SONG
* SONAMBULO (el), zarzuela en un acte, paroles d'Antonio Hurtado, musique d'Emilio Arrieta, représentée à Madrid, sur le théâtre de la Zarzuela, le 10 octobre 1856.
SOND SALOMONA (le Jugement de Salomon), tragédie polonaise en trois actes, avec danses et chants, musique d'Elsner, représentée à Varsovie en 1806.
SONDEREAR LAUNE ( l'Humeur singulière), opéra-comique, musique de F. Glaeser, représenté au Théâtre -sur -la -Vienne, à Vienne, en 1825.
SONDERLING (der) [l'Homme bizarre], opéra allemand, musique de Tost, représenté à Presbourg en 1795.
SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ (le) , opéra comique en trois actes, paroles de MM. Rosier et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, représenté à l'Opéra-Comique le 20 avril 1850. Il ne faut pas songer à trouver dans cette pièce les personnages et les ravissantes inventions de Shakspeare; Puck , Obéron et Titania fout place à Elisabeth, Shakspeare, Latimer , Falstaff , Olivia. La musique du compositeur se serait mieux adaptée à la fantaisie anglaise qu'à ce livret, qui offre plusieurs scènes d'un goût équivoque. Ce n'est pas par leur beau côté que les auteurs ont tracé les caractères de la reine et du grand William. Elisabeth et sa demoiselle de compagnie Olivia se sont trouvées séparées on ne sait comment du cortège royal. Elles sont poursuivies par des matelots, et se réfugient dans une taverne où Shakspeare est occupé à s'enivrer avec des compagnons de débauche. La reine, masquée , entreprend en vain de ramener le poète national à un genre de vie meilleur. Il se moque des sermons, continue à boire et roule sous la table; c'est un spectacle doublement hideux. Elisabeth ordonne à sir John Falstaff, gouverneur de Richemont, de faire transporter Shakspeare dans le parc de ce palais. C'est la nuit; les eaux du lac, les arbres éclairés par la lune, tout semble concourir à abuser les sens de William à son réveil. Il entend en effet des sons mélodieux; puis il voit une forme blanche ; une voix se fait entendre ; c'est celle de son génie, qui lui reproche ses égarements et le menace de l'abandonner. Le poète, un instant sous l'empire de cette apparition, ne tarde pas à s'apercevoir que son bon génie n'est autre qu'une femme charmante. Olivia prend la place de la reine, effrayée de sa situation.
Un amant d'Olivia, Latimer, témoins des empressements de Shakspeare, le provoque en duel. La lutte a lieu immédiatement, et Latimer tombe après quelques passes. Olivia se trouve mal, et, secourue par la reine, a trahi l'incognito royal. Shakspeare , dont la tête n'est pas très forte dans cet opéra, croit avoir tué lord Latimer. Il s'enfuit et va se jeter dans une rivière. On l'en retire évanoui, et il est ramené à son domicile. La reine, après avoir donné à Falstaff et aux autres acteurs de la scène nocturne, l'ordre d'oublier tout ce qu'ils ont vu, fait venir Shakspeare. Le poète se croit aimé de la reine ; il arrive transporté d'amour et il s'entend traiter de visionnaire. Elisabeth seule prend pitié de son désespoir, et dit au poète : « Que les événements de cette nuit soient un songe pour tout le monde, hormis vous.» L'ouverture se distingue par une marche dont le rythme est original ; les couplets de Falstaff et le défilé des marmi; nns ont été goûtés par le public. Le trio : Où courez-vous, mes belles ? est bien plus intéressant. Le chœur des gardes - chasse qui ouvre le deuxième acte , est une composition trèsheureusement développée et d'un grand effet. La scène de l'apparition a été traitée par M. Ambroise Thomas avec cette délicatesse de touche et ce coloris distingué qui sont les marques distinctives de son talent. Au troisième acte, nous rappellerons un duo passionné entre Olivia et Latimer, et les couplets du Rêve, chantés par la reine ; le sentiment en est exquis. Ils ne sont accompagnés que par la flûte avec les violons pizzicati. On fait bisser souvent ce morceau. Les premiers interprètes du Songe d'une nuit d'été furent Bataille , Couderc, Boulo, M»" l.efebvre et Grimm. Mme Ugalde reprit le rôle qu'une maladie l'avait empêchée de créer. Les partitions pour piano et chant et piano solo ont été arrangées par M. Vauthrot.
