JUIF
juif [le] , opéra allemand , musique de Lasser , écrit en Allemagne vers 1795.
JUIF ERRANT (le) , opéra romantique, musique de Karzynski, rep. àWilnaenl842.
JUIF ERRANT (le), opéra en cinq actes, paroles de Scribe et Saint-Georges, musique d'Halévy, représenté à l'Académie nationale de musique le 23 avril 1852. Le succès d'assez mauvais aloi du roman d'Eugène Sua a valu à M. Halévy le pire de tous les livrets. Pour qu'il se décidât à l'accepter, il fallait qu'il y eût disette de poèmes à l'administration de l'Opéra.
Une jeune batelière flamande, nommée Théodora, est restée orpheline avec son jeune frère Léon, âgé de dix ans. L'action se passe en 1190. Ashavérus, le Juif errant, après avoir arraché aux mains des assassins de la comtesse de Flandre sa petite -fille Irène, confie cette enfant à Théodora. La pauvre batelière se met en marche pour Constantinople, dans le dessein de remettre l'enfant à l'empereur Baudouin, son père. Mais, apprenant sa mort, elle demeure en Bulgarie, où elle passe douze années. Pendant ce temps, Léon a conçu pour Irène , qu'il croit être sa sœur, une affection qui devient plus vive encore lorsque Théodora lui révèle le secret de sa naissance. Des marchands enlèvent Irèno pour la vendre à Thessalonique. Nicéphore, qui est sur le point d'être proclamé empereur, devient son maître. Ashavérus fait connaître au peuple le rang de la jeune esclave. Elle est proclamée impératrice. Les sénateurs demandent qu'elle épouse Nicéphore. Cependant Théodora arrive à Constantinople avec son fils Léon, et se prosterne aux genoux de l'impératrice pour lui demander justice contre les ravisseurs. Léon s'abandonne tour à tour à la joie et à la douleur en voyant sa bien-aimée assise sur le trône impérial et prête à épouser Nicéphore. Mais Irène partage ses sentiments et les lui fait connaître dans un entretien secret. Nicéphore médite, de son côté, la mort de Léon, et ordonne aux bandits , qu'on voit reparaître pour la troisième fois, de le jeter à la mer. Ashavérus sauve la vie au jeune homme, puis il a une vision : il assiste au tableau du jugement dernier. La voix terrible de l'ange le réveille et l'oblige à recommencer sa marche éternelle. La partition que M. Halévy a écrite pour cette absurde rapsodie est bien loin de valoir ses aînées. Néanmoins, on y retrouve à chaque page sa manière large et expressive, et des traces de sa profonde sensibilité.
JUIV
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Quant à l'instrumentation, elle est d'une grande richesse d'effets, et on y remarque les efforts tentés par le compositeur pour donner le plus de coloris possible à des scènes dénuées d'intérêt. Nous signalerons , dans le premier acte, le chœur des matelots , la ballade du Juif errant : Marche , marche, marche toujours! le duo final entre Ashavérus et Théodora, chanté par Massol et Mme Tedesco. Il n'y a guère à remarquer, dans le deuxième acte, que le quatuor des bandits , chanté par quatre basses ; le duo entre Léon et Théodora, chanté par Roger et M™e Tedesco , et le chœur de la Saint-Jean. Un divertissement chorégraphique , dont le sujet est le berger Aristée au milieu de ses abeilles, occupe la plus grande partie du troisième acte. La musique en est ravissante d'esprit, de grâce et de mélodie. Il se termine par un ensemble des chœurs et de l'orchestre , dans lequel on a entendu pour la première fois de nouveaux saxo-tubas d'une grande sonorité. Le quatrième acte est celui qui renferme les plus beaux morceaux ; il faut mettre en première ligne le duo entre Léon et Irène , chanté par Roger et M"e La Grua. Le sympathique ténor a laissé les meilleurs souvenirs dans le rôle de Léon , qu'il a créé ; il l'a chanté avec un sentiment et une expression remarquables. La scène des ruines du Bosphore est dramatique; c'est un beau tableau dans lequel la voix du trombone de M. Dieppo a eu plus de succès que celle de Massol. Quant au cinquième acte , il est plus descriptif que dramatique. Indépendamment des artistes que nous avons cités plus haut, nous devons donner une mention honorable à Obin, Depassio, Chapuis, Morelli, Molinier, Guignot, Goyon, Noir, Canaple et à Mlle Petit-Brière.
