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HABIT DU CHEVALIER DE GRAMMONT

(i/),opéra-comiquo en un acte, paroles de Bins de Saint-Victor, musique d'Eler, représenté à l'Opéra-Comique le 8 janvier 1808 et resté longtemps au répertoire.

* HABIT NE FAIT PAS LE MOINE (i/), saynète en un acte, musique d'Alphonse Pellet, représentée à Nîmes le 18 novembre 1882.

HABIT RETOURNÉ (l'), opéra-comique en un acte, paroles de Mendibourg , musique de Maresse, représ, à Feydeaule il sept. 1821.

* HABITANO HACE AL MONGE (el), zarzuela en deux actes, musique de M. José Rogel, représentée à Madrid en 1869.

HABITANTS DE VAUCLUSE (l.ES) , opéra-

comique en deux actes, musique de Mengozzi, représenté à Montansier en 1800.

HABLADOR (ei,), opéra espagnol, musique de Garcia (Manuel-del-Popolo-Vicente), représenté à Madrid vers 1805.

* haddon HALL, opéra-comique en trois actes, paroles de M. Grundy, musique de- M. Arthur Sullivan, représenté au Savoy- Theatrede Londres, en septembre 1892. Malgré la renommée de l'auteur, très coté en Angleterre et qui dirigeait lui-même l'exécution de

son œuvre, malgré une interprétation excellente de la part de Mm« Lucile Hill et Brandram et de M. Barrington, Haddon Hall n'obtint aucun succès.

"hagbarth ET SIGNE, opéra, musique de M. Mihalowich, représenté sans succès au théâtre Royal de Dresde en mars 18S2.

* HAGEROOS de GEITENWACHTSTER,

opéra-comique flamand en deux actes, musique de Van den Acker, représenté à Anvers le

* haideschacht (der), opéra en trois actes, musique de M. Franz von Holstein, représenté avec succès à Dresde en 1869.

* haidouck (le), opéra en trois actes, paroles écrites sur un sujet roumain emprunté au poète Alexandri, musique de M. Oreste Bimboni, compositeur italien, représenté à Bukarest en janvier 1884. Le compositeur avait habilement introduit dans sa partition divers chants populaires de la Roumanie, et son œuvre obtint un très vif succès.

HAINE ET RÉCONCILIATION, Opéra- CO-

mique, musique de Gruger, représenté à

Breslau vers 1796.

* HALIMAH, opéra en deux actes, musique de M. Arthur Roesel, représenté au théâtre grand-ducal de Weimar en mai 1895.

HALKA, opéra polonais, musique de M. Momuszko, représenté à Varsovie en janvier 1858 et, plus tard, sur le théâtre National de Prague en février 1868. Le sujet de la pièce a été emprunté à l'histoire de la Bohême.

* HALLING OU UNE VENGEANCE DAN3 LE NORD, opéra en trois actes, paroles de M. Gustave Weinberg, musique de M. Antoine Eberhardt, représenté à Stettin en janvier 1895. On cite comme un tour de force de la part du compositeur le fait d'avoir pu maintenir sans faiblesse l'intérêt pendant tout le cours du troisième acte, avec deux seuls personnages.

HALTE AU moulin (une), opéra-comique en un acte, paroles de M. Constant Jardry, musique do Mme Ugalde, représenté aux Bouffes-Parisiens le il janvier 1867. Le livret a peu d'intérêt. Une certaine grande dame, marraine de Micheline la meunière, lui a promis une somme de mille écus, si elle restait pendant un an maîtresse au logis et conduisait à sa guise Magloirc, son mari. Celui-ci

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est soumis à de rudes épreuves, surtout lorsqu'il voit arriver au moulin un galant mousquetaire, neveu de la capricieuse marraine et fort disposé à courtiser la meunière. Mais Micheline, qui se soucie peu de la jalousie de son mari , veille sur son horineur et sait le préserver de toute atteinte. Mme Ugalde a fait preuve d'imagination mélodique dans cette composition légère. Nous avons remarqué une assez jolie romance de- baryton:

Dans une douce rêverie; l'air : Je ne suis pas poltron, sur un temps de valse ; un agréable duo dont la strette : Versez ce vin exquis , a de l'entrain. Chanté par Mme Ugalde, Beaucé, son frère, et Garnier.