* SONGE DE KHÉYAM (le), « caprice » en un acte, en vers, de M. Maurice Bouchor, avec musique de M. Paul Vidal, représenté au petit théâtre des Marionnettes (Galerie. Vivienne), en février 1S92. C'est une fantaisie charmante que ce Songe de Khéyam. comme M. Bouchor en a écrit plusieurs pour ce petit théâtre des Marionnettes, dont le succès, pendant quelques années, fut si grand auprès des lettrés et des délicats. Il y avait là dedans un éloge de la rose, petit épisode exquis que je ne puis me retenir de transcrire ici :
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O chef-d'œuvre de Dieu, tu manquais à ma joie, Je te bénis au nom de Celui qui t'envoie. Tu résumes en toi, Rose, toute beauté, Le soleil, cette fleur céleste de clarté, La nuit et son brillant diadème d'étoiles, Les transparentes eaux du lao fleuri de voiles, La terre d'émeraude, et les champs, et les bois, Tous les souffles exquis, toutes les tendres voix, Toutes les visions errantes dans l'espace, Tout, même la splendeur des femmes et leur grâce Plus douce que la terre et l'eau vive et le ciel A qui n'est point mordu par le désir cruel : C'est pourquoi je t'adore, 6 fleur délicieuse, Fleur pudique, suave, aimante, gracieuse.... Désormais je te voue un culte sans péché, Rose, et je veux mourir avant d'avoir touché Ta robe aux plis vermeils ou ton svelte corsage. Tu ne recevras pas un seul baiser du sage ; Mais, jusqu'au jour béni qui doit marquer sa fin, Khéyam s'enivrera de ton souffle divin.
C'est sur des vers ainsi tournés, poétiques et mélodieux, que M. Paul "Vidal a écrit quelques morceaux tout aussi pleins de grâce et de parfum, entre autres un'joli duo pour deux voix de femmes, qui était d'un sentiment pénétrant et tout à fait aimable.
* songe sur LE VOLGA (un), opéra, livret tiré d'un poème d'Ostrowski, musique de M. Arensky, représenté à l'Opéra russe de Moscou en 1891. C'était le premier ouvrage dramatique du compositeur, connu seulement jusqu'alors, et très avantageusement d'ailleurs, comme symphoniste et comme théoricien. L'ouvrage a été fort bien accueilli. On y a applaudi surtout l'ouverture et un air de soprano, qui ont été bissés, ainsi que des variations sur un air populaire russe qui servent d'illustration au grand tableau mouvant des bords du fleuve et qui ont excité l'enthousiasme du public.
* sonho de ventura (um), pièce fantastique et musicale en trois actes et douze tableaux, paroles de MM. Soller et José Ignacio d'Araujo, musique de M. Stichini, représentée au Gymnase de Lisbonne en juin 1891.
