LE SENESCHAL
Sire, je viens tant ne désir (e) Com' la fillette.
LE PAPE
Et vous savez qu'elle est muette...
LE SEXESCHAL.
Sire ne me chant de ce point Tout à un mol.
« C'est alors qu'a ueu le miracle du dénouement. La princesse recouvre la parole pour démasquer l'imposture du sénéchal.
Le Pape demande quel est donc le chevalier inconnu. Là princesse raconte qu'elle l'a vu s'armer deux fois dans le pré, à côté de la fontaine, et ensuite tirer de sa blessure un fer qu'elle a ramassé et qu'elle présente. Le chevalier qui a blessé Robert rapproche ce fer du bâton de sa lance; il s'y rapporte parfaitement. Le Pape demande où est cet homme, et la princesse répond qu'on le trouvera avec le chien. Le Pape et l'empeieur vont donc chercher le prétendu fou. Le premier a beau lui dire :
De Homme sui Pape clamez; Parlez à moy,
« Robert continue ses folies. Mais arrive enfin l'ermite pénitencier qui lui annonce son pardon. Alors Robert se jette à genoux, et fait une action de grâces à Dieu- L'empereur s'adresse à l'ermite :
Preudomme, lu qui scez ces faix, Di, qui est-il?
l'iiermite.
Il est hauU baron et gentil , Très chicr sire, soiez en fis; Du duc de Normandie est filz El son droit hoir (héritier.)
« Toujours repentant, Robert refuse les hautes faveurs de l'empereur et veut se faire ermite; mais le pénitencier lui dit que Dieu en a ordonné autrement, qu'il doit se marier, et que sa postérité sera la joie du paradis.
« Le prince normand obéit, et le Pape, suivi de toute l'assemblée, les conduit au palais, au son d'une chanson finale, en l'honneur de la Vierge, qui, comme mère do Dieu, a racheté l'homme du péché d'Adam.» (P. 324-323 )
ROCH (La vie de monsieur saint). — Lit 1493, à Abbeville, furent joués les jeux de la Vie de monsieur saint Roch. (Cf. F.-C. Louandres, Hist. d'Abbeville, Abbeville, 1834, in- 8°, p. 238.) Lo manuscrit ne semble ni être parvenu jusqu'à nous , ni avoir été imprimé.
« A Rélhune, en 1500, JehanleTardieu, Jehan Rordel, Pierre le Maire, Guillaume Racheter, Colard Petit , Estienne Hércng, et aultres compaignons, en nombre de 30 à 36, remonslroient sur le marché, par ystoire, la Vie monseigneur saint Rocq. » (De Lafons, baron de Méucocq, Extraits de chartes, dans les Mélanyrs historiques, publiés par M. Celui-
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I'oj.i.ion-Fiseac, t. IV, p. 320; Coll. des do-
ruments inédits, relatifs à l'Histoire de France.)
RUTEBEUF.— « Rutebeuf est un despoëtes les plus remarquables du xm' siècle. Pourtant il n'en est point peut-être sur lequel l'histoire soit restée plus muette; nul de ses contemporains, poètes ou chroniqueurs, ne nous a transmis son nom. C'est a peine mémo si quelques érudits modernes ont essayé de rompre la chaîne de cet injuste oubli; encorescsont-ils montrés presque tous inexacts ou trop sévères. » (A. Jlbinal, Œuvres eompt. de Rutebeuf; Paris, 1839, in-8", 2 vol., t. 1", préf., p. vi.) Fauchet, Legrand d'Aussy, Barbazan, Méon, Roquefort, Dauinoii lui-même, ou méconnaissent le talent de cet auteur, ou lui attribuent des dates, «les faits et des ouvrages qui lui sont étrangers. Rutebeuf, ou plutôt Kuiebuef, ou encore Ruslebuef, Rustabués, Rudebués, parie la langue romane du centre, et naquit probablement à Paris, entre 1235 et 1240, de gens de condition moyenne et malaisée. Sa vie, sur laquelle on n'a d'autres renseignements que ceux donnés par lui-môme, quoique chargée d'ennuis et de misère, fut mêlée pourtant à celle des plus grands seigneurs du temps; et, quoique poète, il ne lut ni vielleur, ni faiseur de tours, ni montreur d'ours, ni marchand d'herbes et d'orviétans, ni mémo voleur sur la chaussée du Temple, comme la plupart de ses confrères. Ou suppose qu'il mourut vers 1286. On a re-
marqué que cette rude intelligence, si éminemment française, n'a rien écrit sur l'aiiiuur, au contraire des fadaises do tous ses contemporains et devanciers, et qu'il n'a cité ni les Grecs ni les Romains.
Parmi les poésies de toute nature qu'il écrivit, la Vie de sainte Elisabeth de Hongrie lui fut ordonnée par Herart de Valeri pour la reine Isabelle de Navarre, et lo Miracle de Théophile, composé versl2f>0, après divers autres mystères à ce qu'il semble (A. Jubinal, t. Ier, ibid., p. ji), eut un succès prodigieux... « Je fais plus signer do tètes que si « je chantais Evangile,» dit-il de lui-même ; « mes merveilles arrachent des signes do « croix dans la ville, et on doit bien les « conter aux veillées, car elles n'ont pas de « rivales... » (A. Jubinal, ibid., p. xvi.)
Une opinion sur Rutebeuf, qu'on ne peut passer sous silence, a été émise par M. Onésime Leroy, reproduisant dans ses Etudes sur les Mystères (Paris, 1837, in-8", p. 33), un article précédemment publié par luimôme dans le journal le Temps.
« Rutebeuf, dit M. Leroy, semble s'être peint lui-même dans Théophile. On voit que ce n'est pas de nos jouis seulement qu'ont existé des hommes dévorés du besoin d'une vaine gloire et de jouissances matérielles , lesquels, pour se les procurer, se sont précipités dans des voies infernales. Seulement, au lieu du désespoir qui pousse aujourd'hui dans l'abîme un infortuné, jadis la religion le ramenait ordinairement. »
SACRIFICE D'ISAAC (Le).— Le Sacrifice d'isaac, par Feo Relcari, fut joué dans une église de Florence, en ik\k. (Cf. Libbi, Catalogue de sa bibliothèque, p. 190.) Ce mystèro a été imprimé dans le Poésie del Feo Relcari; Florence, 1833, p. 3, sous ce titro : Lareppresentazion e festa d'Abraam e d'isaac suo fitjliuolo.
SAINTE HOSTIE (La;.— Il no subsiste du Mistere de la Saincle Hostie qu'une édition du xv* siècle, imprimée eu lettres gothiques, do format petit in-8".
Un exemplaire de cette édition ayant été vendu parmi les livres de la bibliothèque du duc do La Valliôre, fut acquis par la bibliothèque do la ville d'Aix. En 1817, un imprimeur érudit do cette ville, Augustin Pontier, (il exécuter dans ses ateliers une réimpression fac-similé de l'original-, qu'on tira à G2 exemplaires.
L'auteur de la Sainte Hostie est resté inconnu.
Le titre porte seulement :
Le mistere de la Saincte Hostie nouvellement imprimé. A Paris.
Au-dessous du titre, on lit ces quatre rers :
Lisez ce Fait grans et pelis.
Commun uns (aulx cl mauldit Juif*
Lapida moult cruellement
De l'Autel le saincl sacrement.
L'ouvrage entier est écrit en vers français, dont voici un spécimen :