HALTE DU ROI (la), opéra-comique en deux actes, livret de M. Nuitter, musique de M. Adrien Boieldieu , représenté à Rouen le 16 décembre 1875, à l'occasion du centenaire de Boieldieu. Le héros de la pièce est Henri III. Il n'est encore que roi de Pologne et veut revenir en France. Les Polonais, avertis de sa fuite, se mettent à sa recherche. Un bourgmestre prend un batelier pour le roi. Il en résulte des quiproquos qui se terminent par le mariage du batelier avec une jeune paysanne. La musique est agréable et bien faite. Les morceaux les plus applaudis ont été des couplets au premier acte, un quintette au deuxième et un air de ténor. Chanté par Sujol, Engel et Mme Naddi-Vallée.

HAMADRYADEN (den) [les Hamadryades], opéra-comique allemand en deux actes, musique d'Adolphe Adam, représenté à Berlin le 28 avril 1840.

hamlet, tragédie de Shakspeare. L'abbé Vogler en a composé l'ouverture et les entr'actes vers 1791. La partition de cet ouvrage a été gravée et publiée à Spire.

HAMLET, opéra en trois actes d'après la tragédie de Shakspeare, musique de Mareczek, représenté à Brùnn en 1843.

HAMLET, opéra allemand d'après la tragédie de Shakspeare, musique d'Alexandre Stadtfeld, représenté au théâtre de Darmstadt en 1857, quatre ans après la mort de l'auteur.

* HAMLET, drame de Shakspeare, traduit par Alexandre Dumas et M. Paul Meurice, avec musique de M. "Victorin Joncières, représenté au Grand-Théâtre de Nantes le 21 septembre 1867. La musique comprenait une ouverture, une marche, des entr'actes et des mélodrames. L'auteur dirigeait lui-même l'orches-

tre. Le rôle d'Hamlet était joué par Mme Judith, ex-sociétaire de la Comédie-Française.

HAMLET, opéra en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier , d'après la tragédie de Shakespeare, musique de M. Ambroise Thomas; représenté à l'Opéra le 9 mars 1868. Cet ouvrage est le plus remarquable qui soit sorti de l'école française et qui ait été écrit pour notre première scène musicale depuis les grandes tragédies lyriques de M. Halévy. Nous nous servons à dessein de cette dénomination de tragédie lyrique, appliquée aux œuvres de l'auteur de la Juive, de Charles VI, de la Reine de Chypre, afin d'établir entre les genres une différence dont on doit tenir compte. C'est un drame romantique que M. Ambroise Thomas avait à traiter, et, de tous les drames, celui qui paraissait se prêter le moins aux exigences d'un opéra , à cause de la portée philosophique qu'à tort ou à raison l'opinion publique lui attribue. Il a fallu nécessairement que les auteurs de la pièce française missent de côté un grand nombre d'épisodes , les longs monologues , les dialogues grossiers , les scènes rebutantes qu'on trouve dans l'auteur anglais, afin que le spectateur se trouvât en présence d'une action forte, simple et que les situations fussent compatibles avec la musique. Je sais bien que, depuis la conception de certaines théories nouvelles, on a attribué à l'art des sons une virtualité universelle , je veux dire la puissance de tout exprimer, même les plus subtils problèmes psychologiques ; mais il ne suffit pas d'émettre des théories , il faut, pour qu'elles ne restent pas à l'état de logomachie stérile, qu'elles aident à l'éclosion de belles œuvres qui s'imposent sans violence et par leur mérite intrinsèque à une admiration publique, durable et croissante. Or il n'est sorti jusqu'à présent de ces larves si vantées que d'assez vilains papillons de nuit au vol lourd et à l'aspect peu sympathique. J'approuve donc entièrement MM. Michel Carré et Jules Barbier d'avoir refondu le drame de Shakespeare à l'usage de l'œuvre lyrique. Je regrette même qu'ils aient cru devoir conserver le to le or not to be du célèbre monologue d'Hamlet, et la scène des fossoyeurs, qui sera toujours insupportable aux yeux des gens de goût. Je leur reproche aussi de n'avoir pas puni Polonius, le complice du crime, dont le châtiment est le sujet de l'opéra entier.