sonnanbula (la), opéra italien, musique de Paër, représenté à "Venise en
SONNANBULA (la) [la Somnambule], opéra italien en deux actes, livret de Romani, musique de Bellini, représenté au théâtre Carcano de Milan le 6 mars 1831, et à Paris le 28 octobre de la môme année. C'est un chefd'œuvre de grâce et de sensibilité. Ce drame 'amilicr qui se passe dans un village, cette œuvre di mezzo carattere convenait admirablement à la nature tendre et poétique du compositeur sicilien; aussi a-t-il trouvé des
eantilènes ravissantes et des effets originaux sans recourir aux procédés de facture et à la puissante diversion de l'instrumentation ' Voici en peu de mots l'analyse de la pièce :
Tout se prépare pour les noces de la jeune paysanne Amina, orpheline élevée par Thérésa, la meunière, avec Élvino, riche propriétaire du village. L'aubergiste, Lisa, qui aime en secret Elvino, cache mal son dépit, et, toute à la jalousie, elle repousse les propositions d'Alexis, son amoureux. Amina paraît, elle invite ses compagnes à partager sa joie. Son cœur déborde d'émotions tendres et passionnées. Elle embrasse Thérésa, sa bienfaitrice, et s'emparant d'une de ses mains, elle l'approche de son cœur :
Sovra il sen la man mi posa Palpitar, balzar lo senti.
Egli è il cor che i suoi contenti Non ha forga a sostener.
Elvino entre en scène à son tour ; pendant qu'on signe le contrat, il présente à Amina l'anneau nuptial et lui donne un bouquet de pensées. Plus tard, ces fleurs fournissent l'occasion d'une scène touchante. Après les protestations d'amour et de constance, survient un étranger ; c'est le comte Rodolphe, fils de l'ancien maître du château, et qui, depuis de longues années, n'a pas paru dans le pays où il n'est plus connu que de nom. Il cause avec les paysans, fait à la jeune fiancée des compliments flatteurs qui déplaisent beaucoup à Elvino et qui irritent encore la jalousie de Lisa. Le son des musettes annonce l'heure de la rentrée des troupeaux au bercail. Chacun gagne sa demeure, mais non pas avant que les villageois aient prévenu le comte Rodolphe de l'apparition extraordinaire d'un fantôme blanc qui, chaque nuit, se promène dans le pays et y jette l'épouvante. Rodolphe, comme Georges, dans la Dame blanche, se moque de ces superstitieuses terreurs et sort en laissant ensemble les deux fiancés. Ici a lieu une petite scène charmante de jalousie et de raccommodement.
Le théâtre représente ensuite une chambre de l'auberge. C'est celle où doit coucher Rodolphe. A peine s'y est-il installé, que Lisa y entre sous prétexte de s'informer do ce qui peut manquer au comte. On a déjà su au village qui il était, et elle a voulu être la première à le féliciter de son retour. Elle se laisse tenir quelques propos galants; maison entend du bruit près d'une fenôtre ; elle s'enfuit dans un cabinet en laissant tomber son petit châle. Alors a lieu une scène de nambulisme exprimée avec une poésie déli-
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cieuse. Amina paraît. Eiie est endormie, elle murmure le nom d'Elvino, elle chante son bonheur, et, se croyant déjà devant l'autel, elle s'agenouille , elle lève la main et jure à son époux amour et foi éternelle. Rodolphe, surpris et charmé, respecte une si innocente créature, et ne voulant ni la réveiller ni profiter de son erreur, il s'apprête à sortir par la porte. Mais entendant du bruit, il s'esquive par la fenêtre. Q u'a fait Lisa pendant ce temps? Elle aentr'ouvertlaportede sa cachette, elle a vu Amina entrer dans la chambre du comte ; elle lui prête les plus indignes desseins et sort pour informer Elvino de ce qui se passe. Les villageois arrivent pour complimenter le comte et lui souhaiter la bienvenue; mais quelle est leur surprise en découvrant Amina couchée et endormie sur un sopha! Elvino accourt ; il ne peut en croire ses yeux, il maudit sa fiancée et se livre au désespoir. Amina, que le bruit a réveillée, a beau protester de son innocence; les apparences sont contre elle : tout le monde la voue au mépris et à l'infamie. Amina tombe presque évanouie dans les bras de sa mère adoptive. Ici finit le premier acte.
