‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 679 sur 1429 · LA MERE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA MERE DE DIEU

la MÈRE de dieu. Grand Dieu! que vois-je? 0 mon Fils, je vois votre corps devenu ia proie du trépas. Chose étonnante, merveilleuse!

A l'instant , il a jeté un cri vers son Père , et les entrailles de la terre ont élé ébranlées dé celle voix immense; l'univers entier même , rempli de celle clameur, en a re.lit 1. s ter. iblcs échos. To s ceux qui le regardaient se sont semis impuissants à tenir les yeux lixés sur lui...

Le voici donc celui que je voyais eu ce moment même, et qui si peu avant vivait encore. On! que vous est-il arrivé? Comment avez-vous péri , ô mon Fils? Je veux le tenir de vous; car l'âme humaine, dans son avidité de tout connaître, se surprend à désirer même la connaissance du malheur!

llelas! trois fois hélas! combien ces choses sou! aulres que celles que j'attendais. Aii! ah! que deviendrai'-je? le cœur me manque.

O leinmes, ce n'est plus le pur visage de mon Fils que je vois; comme il esl pâle; sa frappante beauté est altérée. Spectacle affreux1 horreur ■in contact de la mort! quels avertissements! les asti es en deuil, la terre ébranlée dans ses profondeurs, les rochers se brisant! Allez , allez , je ne puis le voir davantage! je cèJe à mes peines. J'ai éle avertie pourtant de .e qui allait arriver; mais mon désespoir triomphe en moi de l'espoir de la fi..

0 Fils du Roi suprême, est-ce donc vous qui visitez aujourd'hui, dans les abimeS-liahilés de l'enfer, toute la lignée anéantie de nos pères? Comme vous nous avez vite quittés, las déjà de la vie? Certes, jam.rs la mort n'eut eu raison de vous, si, d'avance, vous n'eussiez lentis voire e~piii aux

mains du Père. J'ai entendu, j'ai entendu les paroles du Père. Pourquoi le Père vous arrache-l-il à la terre? quel dessein a-l-il dans votre mort ignomirieuse? Pourquoi vous-même abandonnez-vous, seule ici-bas, votre mère qui vous engendra ? Malheur à moi! ô mon Fils! je veux mourir avec vous.

Vous mort, quelle cité m'accueillera? Quel bote m'ouvrira, dans un coin inaccessible de ce monde, une retraite paisible, et protégera mes jours défaillants? Personne. Aussi je vous attends dans peu. aux premières lueurs des astres de ce troisième jouv que vous-même, dans vos enseignements, avez marqué pour votre résurrection. Voilà ma foi, ei l'espoir tpie je nourris! Car, à vous voir ainsi expiré, et penchant sur cette croix, je suis plus inquiète, à cause tle voire absence, de mon sort que du vôire. C'est moi qui suis frappée de la mort par voui. plutôt que vous n'en èles vous-même la proie. O heureuse, ô mon Fils, si j'étais morte en votre lieu! Je suis accablée du trépas, ô mon Fils, il ne m'est plus de goût pour la vie! Ah ! déjà mes yeux sont envahis par les ténèbres , je succombe cl j'aspiie aux entrées des enfers. C'est sous la terre, sous la terre, dans l'horreur de l'obscurité, sortie eulin de celle vie, que je guelle un asile, si voire vue ui'esl ravie. O malheureuse ! quelle douleur je- res sens, intolérable, inouïe. Certes je ne suis plus.

Mais comment, muet, l'ouïe éteinte, me viendrat-il en aide, ô mère accablée de maux ! C'est donc en vain, o mon Fils, que je vous ai élevé, vous qui donniez si largement la nourriture à (ont le monde; en vain j'ai supporté bien des l'alignes, je succombe aujourd'hui sous leur poids, après avoir fui loin de ceux qui machinaient votre mort, ô mon Fils, depuis votre naissance merveilleuse et votre berceau...

Non, non, loin de moi ces pensées, malgré mes plaintes et mes pleurs. C'est moi qui vous ai engendré et je sais comment je vous mis au inonde. Sans doute, quelquefois, ô infortunée! j'avais tonde en vous de suprèniKS espérances : nourrie par vous dans ma vieillesse, et ensevelie avec honneurs par vos mains après ma mort; espérances précieuses pour les humains. Mais, néanmoins, ce doux espoir, ô mon Fils, n'est pas anéanti par votre mort...

O parole si suave, cause de tant de douces émotions pour moi, ô visage liien-aimé, ô beauté ineffable, si désirée, telle que les hommes n'eu avaient jamais vue, image inexprimable d'une l'orme insaisissable, quels sombres traits n'avez. vous pas en cet instant :.je ne puis tenir mes regards sur vous! Eli quoi' vous êtes sans voix? vos lèvres closes! Donnez-moi un mol, donnez-moi une consolation. Parlez un peu à votre misérable mère, o mon

Fils.

Certes, ô mon Fils, jeconnais mon Dieu, ella mort cruelle que vous avez subie, celle mort me ilote de l'immortalité; elle m'enrichit de la gloire éternelle; elle est la joie la plus grande, du genre humant loin entier.

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