A part ces réserves, nous ne faisons aucune difficulté de louer le mérite littéraire de la pièce, la beauté des vers et le choix heu-

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reux des expressions dans les passages caractéristiques. En somme, la division de l'ouvrage en cinq actes est ainsi motivée : Premier acte : Couronnement de la reine Gertrude, veuve du feu roi, et devenue la femme de Claudius, roi de Danemark, son beaufrère ; tristesse d'Hamlet ; scène et duo d'amour entre Ophélie et Hamlet; départ de Laerte, frère d'Ophélie; scène de l'esplanade du château d'Elseneur ; apparition de l'ombre du feu roi ; révélation du crime ; Hamlet jure de venger son père. Deuxième acte : Ophélie se plaint de ce que le prince ne lui témoigne plus la même tendresse ; elle confie sa peine à la reine et lui demande de quitter la cour pour cacher sa douleur dans un cloître. La reine, déjà en proie aux plus sombres pressentiments, s'efforce de retenir la jeune fille:

Ne pars pas, Ophélie, C'est une mère qui supplie, Je n'espère qu'en toi pour guérir sa folie;

duo entre le roi et la reine ; Claudius cherche en vain à apaiser les remords de sa complice. Hamlet se présente ; au milieu de discours simulant la folie, il annonce un spectacle qu'il a préparé pour divertir la cour; chœur des histrions ; chanson bachique ; marche danoise. Hamlet fait représenter devant Claudius et Gertrude la scène de l'empoisonnement du vieux roi Gonzague, et, les yeux fixés sur les coupables, il décrit à haute voix la pantomime :

C'est le vieux roi Gonzague et la reine Genièvre ! En ce lieu solitaire, elle guide ses pas. De doux serments d'amour que nous n'entendons pas

S'échappent de sa lèvre.

Le roi cède au sommeil et s'endort dans ses bras.

Mais, regardez; voici paraître

Le démon tentateur, le traître '.

Il s'approche, il tient le poison !

La reine, dont sa voix perfide

Egara la faible raison,

Lui tend une coupe homicide...

Il la saisit et sans effroi

Verse la mort au cœur du roi.

C'en est fait! Dieu reçoit son âme.

Et lui, le meurtrier, calme et debout encor, A la face du jour prend la couronne d'or

Et la met sur son front infâme.

Le roi pâlit; la colère d'Hamlet fait explosion ; on le croit fou. Il en résulte une scène de désordre et de confusion qui termine le deuxième acte.

Troisième acte : Monologue d'Hamlet. Le roi entre en scène. Hamlet se cache derrière une tapisserie. Claudius essaye de prier; il croit voir l'ombre de son frère; il appelle; Polonius accourt. Tous deux, en quelques mots, achèvent de faire connaître à Hamlet l'affreuse vérité. La douleur d'Hamlet, apprenant que le père d'Ophélie a participé

au brime, aurait pu être plus accentuée. Il y avait là un air à placer, air bien plus dramatique et plus émouvant que le to be ornot to be, et qui amenait naturellement le trio suivant, dans lequel Hamlet repousse durement l'amour d'Ophélie pour accomplir sa terrible mission. Le duo entre la mère et le fils, qui termine le troisième acte, est la scène la mieux traitée du scénario. Gertrude rappelle le spectacle de ces reines des tragédies du vieil Eschyle, qui, toutes criminelles qu'elles sont , apparaissent si misérables , qu'elles excitent encore plus la pitié que la haine des spectateurs. Hamlet, nouvel Oreste, irait jusqu'à tuer sa mère, si l'ombre du vieux roi ne venait lui ordonner de respecter sa vie. Jusqu'au quatrième acte, on le voit, les sombres tableaux se succèdent, l'âme du spectateur est oppressée par la vue de ces personnages qui s'accusent, tremblent, se menacent, et par cette terrible vengeance suspendue sur leurs têtes.

