‹ Dictionnaire des mystères, ou, Collection générale des mystères, moralités, rites figurés et cérémonies singulières. Suivi d'une Notice sur le théâtre libreChapitre 955 sur 1429 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LE JUIF, SA FEMME, SA FILLE, SON FILS, l'hOS- TIE SANGLANTE, LE CRUCIFIX.

le juif. Nous allons savoir si ce Dieu, objet de la croyance des Chrétiens, et au nom de qui ils nous méprisent tant, a vertu, force ou puissance. Rangezvous autour de ce coffre, et voyez la sottise de ces Chrétiens qui croient dans ce pain, qui disent qu'il y a là sang et vie, el que c'est Dieu même.

la femme du juif. C'csl vrai, c'est là ce qu'ils prélenilent. Sur quoi se fondent-ils? Il est impossible d'en savoir plus long que nous n'allons en connaître à l'instant.

le juif. Et vraiment, oui. Aussi je vais essayer de ce petit couteau. (.4 Notre-Seigneur Jésus-Christ, représenté sur l'hostie.) Au mépris de votre puissance comme Créateur, et des dires d'ici-bas suivant lesquels vous auriez pris chair dans le sein d'une Vierge, tenez. (Il frappe l'hostie du couteau.)

la femme du juif. Ah! ah! Il saigne... Quel sacrilège! Ah! par Mahomet! il est en vie!

l\ fille, à genoux. Ah! bon papa, je vous en prie, ne le frappez pas.

le fils, en pleurant. Hélas! il saigne! Hélas! hélas!!! Mon père, pour Dieu! arrêtez! Ah! Il est si beau, si doux. Donnez-le-moi, je le garderai.

le juif, liès-élonné. Silence, ou je vous bats. Imbéciles! Qu'ave/.-vous à crier? Silence, ou sinon, sans plus d'avis, je frappe, el durement, de ce bâton, jusqu'à ce que le sang coule de vos lianes. En attendant, le temps passe. Comme s'il y avait jamais eu un Jésus. Vous croyez cela, peut-être?

la fille. Ah! mon bon papa, je vois couler le sang de lotis côlés. Pour Dieu! ne le tuez pas. Vous éles Irop hardi.

le juif. Je vais chercher là derrière mon grand couteau à couper la viande. J'en veux faire maint morceau. Un, deux, trois, quatre, cinq. Par le grand Dirn! il nie seniblu tpi'il se réunit à chaque coup. Il esl entier comme devant. Je me sens furieux connue une hèle fauve. J'enrage. Je ne sais que dire. Mais lu souffriras pis encore, si c'est possible.

la femme du juif. Eh! Monseigneur, que vous dire ? Mais pour l'amour de Dieu, laissez-là celle liosiie merveilleuse. Je suis épouvantée de ce sang qui en esl sorti ; je n'en pourrai voir davantage. Ah ! fjiir Dieu ! cessez.

le juif. Pourquoi vous mèlez-vous de mes paroles ou de mes actions?.. Je veux le Hier. (A l'hostie.) Par le grand Dieu, niait re, je n'ai pas oublié les temps passés ni vos erreurs perverses. Vous avez élé crucifié à cause d'elles, vous le serez encore, malgré lotit, malgré Dieu, voire appui el voire père, comme disent les Chrétiens.

(Il prend l'hostie, et la cloue, à une colonne, le sang coule à terre.)

la femme du juif. 0 désespoir qui m'accable ! mon ami, quelle horreur ! quel spectacle ! Pour l'amour de moi, cessez, mon ami, je vous en supplie.

le juif. Tu es folle, je pense. Je veux aller jusqu'au bout, je veux le brûler sur mon feu, et j'en jure sur la tête.

(// jette au feu l'hostie qui n'y reste pas.)

la fille. Bon papa, elle ne veut pas y rester; pour Dieu, cessez, calmez votre colère. Je vous en prie à mains jointes.

le juif. Ces femmes ne me laisseront pas de repos, Dieu les confonde ! (// prend sa lance et pique l'hostie sur le brasier.) En serai-je bientôt débarrassé? Mais, malgré Dieu, malgré les cris de ces peureuses, je frapperai ce Dieu des Chrétiens de ma lance.

(// prend ensuite un couteau de cuisine et hache l'hostie au travers de sa maison.)

le fils du juif, pleurant. Ah ! la, la, bon papa, arrêtez donc. Voulez-vous tuer ce bel enfant? Voyez comme le sang coule. On ne vit jamais chose plus pitoyable.

le juif. Silence ici, car, si je me fâche, les diables emporteront tout. Ne ferai-je point ma volonté de ce mécréant que j'ai acheté? {A l'hostie.) Dieu ou non vous allez être bouilli dans celte chaudière, j'en jure par Dieu el sa loi.

la femme du juif. Hélas ! mon seigneur, restez tranquille. Vous èiez bien pervers et bien cruel de ne pas être ému d'un miracle si glorieux. C'est de la furie, de la haine, du venin, de ne point voir Dieu même, grand et bon, dans cette hostie ruisselante de sang. Vous devenez un monstre, un fou, un infâme, un indigne persécuteur. Mon doux ami, apaisez-vous. Mettez -vous à genoux, adorez Jésus, priez-le, demandez-lui grâce pour votre crime.

le juif. Là, là, je vous prie, débattez-vous moins. Jamais il ne sortira de mes mains que bouilli, brûlé, mis en mille morceaux pour le vrai Dieu. Mes aïeux l'ont combattu il y a des siècles. Taisez-vous. Nous verrons bieniôl s'il demeurera vivant ou non.

la fille. Hélas, hélas. Quelle abomination ! Dans l'eau sanglante, je vois le noble et digne corps de Dieu se jouer comme un enfant. Très-Haut puissant et glorieux, faites témoignage de votre puissance, arrêtez la fureur et la malice de mon père.

le juif. Hors, hors d'ici, sauvez-vous, ou vous sentiriez les effets de ma colère. Par .ma loi! quelles imbéciles !

(Oh roi( apparaître un crucifix dans la chaudière le. long de la cheminée.)

la femme. Doux Seigneur, quelle lutte. Roi glorieux, Seigneur, vrai Dieu, voilà ton cher fils sous la li»ure d'un crucifix. Doux Seigneur, doux, grâce! Vraie hostie du sacrifice, je te prie de tout mon coeur avec une profonde piélé.

le juif. Eh quoi, faut-il céder la place? Comment rester ici ? Je ne puis tenir les yeux levés sur ce Dieu. Démons d'enfer! qu'ai-je fait? Je reconnais mou crime affreux. Je suis au désespoir de ma furie sanglante.

la fille. 0 précieuse image, injustement déjà condamrée à la mort, devais-tu souffrir une seconde fois ici ta cruelle passion, objet d'un si indicible dgsespoir. Oli ! daigne pardonner à nia mère, à nuit

SAI

DICTIONNAIRE nF.S MYSTERES.

SAI

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