LES MÊMES, L'ABBESSE
paphnuce. Vous voici à propos, illustre abbesse; c'est vous que je cherche.
l'abbicsse. Vous êtes le bienvenu, vénérable Père Paphnuce. Bénie soit votre arrivée, ô bien -aimé de Dieu !
paphnuce. Que la béatitude de l'éternelle bénédiction soil répandue sur vous par la grâce du Créateur universel!
l'abbesse. Comment se l'ait-il c;ue voire sainteté ait daigné visiter mon humble demeure?
paphnuce. J'ai besoin de voire assistance dans une occasion pressante.
l'abbesse. Donnez vos ordres le plus brièvement. Que voulez-vous que je fasse? Je vais m'efforcer d'accomplir vos commandements et de satisfaire à vos iésirs, selon mon pouvoir.
paphnuce. Je vous apporte une chèvre denii-morle, arrachée i! y a bien peu de temps aux dénis des loups, et je désire qu'elle soit réchauffée dans le sein de votre piété, et guérie par vos tendresses, en sorte qu'elle rejette sa grossière peau de chèvre et prenne la douce toison de la brebis.
l'abbesse. Expliquez-vous plus clairement.
paphnuce. Celle femme que vous voyez a mené la vie d'une courtisane.
l'abbesse. O malheur!
paphnuce. Elle s'esi livrée tonte entière à la sensualité.
l'abbesse. Elle s'est perdue elle-même.
paphnuce. Mais maintenant, à ma prière, et avec l'aide du Christ, elle fuit avec haine les vanités, et recherche la charité.
l'abbesse. Grâces soient rendues à l'auteur de celle conversion!
PAP
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paphnuce. Les maladies de l'âme, comme celles du corps, peuvent eue traitées par remploi lies contraires. Conséqueinnienf, » eue femme, séquestrée des agitations du siècle qu'elle connaît, sera renfermée seule dans une étroite cellule, afin qu'elle y puisse plus à loisir méditer sur ses fautes.
l'abbesse. Rien n'est préférable.
papu.nuce. Donnez des ordres afin qu'une cellule soit le p|us prompie. nent construite.
l'abbesse. Ce sera bieuiôi l'ait.
paphnuce [bas à i'ubbesse). N'y laissez ni entrée ni sortie, mais seulement une élrojie feuèire, par laquelle elle puisse recevoir une maigre pitance, qu'à des jours et des heures marqués vous vous ferez un devoir d'aller lui donner avec épargne.
l'abbesse. Je crains que la mollesse d'une àme affaiblie ne supporte a\ec peine la rigueur d'une si dure pénitence.
paphnuce. Soyez sans crainte. Une faute grave a besoin d'une énergique médicanieniaiion.
l'abbesse. Sans doute.
paphnuce. Je n'ai souci que des délais, dans la peur qu'elle ne soit corrompue par la visite des hommes.
l'abbesse. Pourquoi ces soucis? Que ne la renfern;e/.-\ous? La cellule que vous avez demandée est prête.
paphnuce. Tant mieux. (A Thaïs, d'une voix sévère). Entrez, Thaïs. Ce réduit est assez bon pour pleurer vos crimes.
tuais. Que. ce lieu est étroit, obscur, et immonde pour une tailile feiiime!
paphnuce. Pourquoi ces mois amers contre cette cellule? Pourquoi fremissez-vous d'y entrer? Imlompj tee jusqu'à ce jour, vagabonde, il faut que vous subissiez enfin le frein el la soiUude.
tIiais. L'aine habituée à la mollesse est aisément impatiente de sa première vie.
paph.nuce. Aussi iaul-il les rênes solides de la discipline pour la contenir, jusqu'à ce que la levolteait cessé.
thaïs. Les ordres de votre paternité ne sont pas l'objet des résistances de mon iiumiliié; mais il y a dans celle habitation un inconvénient bien difficile à supporter pour ma faiblesse.
Paphnuce Quel est cet inconvénient?
thaïs. Je rougis de le dire.
paph.nuce. .Ne rougissez pas, et parlez sans détour.
thaïs. Qu'y a-l-il ue plus insupportable, ne plus affreux, q.ie u'étre forcée de satisfaire eu un même lieu a tous les besoins du corps; certainement., ce lieu sera en peu Ue temps inhabitable, à cause de l'excès de la puanteur.
paph.nuce. Crains les douleurs de 1 éternelle géhenne, tt ne l'épouvante de rien de ce qui est passager.
thaïs. C'est ma faiblesse qui me force à craindre.
paphnuce. Il faut que lu expies la douceur des plaisirs et des caresses maudites par le supplice de cette puanteur intolérable.
(Il ta conduit vers la cellule.)
thaïs (dans la cellule, dont on commence à murer la porte). Je ne résiste pas, el je conviens que, selon la justice, je n aie, souillée d'impureté, d'abri que ce trou impur et lélide. Mais tout mon lotiriiicul cruel est qu'il ne restera aucune place pour invoquer décemment le nom de la redoutable Majesté.
paphnuce (plus sombre). El d'où vous vient cette étrange hardiesse d'oser, de vos lèvres polluées, prononcer le nom de la Divinité sans tache?
(225) La scène qu'on vient de lire où Paphnuce recommande Thaïs pénitente aux soins de la supérieure d'un couvent de femmes, ne retrace en rien les usages monastiques du iv« scièele. Mais cet entretien nous offie en échange un exemple curieux
thaïs Et de qui puis-je espérer mon pardon? De qui mon salut? de qui la pillé, s'il nï'est défendu d'implorer celui contre qui seul j'ai péché, et à qui seul mes prières ardeii.es doivent être adressées?
paphnuce. Vous devez piier non pas par des paroles, mais par des larmes; non par le son plaintif de votre voix, mais le làle de votre cœ.ir repentant.
thaïs. Et s'il m'est défendu de prier Dieu par des paroles, comment puis-je espérer ma grâce?
Paphnuce. Vous I obtiendrez d'autant plus vite que votre bumilit sera plus parla te. Dites seulement : « 0 mon Créateur, ayez pitié de moi ! >
thaïs. J'ai besoin de sa pitié, pour n'être pas brisée dans celle épreuve incertaine.
paphnuce. Luttez avec force, afin d'obtenir une heureuse victoire.
thaïs. Et vous, priez pour moi, afin que j'acquière la palme nu triomphe.
paphnuce. Je n'ai pas besoin de recommandation.
thaïs. Je l'espère.
pahhnuce, se tournant vers l'abbesse. Il est temps de rentrer dans les retraites aimées île ma solitude, cl d'ail. -r visiter mes cliers disciples. C'est pourquoi, vénérable ahbrsse, je coulie à votre sollicitude et à votre charité, celle captive, dont vous aurez a sustenter le corps délicat du strict nécessaire et restaurer abondamment l'àme des plus salutaires avis.
l'abbesse. Soyez saut inquiétude, j'aurai pour elle une tendresse et des soins de mère.
paphnuce. Je pais.
l'abbesse. Allez en paix. (.'S5)