Le quatrième acte, dont le premier tableau est un divertissement qui a pour objet de représenter la Fête du printemps, aurait dû offrir plus de variété et plus de gaieté, ou être beaucoup plus court et se rattacher immédiatement à la scène de la mort d'Ophélie. Si les auteurs, et ici le musicien est aussi en cause, avaient résolument adopté le principe de l'intermède de danses, pour reposer le public d'émotions fortes et déjà prolongées outre mesure par les développe-, ments musicaux qui maintiennent le système nerveux dans un état de tension plus pénible encore que trois actes en vers alexandrins, les auteurs, dis-je, auraient été d'accord avec la tradition et la raison. On a blâmé avec justice la longueur des ballets plus que l'introduction du balletlui-mèmedansles opéras. Au temps florissant des tragédies lyriques en cinq actes, telles que celles de Quinault et de Lulli, les intermèdes de danse étaient bien plus fréquents que dans les ouvrages modernes, mais ils étaient plus courts. Au contraire, les auteurs d'Hamlet ont voulu que leur divertissement ne s'éloignât pas trop du caractère général de leur œuvre, et le compositeur lui a même donné comme une couleur Scandinave. Les motifs en sont élégants, poétiques, originaux ; mais, encore une fois, ils manquent de vivacité et d'entrain. De telle sorte que le spectateur n'est pas suffisamment reposé, lorsque le deuxième tableau lui montre la pauvre Ophélie , folle , au milieu des roseaux, où elle trouve innocemment la mort. Cette scène n'existe pas dans l'œu-

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vre de Shakespeare, et c'est une heureuse idée de l'avoir imaginée. La ballade : Pâle et blonde, dort sous Veau profonde la Willis aux regards de feu, est, dit-on, une traduction d'une poésie suédoise. Ophélie s'étant ensevelie sous les flots du lac bleu , qu'était-il besoin de la faire revenir dans un cercueil , escortée d'un cortège funèbre , et de diviser ainsi le dénoûment, que la mort donnée à Claudius par Hamlet rendait assez saisissant ? Nous le répétons, parce que nous aurions désiré que cet ouvrage si distingué fût parfait; après quatre actes, remplis par les plus sombres pensées et terminés par la mort gracieuse, si l'on veut, mais enfin par la mort d'Ophélie , il fallait , dans un court tableau, se contenter de l'arrivée d'Hamlet, lui faire dire le récita uf et l'arioso : Comme une pâle fleur éclose au souffle de la tombe, lui apprendre la mort de celle qu'il a aimée, faire apparaître une dernière fois le spectre ei terminer brièvement par la mort de Claudius. Nous croyons que cet ouvrage vivra longtemps et qu'on renoncera définitivement à la scène des fossoyeurs, odieuse au théâtre. Au début de cette analyse, nous avons fait allusion à des doctrines qui ont fait grand bruit et que nous ne partageons pas. Il faut convenii cependant qu'elles auront produit un bon résultat. Des compositeurs, les plus indépendants par leur propre talent et leurs succès , se sont préoccupés de toutes ces théories de mélodie infinie et indéfinie, du bruit qu'on entend dans la forêt, de musique psychologique et de modulations hardies, inattendues, conçues en dehors de toute tonalité antérieure et postérieure. Ces compositeurs, troublés peut-être par les critiques qu'on faisait de leurs œuvres, impressionnés plus qu'il ne fallait par le nombre des adhérents au nouveau système , ont voulu essayer de se placer sur ce nouveau terrain, et de mettre en œuvre les libertés nouvelles, peu nécessaires celleslà. Qu'est-il arrivé? Deux maîtres français et deux italiens se sont mesurés avec le sphinx germanique. M. Gounod , dans plusieurs ouvrages célèbres , a remporté la victoire; M. Ambroise Thomas, en traitant le sujet redoutable d'Hamlet, avait des raisons légitimes de s'éloigner des traditions autant que les règles du goût le lui permettaient. Il a battu ses adversaires sur leur propre terrain, et jamais les Tannhauser, les Lohengrin et les Rienzi, dont les poèmes ont été écrits pour les partitions , n'auront le nombre de représentations à' Hamlet, dont Ja partition a été écrite pour le poème. On

