VIII. La Traijson de Judas
« Satan, Belzébuth et lîérith ont trop grand intérêt à exécuter leur commission pour ne s'en pas acquitter de tout leur pouvoir. D'abord ils s'adressent a Judas, et profitant des coupables intentions de ce scélérat, qui a déjà envie de quitter son maître, ils lui suggèrent le dessein de le trahir et de se récompenser, par ce moyen, du profit qu'il aurait retiré si on lui avait remis l'argent qu'a coûté le parfum répandu par Madeleine. Ils lui représentent le bonheur dont il jouira en acquérant ces richesses, et en tiièino temps que l'amitié des princes de la Loi (qui ne manqueront pas de lui accorder leur protection) est préférable à la vie pénible et laborieuse qu'il a menée à la suite de Jésus. Toutes ces promesses ne peuvent que faire un sensible effet sur Judas; l'avarice et l'espoir de se venger sont deux passions trop fortes pour ne pas entraîner un cœur corrompu comme le sien; il entre dans les sentiments que lui inspirent ces esprils malins et se détermine aisément à les suivie.
« Ces trois démons, satisfaits de cette première démarche, ne tardent pas, pour achever ce qu'ils ont entrepris, d'aller trouver Caïphe et les pharisiens, qui sont assemblés et songent aux moyens de perdre Jésus à quelque prix que ce soit, ne pouvant plus soutenir les sanglants reproches dont il les accable; Satan et ses deux compagnons les fortifient dans cette pensée, et Judas en arrivant les y trouve.
(Icy arrive Judas an Conseil des Juifz, et sans fuir* pause, vient parler a eulx.)
JCDAS.
Seigneur, je sçai bien que vous dicte-, Il ne (aiilt jà tant sermonner :
Dictes (|iie nie voulez donner, El je le vous bailleray.
i.VNE.
Judas!
Il semble que tu scès le cas.
« Tu te fais donc fort, conlinue-t-il, de « nous livrer Jésus?— Oui, je vous le pro-
PAS
DICTIONNAIRE DES MVSTEliLS.
PAS
■ mets, répond Judas. » Lo marché n'est pas longtemps à se conclure. Ils conviennent «ionc à trente deniers pour livrer Jésus. Mais comme Judas veut être payé par avance, Anne lui jette sa bourse où est justement cette somme, et que l'auteur a voulu rendre reconunamJable par les vers qu'il met dans la bouche d'Anne :
ANNE
Tien donc Judas, pran reste bourec :
Velà [renie dcniei s » i";t i^t-n t Qui oui nasse pur maint genl, Dont Joseph fui jadis vendu.
•< Judas relève cette bourse de terre et la met dans sa poche, en réitérant la promesse qu'il vient de faire; pourvu, ajouta-t-il, que (le leur côté ils aient le soin de se munir d'une bonne troupe de gens armés. On lui dit qu'il n'a que faire de se mettre en peine à se sujet et qu'on y pourvoira.
« D'un antre côté, Jésus et ses apôtres quittent Bélhanie après avoir pris congé de Notre-Dame et des autres femmes, qui « se vont mettre comme en oraison » et prennent la roule de Jérusalem.
« Pour revenir à Satan, il est bon de remarquer qu'il reste toujours sur la scène jusqu'à la mort de Jésus-Christ, excepté quelques voyages qu'il fait aux enfers pour instruire son roi du succès de son entreprise. A l'égard de Beizébulh et de Béritli, ils retournent aux enfers. »