‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 66 sur 1429 · SCÈNE XXXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXXI

LES MÊMES, LE P.OI, H\RDRÉ,LE COMTE GBIHàUT.

la reine, ilon cher seigneur, je vous présente Amille prêt à combattre Hardré, et à lui contester ce qu'il a dit.

hardré. Sire, qu'il n'v ait plus de débats : je suis tout prêt, je vais monter à cheval. J'ai le droit pour uioi cl ne crains ri ■■■.

amis. Monseigneur , qu'il vous p!a!s? de me donner au>si la permission d'aller chercher mon cheval. Je reviens bon train, prêt à combattre.

ie roi. Allez; je ne veux pas l'empêcher, ce uc serait pas juste.

le comte grimaut. Sire, comment pourrait- il y avoir ici trahison du côte d'Amille ? Oserait-il se présenter dans la lice, s'il pensait avoir tort ? Certes, on sait qu'Hardie est volontiers querelleur, et que le plus souvent il n'est pas honteux pour mentir.

le roi. Grimaut, que la sainte Foi m'aide ! je ne sa s, mais une fois dans la lice, ils n'en sortiront pas sans combattre, soyez-en sûr, ni sans que l'un d'eux soit déconfit. Quant au vaincu, il sera pendu, je vous promets : que nul n'en doute.

hardré. Mon cher seigneur , je suis tout prêt à faire mon devoir ; je requiers jugement contre ma partie, puisqu'elle n'est pas ici, et dis que veus devez juger pour moi.

le roi. Non, car je vois venir Amille pour se défendre.

amis. Mon cher seigneur , veuillez m'entendro : Voici Hardré ; s'il veut dire quoi que ce soit contre moi, je suis tout prêt, sire, à liv er combat.

le roi. Allons, paix ! il ne faut plus disputer sur ce sujet. Pour cause vous avez allaite, à lui. — Hardré, Hardré, levez la main : vous prenez à témoin Dieu qui vous ciéa, et recréa par sa mort; vous jurez par le baptême que vous avez reçu , et par le saint chrême que vous eûtes quand ou vous fil chrétien, que vous avez vu de fait Amille, qui est ici, avec ma fille. En est-il ainsi?

hardré. Oui, par les reliques des saints, qui sont ici et dans tout le monde !

amis. Sire roi , que Dieu me confonde si jamais votre charmante Iule de son corps toucha le mien.

LE ion. Allons, eu avant ! je veux que sans délai vous descendiez à pied tous deux, el que vous combattiez, quelque joie ou quelque peine que puisse causer a quiconque voire rencontre.

hardré. Parjure félon, avant que j'engage la bataille avec loi, je te conseille de te rendre à moi et de demander giàce et pardon : lu feras bien.

amis. Traître, je n'en ferai rien. Tu m'as délié, défends-toi, car premièrement tu auras de moi ce coup

hardré. En vérité , il te sera rendu aussitôt. Tiens , dis-moi si ce coup aussi esl bon ou mauvais.

amis. Certes, traître déloyal, tu m'as fortement frappé sur mon écu ; mais tu seras enfin vaincu dans cette bataille. Tiens cela, et dis-moi vrai, qu'est-ce? cela te va-l-il?

hardré. Voici long-temps que je n'ai été ainsi servi , par saint Gilles! mais vous allez parler, Amille, d'une autre manière.

amis. J'en finirai bientôt ce combat : tu ne m'échapperas pas, félon hypocrite. Tiens, c'est fait : je te vois tomber, mon affaire s'avance. Je le veux monter sur la panse pour te tuer.

le roi. Un moment. Amille, beau sire, sachez auparavant s'il ne dira rien ou>s'il vous criera merci d'amitié franche.

amis. Traître, avant qui' ta vie se termine, rendstoi confus, crie merci, ou lu mourras ici honteusement, je te promets.

le roi. Que dit-il?

amis. Rien, il ne se défend pas non plus.

le roi. Passez outre, car je ne mets nul empêchement à sa mort.

amis. Hardie, puisque je suis maître de loi, je t'ôlerai ce heaume-ci et te couperai la tète. — Eli, gare! non pas! car je vois qu'il est mort. — Monseigneur le roi, je n'ai plus à combattre ; je vous rends Hardré mort : l'affaire esl conclue.

le roi. Amille, je vous tiens pour chevalier loyal <•( preux : c'est raison. — Griffon, va sans l'airéler

AMI

.m roi des Rihauds, et dis-lui de ma part que lui et ses gens prennent Hardie en ce lieu, et le mènent au gibet; là, qu'il soit pendu

le SERGENT »' ARMES. Monseigneur, puissé-js être rendu à Dieu ! je vais volontiers le quérir et lui porter votre ordre.

amis. Dieu merci! à Cette heure vous êtes, mesdames, quittes du supplice; pour moi c'eût été vraiment dommage, s'il en eût été ainsi.

Ll reine. Vous dites vrai ; je rends grâces à Dieu de ce qui s'est passé. Jamais rien ne me lil plus de peine ipie les menaces qu'il me fit; elles m'ont tiré bien des larmes. Que Dieu lui pardonne!

LA pille Regardez, regardez! le voilà bien; n'en parlons plus

amis. Sire, pour acquitter ma loi, s'il vous plaît, vous me donnerez congé; et vous, mesdames, vous ferez de même; car quand je laissai mon compagnon, je lui promis, sur ma foi, que, sitôt le combat terminé je m'en irais vers lui sans retard.

gkikaut. Cher sire, réfléchissez Amille n'a reçu de vous aucun bienfait; s'il s'en va ainsi, c'est qu'il n'a pas envie de vous -revoir jamais : prenez-y garde.

le roi. Par ma foi! c'est à quoi je pensais. Grimant, et vous avez raison. — Amille, je veux vous donner ma lill; en récompe: s ■ de vos hauts fait-, et vous serez comte de Hiviers. Qu'en ditëS-VOUS, mon cher ami, et vous ma compagne?

LA REINE. Mon cher seigneur , qu'il soit fait

comme vous dites ; nul ne vous en fera raisonnablement de reproche, car il est chevalier preux et d'élite.

«RlH.xOT. Dame, c'est vrai et bien connu; car il est l'auteur d'une fotile d'exploits, et il a toujours vécu sans mé.iire el sans mcfaire.

amis. Cela vous plaît à dire, cl c'est, sire, bonté de votre part; mais, mon doux seigneur, je ne puis revenir sur ce que j'ai dit. II faut qu'avant tout j'aille chercher moi compagnon ; il saura le résultat du combat et le grand honneur que vous m'offrez. Sire, agréez ceci et souffrez qu'il en soit ainsi.

le roi. Non, non. Avant que de partir, Amille, vous la fiancerez; et puis après vous irez chercher votre compagnon tout à loisir.

grimait. Amille , faites son plaisir sans le contredire.

vmis. Allons! de par Dieu, notre sire! ([ne ce soit tout de suite.

le roi. Allons! ma fille voici mes intentions: vous aurez Amille pour mari; je ne puis lui faire plis d'honneur. Çà, votre main ! et vous, la votre! Vous jurez par le Pater Mosler et par la foi que vous devez à Dieu, que vous prendrez pour femme ma fille : que vous voyez ici?

amis. Sire, je vous jure par mon âme que je le Il iai sildt que je serai revenu d'auprès de mou ami, que j'irai chercher; mais permettez-moi d'y aller.

le roi. Je vois bien que vous ne serez pas conten! que vous ne l'ayez : allez le chercher et ne restez pas longtemps.

amis. Nenni, monseigneur, eu vérité'; n'en doutez

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