sait que M. Verdi a cherché aussi à faire des concessions à l'esprit du jour dans Don Carlos; mais il a été moins heureux. Quant à Rossini , il s'est donné , sur ses vieux jours, la satisfaction de livrer, sur ce nouveau champ de bataille hérissé de chausses-trapes, de cavaliers de frise et miné à chaque pas, un combat en règle. En fait de modulations hardies, éloignées, de constructions savantes et pleines d'audace, nous doutons qu'on dépasse jamais l'beureuse habileté de l'auteur de la Messe solennelle. Et cependant, jamais la mélodie n'est absente, jamais l'oreille n'est affectée durement. C'est à de telles conditions que le véritable progrès existe.

La partition de M. Ambroise Thomas , comme toutes les œuvres d'un mérite supérieur, gagne à être lue après avoir été entendue. Nous ne pouvons qu'en indiquer sommairement les principaux morceaux. La marche du couronnement et le chœur inaugurent le premier acte d'une manière grandiose. Les récitatifs portent l'empreinte d'uno mélancolie profonde, quelquefois un peu morbide; beaucoup de phrases ont un charme pénétrant. Dans le duo déjà célèbre entre Ophélie et Hamlet : Doute de la lumière, la phrase principale est d'une inspiration chaleureuse et les arpèges qui l'accompagnent on augmentent encore l'effet. Dans la scène de l'esplanade , le compositeur a fait usage d'instruments de cuivre récemment perfectionnés par M. Sax, et dont la sonorité, un peu lugubre, convenait bien à une apparition spectrale. Toute la scène est admirablement traitée. Dans le deuxième acte, nous rappelons le poétique et naïf fabliau d'Ophélie, l'arioso chanté par la reine : Dans son regard plus sombre, qui, de tous les airs de la partition, est celui que je préfère, à cause de l'ampleur et de l'unité du style ; le chœur pittoresque des comédiens : Princes sans apanages ; la chanson bachique; la marche danoise et le mélodrame. Le troisième acte renferme un trio excellent, dont la phrase de baryton : Allez dans un cloitre , Ophélie, est bien caractérisée. Le duo scénique entre Hamlet et sa mère était la pierre de touche pour le compositeur. Il s'est élevé à la hauteur d'un tel sujet. La force de l'expression dramatique ne le cède en rien à la parfaite possession des moyens musicaux mis en œuvre. Il fallait être un maître d'une expérience consommée pour se tirer aussi victorieusement d'une situation si périlleuse. La Fête du printemps, qui ouvre le quatrième acte, les romarins et les pervenches que distribue Ophélie à ses

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compagnes, son genre de mort au milieu des joncs, des nénufars en fleur, tout cela forme un contraste un peu forcé avec les frimas du premier acte et les effets de neige sur les tour du château d'Elseneur. L'action a donc duré six mois. Rien ne l'indique dans le poème, mais passons.

