‹ Dictionnaire des opérasChapitre 414 sur 928 · SCÈNE I io, seule · texte numérisé non relu

SCÈNE I io, seule

Où suis-je? D'où vient ce nuage?

Les ondes de mon père et son charmant rivage Ont disparu tout à coup à mes yeux!

Où puis-je trouver un passage?

La jalouse reine des cieux Me fait-elle sitôt ache'ter l'avantage

De plaire au plus puissant des dieux?

Que vois-je? quel éclat se répand dans ces lieux!

(Jupiter paraît, et les nuages qui obscurcissaient le théâtre sont illuminés et peints des couleurs Us plus brillantes et les plus agréables.)

SCÈNE II JDPITER, IO JUPITER Vous voyez Jupiter, que rien ne vous étonne; C'est pour tromper Junon et lei regards jaloux

Qu'un nuage nous environne :

Belle nymphe, rassurez-vous.

Je vous aime, et, pour vous le dire, Je sors avec plaisir de mon suprême empire, [cour- La foudre est dans mes mains, les dieux me font la Je tiens tout l'univers sous mon obéissance :

Mais si je prétends en ce jour Engager votre cœur à m'aimer. à son tour,

Je fonde moins mon espérance

Sur la grandeur de ma puissance

Que sur l'excès de mon amour, io Que sert-il qu'ici-bas votre amour me choisisse?

[nœuds :

L'honneur m'en vient trop tard; j'ai formé d'autres Il fallait que ce. bien, pour combler tous mes vœux,

Ne me coûtât point d'injustice,

Et ne fit point de malheureux.

JUPITER

C'est une assez grande gloire Pour votre premier vainqueur D'être encor dans votre mémoire, Et de me disputer si longtemps votre cœur.

io

La gloire doit forcer mon cœur à se défendre. Si vous sortez du ciel pour chercher les douceurs

D'un amour tendre, Vous pourrez aisément attaquer d'autres cœurs, Qui feront gloire de se rendre.

JUPITER

Il n'est rien dans les cieux, il n'est rien ici-bas

De si charmant que vos appas :

Rien ne peut me toucher d'une flamme si forte;

Belle nymphe, vous l'emportez

Sur les autres beautés Autant que Jupiter l'emporte Sur les autres divinités.

Verrez-vous tant d'amour avec indifférence? Quel trouble vous saisit? Où tournez-vous vos pas? io Mon cœur en votre présence Fait trop peu de résistance; Contentez-vous, hélas!

D'étonner ma constance.

Et n'en triomphez pas.

JUPITER

Ah! pourquoi craignez-vous Jupiter qui vous aime? io Je crains tout, je me crains moi-même.

JUPITER

Quoil voulez-vous me fuir?

io

C'est mon dernier espoir.

JUPITER

Ecoutez mon amour.

Ecoutez mon devoir

JUPITER

Vous avez un cœur libre, et qui peut se défendre.

Non ; vous ne laissez pas mon cœur en mon pouvoir.

JUPITER

Quoi! vous ne voulez pas m 'entendre?

Je n'ai que trop de peine a ne le pas vouloir. Laissez-moi.

JUPITER

Quoi! sitôt?

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