Le deuxième commence par un chœur de villageois et de villageoises qui s'entretiennent avec sympathie du malheur de la pauvre Amina. Dans l'opéra de Bellini, le chœur joue exactement le rôle du chœur antique, non seulement dans ce passage, mais dans plusieurs autres. C'est animé et intéressant. Amina, soutenue par Thérésa, s'avance en chancelant. Son cœur est brisé. Elvino se tient à l'écart et lui lance des paroles acerbes et cruelles ; il s'anime de plus en plus et finit par lui arracher du doigt son anneau nuptial. Lisa n'a pas perdu son temps, et le tableau suivant nous la montre prête à devenir la femme d'Elvino. Mais prévenu par les paysans de tous ces événements, le comte Rodolphe arrête le cortège et demande à être entendu. Il explique la scène du somnambulisme; mais les paysans sont incrédules, et Elvino se dispose à partir avec Lisa, qui veut calomnier encore une fois son infortunée rivale. Thérésa alors n'y tient plus. Elle apostrophe Lisa et demande comment on a trouvé son propre châle dans la chambre du comte. L'embarras de la jeune fille montre qu'elle n'est pas entièrement innocente. Les esprits flottent encore dans l'indécision, lorsqu'on voit soudain Amina sortir par une des mansardes du moulin, se promener en dormant sur l'extrémité du toit, arriver près de la roue et marcher sur une planohe vermoulue.
On la croit perdue. Elvino veut s'élancer à son secours ; il est retenu par Rodolphe. L'intéressante fille entre en scène tenant à la main son bouquet flétri, qu'elle arrose de larmes :
« O fleurs, je ne croyais pas tous voir si tôt fanées! Semblables à l'amour d'Elvino, vous n'avez duré qu'un jour. Peut-être que mes pleurs pourraient vous rendre votre première vigueur ; mais ils ne peuvent pas faire renaître l'amour. »
Pendant son sommeil, Elvino remet à son doigt l'anneau qu'il lui avait enlevé. Amina se réveille dans les bras de celui qu'elle aime et qui lui a rendu son amour. Elle fait éclater les transports de son âme dans un dernier chant plein d'allégresse.
Bellini a exprimé toutes les situations de ce drame avec un naturel et une vérité qui font de sa partition un chef-d'œuvre de sentiment et de goût. Depuis le premier chœur d'introduction jusqu'à la cabaletta finale, l'inspiration ne faiblit pas. La cavatine suave et mélancolique de Lisa : Tutto è gioja, tutto è festa, au commencement du premier acte, me paraît seule mal exprimer le genre de tristesse et d'ennui que lui font éprouver les préparatifs de la noce d'Amina.
L'air d'Amina : Corne per me sereno oggi rinacque il di, est parfait dans sa forme italienne. Cette fable ne convient-elle pas mieux d'ailleurs que toute autre pour peindre ce rayonnement d'un premier amour chez une toute jeune fille.
L'andante du duo de l'anneau nuptial est délicieux : Prendi l'anel ti dono; l'air de Rodolphe : Vi ravviso o luoghi ameni, est classique. Il faudrait tout citer. Contentons-nous de rappeler l'admirable finale si pathétique, si émouvant, le plus beau morceau d'ensemble que Bellini ait écrit.
Le second acte n'est pas moins riche en beautés réelles. D'abord, c'est le chœur si original des contadini et contadine : Qui la selva è piu folta ed ombrosa; ensuite, l'air : Tutto è sciotto, dans lequel Elvino exprime son désespoir; enfin, l'andante de l'air final, chanté par Amina, qu'un auditeur doué de sensibilité n'a jamais entendu sans émotion :
Ah ! non credea mirarti Si presto estinlo, o fiore .• Passasti al par d'amore, Che un giorno sol dura.
Potria novel vigore Il pianto mio donasti...
Ma ravvivar Vamore Il pianto mio non puâ.
Nos modernes prédicants affichent leur dé-