Le quatrième acte a décidé, dit-on, le succès de l'opéra, tant il a plu au public, et à cause du charme personnel de Mlle Nilsson, et de son interprétation poétique du rôle de la blonde Ophélie. Les décors du lac Bleu, une mise en scène qui fait aussi beaucoup d'honneur à M. Coleuille, tout cela a pu contribuer à la vogue dontce quatrième acte a joui ; mais ce sont là, il faut en convenir, des causes extra-musicales ; elles ne nous touchent que médiocrement. J'insisterai sur l'expression de l'andante chanté par Ophélie : Un doux serment nous lie, sur le :rythme de la valse chantée : Partagez-vous mes fleurs, sur l'originalité de la ballade dont la mélodie est continuée par un chœur invisible de Willis , à bouche fermée, pendant la disparition de la jeune fille dans les flots du lac Bleu. Toute cette scène est d'un musicien poète, et n'a pas besoin pour réussir de l'idolâtrie des gens du monde pour la cantatrice qui a eu la bonne fortune d'en être l'interprète. Nous avons dit ce que nous pensions de la présence des fossoyeurs au cinquième acte. C'est un tableau de M. Courbet. Les oreilles ne sont pas plus satisfaites que les yeux par leur mauvais plain-chant. M. Ambroise Thomas, comme M. Gounod dans la ballade du roi de Thulé, a cru que, pour écrire dans la tonalité du plain-chant, il suffisait de supprimer la note sensible et même d'introduire l'intervalle de triton. C'est une erreur. Le sol naturel, dans l'échelle de la mineur, ne peut produire son effet plagal qu'autant que la mélodie sera formée des notes de la quarte au-dessous de la tonique et de la quinte audessus. Nous n'avons que de l'admiration pour le récit et l'air d'Hamlet : Comme une pâle fleur; c'est un cantabile d'une grande tristesse. La marche funèbre et le chœur des jeunes filles ont un beau caractère. Si on ajoute à la composition idéale si intelligente, si poétique de cet ouvrage, un coloris instrumental puissant et varié, une richesse de combinaisons qui apparaît à chaque audition plus intéressante encore, on reconnaîtra que l'opéra d'Hamlet a conquis sa place au rang des premiers ouvrages du répertoire. Le rôle d'Hamlet a été chanté avec distinction et talent par Faure ; ceux de la reine et d'Ophé-

lie, par Mme Gueymard et Mlle Nilsson. Les autres rôles ont été créés par Belval, Colin, David, Grisy, Castelmary, Ponsard, Gaspard et Mermant. La partition a été réduite au piano par M. Vauthrot.

* hamlet, drame lyrique, musique de M. Alexandre Stadtfeldt, représenté sur le théâtre de la Cour, à Weimar, en juin 1882. M. Stadtfeldt était un compositeur belge, qui avait écrit sa partition sur un texte français de M. Jules Guilliaumé, secrétaire du conservatoire de Bruxelles. Ne pouvant parvenir à produire son œuvre devant ses compatriotes, il fit traduire le poème pour la faire représenter en Allemagne.

* HAMLET, drame lyrique en cinq actes, livret imité de Shakspeare par M. Pierre de Garai, musique de M. Aristide Hignard, représenté au Grand -Théâtre de Nantes le 21 avril 1888. M. Hignard, qui est un artiste fort distingué, venait de terminer cette partition d'Hamlet, avec l'espoir, bien entendu, de la produire à la scène, lorsqu'il apprit que, de son côté, M. Ambroise Thomas avait traité le même sujet et que l'œuvre du maître allait être mise à l'étude à l'Opéra, ce qui était la ruine de toutes ses espérances. Il y a, dans la carrière artistique, de ces déceptions cruelles, et celle-ci devait être d'autant plus cuisante pour le compositeur qu'il avait, dans une œuvre profondément étudiée et longuement caressée, fait un effort pour chercher et trouver une forme nouvelle, sur l'effet de laquelle il croyait pouvoir compter. Cette forme nouvelle consistait en ceci, que M. Hignard avait imaginé d'intercaler dans le chant de son œuvre une large déclamation qui remplaçait les récitatifs et qui était soutenue par des mouvements d'orchestre. Ce procédé, que M. Massenct devait employer quelques années plus tard dans Manon, était alors nouveau, et l'honneur en revient incontestablement à M. Hignard. Quoi qu'il en soit, M. Hignard, justement découragé, devait renoncer, devant le succès obtenu par l'//a>n/^ de M. Ambroise Thomas, à l'espoir de voir représenter le sien sur une scène parisienne, mais il publia aussitôt sa partition, non seulement pour la faire connaître, mais pour prouver que l'œuvre avait été conçue par lui en même temps que son illustre confrère. Enfin, au bout de vingt ans, elle put voir le jour à Nantes, sa ville natale, et le succès qu'elle y obtint put, jusqu'à un certain point, offrir une consolation à l'artiste si durement éprouvé par les circonstances. C'est qu'en vérité V Hamlet do M. Hi-

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