JUIVE (la), opéra en cinq actes, livret de Scribe, musique d'Halévy , représenté à l'Académie royale de musique le 23 février 1835. Les rôles les plus dramatiques de ce magnifique ouvrage, ceux d'Eléazar et de Rachel ont été empruntés au Shylock, de Shakspeare, et à la Rébecca du roman d'Ivanhoe, de Walter Scott. La mise en scène de la Juive coûta 150,000 fr. On n'avait pas encore déployé à l'Opéra un tel appareil de costumes histori- . ques, d'armures, de manœuvres hippiques; te qui fit prononcer à certains critiques , ontre autres à Castil-Blaze, le mot d'opéra Franconi. Le succès que les fragments de cette admirable partition ont obtenu partout et dans toutes les circonstances, dans les concerts, dans les musiques militaires, dans les salons, sur tous les pianos, prouve que le luxe
de la mise en scène n'était pas indispensable, mais qu'elle pouvait concourir dignement à l'effet général de ce chef-d'œuvre. .
Les ouvrages précédemment écrits par Halévy, quoique renfermant de belles choses, ne pouvaient faire présager un opéra d'un ordre aussi élevé que la Juive. A l'habile facture et à l'heureux emploi des ressources musicales succédait tout à coup une œuvre véritablement inspirée, grandiose, passionnée, émouvante.
L'opéra de la Juive constitue donc la seconde manière du maître , et marque aussi le point culminant des évolutions de son génie. Ce n'est pas toutefois qu'il n'ait produit dans le même genre des œuvres dignes de l'admiration de la postérité. Nous les signalons ailleurs.
Nous citerons, parmi les morceaux les plus saillants de la partition de la Juive, la belle scène chantée par le cardinal : Si ta rigueur et la vengeance ; la scène de la Pâque, et la prière : Dieu, que ma voix tremblante ; l'air de Rachel : Il va venir, dans lequel l'effroi, le repentir, la passion, sont tour à tour exprimés avec une force d'accent et une concision qui rappellent quelques scènes de Corneille; le trio : Tu possèdes, dit-on, un joyau magnifique, qui dessine admirablement les trois caractères. Au dernier acte, le duo entre Eléazar et Brogni : Ta fille en ce moment est devant le concile, et, au quatrième acte, l'air magnifique : Rachel ! quand du Seigneur, dont le chanteur Nourrit a conçu la pensée scénique et écrit les paroles. La partition d'orchestre est une des plus intéressantes à étudier, quoiqu'on y rencontre çà et là des omissions et des incorrections qui s'expliquent par la rapidité du travail; cependant elle abonde en combinaisons instrumentales neuves et originales. Halévy a su donner un coloris très caractérisé aux scènes principales, au moyen des timbres variés des instruments. Les ritournelles de l'arioso de Rébecca et du grand air d'Eléazar, qu'il a confiées aux cors et aux clarinettes, produisent l'effet le plus pathétique. En faisant exécuter le motif principal par les instruments avant qu'il ne soit chanté, Halévy n'a fait qu'imiter l'usage des anciens. Lulli n'y manquait jamais. Mcyerbeer a fait de nombreux emprunts à l'instrumentation de la Juive dans sa partition des Huguenots. Nous ne parlons que de la recherche des timbres les mieux appropriés aux situations, car pour ce qui est de la composition orchestrale, Meyerbeer est sur son véritable terrain et il l'emporte de beaucoup
JUME