XXVIII. De la Veufve et de son Fils
(Icy se aproche Lazare devers la cité de Naim, pour veoir le miracle que Jésus fera, et commence le miracle, comme Jésus resuscita l'adolescent seul fils de la Veufve, ainsi comme il est escript en l'Evangile S. Luc, en son sepliesme Chapitre, et y était Lazare présent, parquoi il se convertis! à iSostre-Seigneur, comme nous lisons en la Légende de S. Lazare.)
« Ici paraît « Jullye veufve, mère de l'ait dolescent , qui après fust marchand du « suaire de Jésus, » qui se désole de la mort de son fils; Neptalin et Malbrun lâchent de la consoler.
'Icy porte Neptalin et Malbrun l'Enfant mort estant en ung sarcuel, couvert d'un drap mortuaire, et la mère les suyl comme fort desconfortée. Et est à noter que la première foys que Jésus parle à elle , les deux qui portent l'Enfant mort ne se arreslent point, jusque» ad ce que Jésus commande qu'ilz arreslent.)
déet entin ordonne à l'enfant de se lever.
(Icy se liève l'Enfant de dans le sarcuel, enveloppé d'un drap, et se met à genoulx devant Jésus.)
« Sa première action est de remercier son bienfaiteur; il parle ensuite, à sa mère, et cette veuve, conjointement avec les deux ;iutres Juifs qui sont présents à sa résurrection, remercient Jésus du miracle qu'il vient d'opérer.
« Suite de la conversion du Lazare. — Lazare, sensiblement touché de ce miracle, se jette à genoux aux pieds de Jésus , à qui il demande pardon « de ses plaisirs mondains.» Josus le lui accorde, en lui disant:
JÉSUS
Tu as, par foy, si bien chassé, Et si bonne venayson prise, Que lu as en ion aine acquise La grâce de Dieu aujourd'huy.
Désormais seras mon amy El Marthe ta sœur mon hostesse,
(•iOo, La haut.
« Jésus, prenant pitié de cette'veuve solée, fait arrêter le cercueil,
« Sainte Marthe , qui ignore toutes ces choses, déplore l'égarement de son frère el de sa sœur.
MARTHE
Je me travaille, et me débas En fervente sollicitude, Et à mesnager hault el bas Songneuseinent nietz mon estude; La vie active est fort rude Qui curieusement la maille, Mais Dieu en rend béatitude Lassus (303) en l'éternel domaine.
Ma senr Magdeleine
De fol désir plaine
En Liesse vaine,
S'esbat et pourmaine,
Chantant ses chansons.
Mon frère Lazare
Porte haulle care (30G),
Ses Chiens hue et hare,
Et souvent s'esgare
Parmy les buysons.
Ils n'ont soing en eulx
Fors d'eslre joyeulx,
En sont curieux
Desbas, et des jeux.
A leurs volontés
On les y souslient.
Rien ne les relient,
De Dieu ne souvient,
Fol désir les lient
En leurs volentés.
o Brunamont de son côté veut empêcner son maître de suivre le parti qu'il vient de prendre ; mais Lazare lui répond qu'il veut absolument changer de vie. Il va trouver sa sœur Marthe, à qui il apprend sa conversion, et la bonté que Jésus a pour eux de lui promettre de les venir visiter. Marthe en rend grâces à Dieu.
(Icyjecle Lazare son oyseau au vent, et osle sa trompe de son col, el lajecte : el Brunamont les reprend.)
« Ce page, surpris de la résolution subite de son maître, prend celle d'aller offrir ses services à Madeleine ; il fait réflexion que celle condition est fort avantageuse, parce qu'elle ne songe qu'à se réjouir parmi les danses et la bonne chère, en son château de Magdalon. »
(Icy s'en va Brunamont rendre [visite] à la Magdelaine.)
XXIX. La Décolacion de S. Jehan. « Hérode, qui se prépare à célébrer avec solennité le jour de sa naissance, fait publier par Grongnart que le lendemain il va tenir ses grands jours, et qu'il y invite tous les seigneurs de sa cour qui voudront s'y trouver. Grongnart, après avoir obéi à cet ordre, parait être content de lui-même , ce qu'H témoigne assez par ces paroles :
Pour parler pareil à pareil, Il n'est pas homme plus propice.
Que moy, pour bien faire ang office Haulte ou basse quand je m'y rolle.
Et aller quérir mon salaire.
(300) Habillement, train, équipage.
TAS
« Hérodias vient trouver Hérode , à qui
elle conseille de se défaire de saint Jean, qui ne cesse, ajoute-t-elle, de leur reprocher leur hymen. Le roi lui répond qu'il craint la fureur du peuple. Sur ces entrefaites, Grongnard vient annoncer que les tables sont servies.
(hy se lavent le Iioy et ta lîoyne à part.)
GRONGNART.
Seigncnrs la viande se gaste;
Que or eusse-je le meilleur plat
Je tronçooneroje lelesclat
Qu'il y paresiroil au retonr.
(Icy te assiet le lioy et la Royne, et la Fille : Ici se astient Rodigon, Jayrui, Nicodesme, Phares et Abiroti, et en une autre table, et sonnent les Ménestriers.)
andaliîs, Maislre d'Hostcl.
Seigneur la viande se empire, Vous vous y prenez lascheincni.
« Alors tous les assistants commencent à manger. Vers la fin du repas, Hérodias commande à Florence, sa fille, de danser, ajoutant que le roi lui accordera un don : à l'instant la fille obéit.
(Icy commence à danser et sonne le Tabourin une entrée de Morisyue, puis cesse uny petit, et la fille danse tousiours, cependant que les Seigneurs parlent : puis commence le Tabourin d'unq cordéon.)
ADIRON.
Hardiment génie Damoyselle, N'ayez point de vergogne honte.
« La danse finie, le roi jure à Florence de lui accorder tel don qu'elle voudra demander. Florence s'adresse aussitôt à la reine, qui lui dit de demander la tête de saint Jean- Baptiste. Elle lui obéit; mais comme Hérode a quelque peine à y consentir, Hérodias lui représente qu'un si vil objet ne mérite pas qu'il ait à se reprocher d'avoir rompu son serment. Grongnart se présente sans peine pour exécuter cet ordre ; car, dit-il.
Si sa sentence n'est escriple, Il n'en failli ja tant discuter, Je l'y ra i bien exécuter Sans autre forme de procès :
El s'il appelle de l'excès, Je relèvera son appeau Si sanglanlemenl sur sa peau, Qu'il n'en fera jamais de noise,
« Hérode lui donne cette commission : et « icy vont Grongnart et Florence à Fuis de « la Chartre pour décoller S. Jean. » On noiera encore en passant que maître Grongnart fait toujours le mauvais boutTon
GRONGNART.
Ça, Maislre, çà, saillés dehors ; Vecy voslre derrenier mes, Doul vous serez servy jamais :
Baissez-vous, vous estes trop hauli.
« Saint Jean no répond à ce discours que pour demander la permission de pouvoir faire une courte oraison.
GRONGNART.
Fais-le donc court, qu'il ne se croie, Je ne vend plus attendre à Puis.
« Saint Jean ayant achevé sa prière, Florence dit :
Grognarl, fait ton olfice, elc.
« Grongnart lui conseille de se retirer un peu, de crainte, lui dit-il, que la vue du sang ne lui fasse quelque peine. Ensuite, s'adressatit à saint Jean, en lui coupant la léle, il lui dit :
Or tien, ton procès est complet, Prcns ce cop si feras de féale.