SCÈNE V
L'ÉVÈQUE, LE CURÉ DE SAINT-JEAN, LE PRÉ- VÔT, LE JUIF, SA FEMME, SA FILLE, SO* FILS, MARTINE, CLERCS, BOURGEOIS, PEU- PLE.
le prévôt. Père en Dieu, Révérend el très-cher Seigneur, et vous tous, sages clercs, el lousvousaussi laïques , je vous amène le scéiéral Juif, coupable du plus horrible forfait que jaunis Paris ait vu. J'ai fait mon enquête, sa femme, son llls en témoignent. Ces bourgeois honorables, dont la parole ne saurait èlre l'objet d'un doute, confirmeront de leurs dépositions ces accusations irrésistibles. Enfin, j'ai à produire devant vous celle femme pieuse el héroïque qui a reçu sur un plateau l'ho-iie saciée au milieu île son martyre. Tels sont les éléments de ce procès; il vous reste à découvrir la vérité; quant à moi , ma conviction esl formée cl mon indignation esi prêle à s'appesantir sur cci Ijqxuk,
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l'évêque. Juif, avance jusqu'ici. 1>^ la vérité, on ic Fera grâce. D'où l'est venu celte pensée sacrilège
el comment s'est accompli le loi lait?
ie juif. Evoque , et vous prévôt, je vous dirai tout. Un jour je prêtai trente sous sur une robe a une chrétienne ennemie île mes dieux. Elle vint à Pâques me demander sa parure, sans argent, ne
m 'apportant que la promesse de remettre nue
garantie le lendemain sans faute. Je refusai net, sauf le cas où elle voudrait in'apporter l'hostie de sa communion. Elle l'apporta en effel de l'église de Saint Méry el je lui rendis sa robe. Possesseur du corps de votre Oieu , je voulus savoir s'il était vivanl , et il se trouva que oui; c'est alors que je fus saisi de fureur et que je commençai de le crucifier, et de le jeter au feu, persécuter, précipiter a terre, frapper, lapider , plonger dans l'eau bouillante. Mais il demeura entier néanmoins; et il se changea enfin eu un crucifix dont je ne pus supporter l'aspect. Ma femme s'écriait, les lèvres pleines de blâmes, nies enfants avec, elle ; tous m'accusaient de rage et de. folie. Ma fureur devint telle que n'en pouvant soutenir le poids, je me laissai tomber sur mon lit. Que savezvous davantage, seigneurs : c'est là toute la vente. Sans doute vous avez dessein de me faire un mauvais parti , mais songez qu'il est écrit dans vos livres : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. Et dans ma situation actuelle, je suis 'prêt à recevoir le baptême, qui seul peut ul'arracker au dernier supplice.
l'évêque. Hécit terrible, obstination surprenante! Juif coupable, comment ne cédais-tu pas aux reproches de la femme? ne te souvenais-tu pas des douleurs de la Passion? As-lu cessé un instant de bonne volonté? clercs et laïques, vous avez entendu : le fait est avoué, et ce criminel, par crainte delà mort, demande le baptême.
i.e prévôt. INon , non ! La mort. Sa demande n'est qu'une fourbe, et il retomberait dans le même crime , s'il ne faisait pis encore.
le premier bourgeois. Evidemment, car c'est un scélérat consommé. Quant à sa femme el à ses enfants, s'ils veulent le baptême , on peut le leur donner.
la femme du juif. Je veux servir el aimer Dieu; ma. s je luirai mon mari toute ma vie, car c'est le plus grand brigand du royaume.
le fils du juif. El moi aussi ; j'abandonne mon père, car c'est un misérable , et je veux être chrétien.
le juif. Vous renoncez la Loi; quant à moi au milieu de cel abandon universel, je choisis la mort.
LE PRÉVÔT. Révérend évoque, prononcez. Qu'en faire? Le crime est prouve el avoué.
l'évêque. Laissez finir cette fête de Pâques, je vous en prie, Prévôt. Ensuite on s'en Occupera.
le prévôt. A votre bon plaisir, Seigneur. Quand vous aurez le temps on terminera.
l'évêque. Vous, ma chère amie, et vous, nies beaux enfants, croyez-vous de bon cœur en Dieu descendu ici-bas pour racheter les esclaves égares par suite du péclie du premier père ; en sa naissance du sein de la Vierge-Mère , en sa passion sur la croix où l'eau et lesang jaillirent de son côté, en sa résurrection le troisième jour, en son ascension glorieuse à la vue des hommes, et en la transmutation de ce pain après le saint sacrifice a l'autel?
la femme du juif. Père en Dieu , je crois tout cela et demande le baptême.
la fille. Père en Dieu, je crois tout cela d'un cœur pur el loyal.
l'évêque. Comment les nommer?
le second bourgeois. Isabelle, Jean et Jeanne. l'évêque. Croyez vous avec foi? le fils du juif. Père , en Dieu , je crois tout cela , Cl vous demande le baptême.
l'évêque. Au nom du Dieu tout puissant je vous
DICilON.NAIllE DES MYSTERES. 5AI 8«J8
baptise : lu tiomiae l'utris el Fitii et spirilus Sancti. El vous, amis, qui les avez nommés , vous avez Charge de leur enseigner la loi , de leur expliquer ce que je leur ai demandé, el de les instruire le mieux possible , sous peine d'excommunication. Vous, respectable curé, vous garderez celte bo^iie merveilleuse; nous accordons cent jours d'indulgence a tous ceux qui se cotiseront pour lui faire une châsse el, pour y inclue de l'ordre, nommez des majors. Sur ce, je vous recommande à Dieu.
LE CURÉ DE SAINT-JEAN. PèlO Cil Dieu , Il VlCrgO
pure qui porta dans ses lianes Jésus-Christ , vous
ait en sa garde éternelle. Je vais mettre dans celte armoire celle boslie sacro-sainte, bonnes gens , le noble prélat ayant accordé cent jours d'indulgence plénière à quiconque donnera pour la cbàsse de celle relique précieuse , Dieu vous les remettra. Ne soyez doue pas négligents. Vous avez vu tous ce grand et sérieux miracle, gardez-en la mémoire; respectez celle boslie, fondez et conservez une confrérie au lieu même où ce fail s'est passé; el que les confrères se montrent pour la première lois amour du bûcher de ce Juif pervers et obstiné. C'est ainsi que nous obtiendrons le pardon el la grâce de Dieu. Amen.
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