un inconnu.

paphnuce. C'est un homme qui vous aime.

thaïs. Quiconque m'honore de son amour, est pavé par moi en amour.

paphnuce. 0 Thaïs, Thaïs, quel long el pénible

voyage j'ai accompli, pour avoir le bonheur de causer avec vous et de contempler votre beauté!

thaïs. Je ne vous cache point mes traits et je ne 'repousse pas votre entretien.

paphnlce. Le mystère de celle conversalion exige le silence des lieux les plus retirés.

thaïs. Voici une chambre bien meublée, el où l'on est agréablement.

paphnuce. N'y a-t-il pas un lieu plus retiré, où nous puissions causer plus en secret ?

thaïs. H y a bien un lieu plus caché et si secret que l'entrée n'en est connue que de moi et de Dieu.

paphnuce Quel Dieu ?

thus Le vrai Dieu.

papunice. Croyez -vous que Dieu sache quelque chose ?

thaïs. Il est certain que rien ne lui est caché.

paphnuce. Le croyez-vous indifférent aux acies'iies pervers, ou qu'il leur ré>erve sa justice?

thaïs. Je pense que la balance de sa justice père les actions de tous les hommes, et que chacun, selon ses œuvres, a son supplice ou sa récompense mis de côté.

paphnuce. 0 Christ, combien sont étonnantes env rs nous ta bonté el ta patience ! Tu vois pécher ceux qui te connaissent, et lu remets sans cesse à les punir!

thaïs. Pourquoi tremblez-vous? vous êtes pale? Pourquoi coulent ces larmes?

paphnuce. Votre audace me fait horreur, je pleure votre chute ; car vous saviez ces vérités et vous avez perdu un si grand nombre d'âmes !

thaïs. Malheur! malheur! 0 suis-je infortunée!

paphnuce. Vous serez damnée, avec d'autant plus de justice que vous avez, avec nue plus grande présomption, sciemment offensé la majesté divine !

thaïs. Hélas! hélas! que dites-vous ? Pourquoi menacer une malheureuse femme?

paphnuce. Les tourments de l'enfer vous attendent, si vous persévérez dans le crime.

thaïs. La sévérité de votre réprimande a frappé le fond même de mon cœur épouvanté.

papunice. Oh ! plût à Dieu que vos entrailles fussent si profondément ébranlées par la crainte que vous n'eussiez plus l'audace de consentir aux dangers du plaisir.

thaïs. Et quelle place peut il rester désormais pour les plaisirs corrompus dans mon cœur où dominent sans partage l'amertume d'un chagrin immense et la peur, jusque-là inconnue, d'une conscience troublée.

paphnuce. Il est un souhait que je forme : c'est qu'après avoir coupé les épines des vices, vous puissiez abreuver votre âme dans les Ilots du repentir.

thaïs. Oh! si \ ous pouviez croire, oh! si vous pouviez espérer qu'une pécheresse comme moi, enfouie dan> la l'ange épaisse de mille fautes, pût jamais expier ses crimes, et par quelque pénitence que ce fui, mériter son pardon !...

paphnuce. Eh! il n'esl point de péché si grave, point de crime si énorme, qui ne puisse s'expier dans le regret el le repentir, s'il y a en même temps des effets et des œuvres.

thaïs. Faites-moi connaître, je vous en prie, ô mon Père, quels effets el quelles'ojuvres peuvent obtenir le bienfait de la réconciliation?

paphnuce. Méprisez le inonde el fuyez la compagnie de vos amants dissolus.

thaïs. El que me faudra-t-il faire ensuite?

paphnlce. Retirée dans un coin solitaire, la vous pourrez faire votre examen intérieur, el pleurer sur l'énormilé de vos péchés.

thaïs. Si vous avez ainsi l'espoir de mon salut, je ne tarde pas un instant.

paphnuce Je ne doute pas que cela nevoussauve. thaïs. Laissez-moi seulement quelques minutes.

PAP

MCTIONinAlKE DES .MVSTERES.

PAP

pour réunir les richesses mal acquises que j'ai longtemps conservées.

paphnuce. Ne vous inquiétez pas deces clioses, il ne manquera pas de gens qui s'en serviront , quand ils les auront trouvées.

thaïs. Je ne songe à cela ni pour le garder, ni pour le distribuer à nies amis: je suis Contrainte même à ne pas le distribuer aux pauvres, car je na cr:>is pas que le prix de ce qui demande une expialion puisse eue bon à une œuvre de bienfaisance.

paphnuce. Vousavei raison. El aquoi destinez- vous ces monceaux de richesses?

thaïs. Je veux les livrer aux flammes et les réduire en cendres.

PAPHNUCE. Pourquoi?

thaïs. Pour qu'il ne reste rien dans le monde de ces biens mal acquis au milieu d'outrages au Créateur.

paphnuce. Oh ! combien vous êtes différente de cette Thaïs d'autrefois, dévorée de passions impures cl enflammée des feux de l'avarice.

thaïs. Je changerai peut-être en mieux, s'il plaît à Dieu.

paphnijce. Il n'est pas difficile pour l'Immuable do modifier à son gré toutes les dépendances de sa substance.

thaïs. Je vais accomplir le dessein que j'ai conçu.

paphnuce. Allei en paix et revenez viteauprèsde moi.

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