‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 951 sur 1429 · LE JUIF, LA FEMME, LA FEMME DU JUIF · texte numérisé non relu

LE JUIF, LA FEMME, LA FEMME DU JUIF

la fehue, (.1 part.) Je suis bien avancée. Nous voici à Pâques, < i je ne pourrai pas faire de; toilette. Si je resic si mal velue , on nie regardera avec mépris, on me tournera en ridicule, mais comment, comment ?

le juir. f lii.s.si à pari.) Le commerce ne va guère. Voici li Pique des Chrétiens, et personne ne se presse de venir m'emprunler ou m'apporler de l'argent. Je n'ai pas de chance.

la femme. (.1 pari.) Mon Dieu! ai-jede l'ennui ! Il y a de f] uni se désespérer. J'ai emprunté à ce misérable juif Meule sous il y a quelque temps sur la meilleure de mes robes. Il faut absolument que je so s parée aujourd'hui, aussi bien (|iie mes voisines, mes cousines, ma famille, et je n'ai pas une robe à mettre. .Ma foi, c'est à maudire le jour de ma naissance. Quelle vie! Un tel jour, sorlir sans u\\ sou, sans ma robe, suis toilette! J'en crevé de dépit, rien qu'à y songer. Mais, enlin, si j'essayais d'aller auprès du Juif. Je lui parlerai sérieusement, je le prierai de me prêter ma robe jusqu'à demain malin de bonne heure; je lui ferai serment de la lui rapporter. Il fini voir s'il consentirait; peut-être. (Au juif.) Que le Seigneur loul-piiissanl sur les hommes, vous donne bonheur el piolil, ainsi qu'à voire lauiille.

LE juif. Dieu vous garde! Que demandez-vous? Voulez-vous emprunter de l'argent?

la fesihe. Hélas! non, sire. Au contraire, je venais vous prier, pour l'amour de Dieu, el par respect pour ce saint jour de l'àipies, où je dois communier, de me prêter ma robe. Vous l'aurez de nouveau dès demain ; sur mou honneur el sur mon baptême, je vous la rapporterai , et je vous serai à jamais reconnaissante. Je dirai du bien de vous à lout |e monde, étranger ou connaissance.

le juif. Par Mabomel ! vous ne l'aurez qu'après in'avo r donné trente sous. Et vraiment, pourquoi vous la donneraisje, Madame? Je n'ai rencontre de liia vie une femme si singulière que vous et si hardie. Non-seulement vous n'aurez pas voire robe, Plais il eu tournera mal, si vous ne me donnez de l'argent.

la f'EIIHE, Impossible, je vous le jure. Au nom du Dieu qui nous ;i remis nos péchés en souffrant pour nous, je n'ai rien, ni blé, ni vin, ni renie. Je n'ai (dus que ce que je poil-' sur moi. Aussi, au nom de Dieu en qui j'ai toute loi, prêtez-moi ma robe,

le ju:f. C'est absurde. I! n'y a pas à en parler. Et pourtant, si lu veux faire quelque chose que je vais te demander, pourvu cpie lu agisses loyalement el tiennes la promesse, je le rendrai la robe sans réclamer un sou.

la femme. Parle, tu obtiendras lout, si je puis.

le juif. C'est chose possible pour loi, aujourd'hui même, avant qu'il soit midi; je le sais. Il ne faut

qu'un peu d'adresse el surtout de la h .vaille.

la fi mmf.. C'est promis. Il n'y a rien de si difficile que je ne lisse pour loi, cl pour ma robe.

le juif. Approche un peu. Ne m'as- m pas dit qu'aujourd'hui même lu devais communier. Eli bien, je saurai si les Chrétiens ont un Dieu supérieur a celui de ma loi. Si m vcun donc m'apporler l'hostie entière, lu auras la robe gratis. Réfléchis. Le peux-tu? Le veux-tu? Ce s ni t l'en le sous à gagner aisément.

la fghhb. C'esl terrible! vendre mon Dieu! Uc- COmmeuccr Judas ! Quelle abomination ! je serais damnée Livrer poui un peu d'argent l'hostie sacro-

sainte, qui est le corps même de Jésu» Christ. Quelle horreur!

le juif. Tu n'ignores pas que nous sommes an bout du prêt, el si lu refuses, crois bien que je vais veuille de suite la robe sans attendre un seul jour, un seul instant.

la fehue nu jriF. Tu es bien bêle de l'enlèler ainsi pour une religion si perverse el si peu importante. Reçois l'hostie dans la bouche, n'y touche point de la langue, mets la vile dans la main et dans ta poche; reviens vile. Qui en saura quelque chose. Au moins lu seras parée, sans avoir rien payé. M'esl ci; pas une bonne affaire dans la délresse?

le juif. Si lu ne le fais pas. Ion babil sera vendu à l'instant; au contraire, jj vais le le rendre, si tu veux : choisis.

la femme. Je le le promets. Attendez-moi, je vais revenir et le rapporter l'hostie, avant midi.

LE juif. Va, je l'attends. Ilesle le moins longtemps possible. (4 pari.) Si elle m'apporte l'hostie, celleci en verra de dures; je veux que le diable m'emporte, si je ne lui donne à souffrir.

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