XXVI. Le Procès de Paradis
« Le procès qui était demeuré pendant au tribunal de Dieu, entre la Vérité et la Justice, d'un côté, la Miséricorde et la Paix de l'autre, n'ayant pu être terminé, recommence ici avec plus de chaleur que jamais. Ces quatre Vertus persistent toujours dans leurs sentiments. Dieu leur déclare qu'il veut absolument sauver l'homme. Pour accorder des choses si contraires, elles s'adressent à la Sapience. La Paix demande que l'homme puisse être reçu à pardon, après une pénitence proportionnée. « Non, répond la Jusci tice, cent milliers d'années de pénitence « ne me suffiraient pas, il faut sa mort éter-
m pas
« nelle. » La Sapience paraît ébranlée des « raisons de lu Justice.
SAPIENCE
Justice a nés-bonne raison,
SVII.' si; Lient liien dillicille :
Kegergdez (2U4) en cause civille.
Si hiik malfaicieur pour son dcsroy (2C5).
Est saisy en prison de Hoy ,
El tant a mal faire la Mon
Que sa cause est digne de Mon ,
Wl
La repentait ce rien n'y faicl Ne le juge en rien ne regarde , tjue son paiement il ne luy garde, De la mon qu'il a desservie.
« Par cet exemple pris sur les lois humaines, la Sapience de Dieu prétend excuser la rigueur de la Justice. Enfin , après bien des contestations, Sapience, pour accommoder toutes les parties, déclare qu'il faut que ce soit un Dieu fait homme, qui fasse cette réparation. « Laquelle des trois personnes « doit la faire? lui demande la Miséricorde. * — Le Fils, répond-elle. — El pourquoi « lui plutôt qu'un autre? réplique la Paix. « — Par quatre choses, » dit Sapience.
SAPIENCE
Et premier je puis estimer , Selon que le Filz se faict nomer :
La seconde est qu'il est ymaige De Dieu le Père noble et saige; Tierceuieni est parole et Verbe, De Dieu qui est noble proverbe , A la quarie , qui bien en sonne Il esl la moyenne personne.
« Les quatre Vertus se rendent entin ; et Dieu conclut au mystère de l'Incarnation. Cependant il propose à la Justice si elle ne veut point prendre une autre victime à la place de son propre Fils. Mais comme la Justice, après l'arrêt que'la Sapience vient de rendre en sa faveur, demeure inflexible, Dieu dépêche Gabriel vers la Vierge Marie.
(Ici descend Gabriel, et va vers Marie.)
« Cependant Chérubin, Séraphin, Michel, Raphaël et Uriël se réjouissent du bonheur dont les hommes vont jouir. »
XXVTI. De la Salutation Angélique.
(Marie lisant.)
GABRIEL
Ave pour saliilacion ,
Je le salué d'affection ,
Maria Vierge Irès-bcuigne
Gracia par infusion
De grâce acceptable etcomligne ;
Pleinu par la verlu divine :
Pleine quant de dans loy reclinc
Do>ninus par dileclion :
INoslie Seigneur fait ung granl signe
Tecum d'amour quant il assigne
Avec loy sa permancion.
« Marie est fort surprise a ce discours ; ensuite Gabriel lui déclare que Dieu l'a élue pour porter le Messie dans son sein. Comme Marie fait difficulté de croire cela , attendu uu'elle veut toujours garder sa virginité ,
Jj i; Regardez.
Diction*), des Mystères,
l'ange la rassure en ajoutant que cela se ferait par l'opération du Saint - Esprit. Marie veut bien y consentir à celte condition.
MARIE
Ecce amilla Domini L'Ancelle Dieu suis en effect, J'ay parl'aielc crédenec en lui,
El selon Ion dict me soit faicl.
« Interlocutoire de Marie et de Joseph. — Mario et Joseph se réitèrent encore leurs vœux de chasteté : Marie demande à Joseph la permission d'aller voir sa cousine Elisabeth, et celui-ci y consent.
« Elisabeth, de son côté, s'entretient avec Utan , sa « chambrière , >< de sa grossesse. Elle a honte, à son âge, de se trouver enceinte; et craint que sa vertu ne soit soupçonnée. Utan la console. »