‹ Dictionnaire des ouvrages anonymes (volume 4)Chapitre 3 sur 351 · VI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

sacrait ses jours de sortie à des visites chez les principaux libraires de la capitale, ou à des promeDades sur les quais, pour examiner les livres gui s^y trouvaient exposés, et pour faire l'acquisition de quelques-uns, car il sentit de bonne heure le besoin de se former une bibliothèque choisie, où il pût trouver, sous sa main, les matériaux nécessaires à ses recherches (1). Souvent aussi, il allait travailler dans les bibliothèques publiques de Paris, notamment à celle de Saint-Germain-des-Prés, ou dans celles de plusieurs hommes de lettres avec lesquels il était déjà en relation. Occupé, dès 1789,

rappelle encore le temps où, tous les soirs, il rentrait au collège avec ce que nous appelions un houquin. Ce souvenir, qui se joint à celui de ses bons conseils et de ses bons exemples, m est souvent r^v enu à la pensée, et je me plais à consigner ici, pour un ancien compatriote, des sentiments d'affection qui ne sortiront jamais de mon cœur. > (Extrait de l'article de L.-V. Raoul, professeur àl'Université de Gand, sur le < Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes », inséré dans les « Archives belgiques des sciences, ans et littérature », juin 1623, p. 368.)

A ce témoignage se joint celui de M. Buirette, ancien condisciple de M. Barbier : < C'est à Saint-Firmin que nous avons passé cinq ans ensemble; il v était déjà quand j'y entrai. J'eus occasion de me lier avec lui dès les premiers jours, et je m'en suis bien trouvé. Sa conduite sage et régulière le faisait estimer de ses maîtres et de ses condisciples. Ami du travail, il savait trouver le temps de se livrer à diverses études. Ses journées étaient pour ainsi dire coupées symétriquement; tant d'heures pour telle occupation, tant pour telle autre ; études théologiques, solutions de problèmes mathématiques, extraits aouvrages, recherches et notes bibliographiques, etc. Les sorties en vihe que les autres employaient à leurs plaisirs, il en profitait pour son instruction. Il courait les boutiques de bouquinistes et de libraires, les bibliothèques publiques et même particulières, les ▼entes de livres pour y faire quelques découvertes, soit dans les ouvrages rares, soit dans la conversation des amateurs qu'il y rencontrait Quand il avait réussi dans set courses, il rentrait content comme l'aoeille avec son petit butin ou'il venait mettre à pro* fit. Quelques-uns de ses condisciples désiraient-ils un ouvrage, c était à lui qu'ils a'adressaientavec confiance, et il se faisait un plaisir de le leur déterrer. Aussi l'appelait-on par plaisanterie le bouquiniste, et l'on ne craignait pas de mettre souvent à contribution ce bouquiniste complaisant. Cette complaisance, il l'avait même pour uuelques misérables revendeurs de bouquins à échoppe ou à paniers, qu'il initiait dans le secret du métier, et qui, profitant de ses leçons, acquirent des connaissances en librairie, étendirent peu à peu leur petit commerce, et furent tout étonnés de se trouver plus tard libraires en boutique. Ses relations ne se bornaient pas à ses protégés, il les avait étendues avec les meilleurs libraires de la capitale, qui. ne rougissaient pas de le consulter fort souvent. C'est ainsi qu'il préludait aux recherches savantes dont il a depuis enrichi la bibliographie.

> Sa société habituelle et, pour ainsi dire, exclusive, àSaint-Firmin, se composait d'un petit. nombre de camarades qui partageaient ses goûts. On la désignait sous le nom d'académie, il entêtait regardé comme le président et le fondateur On se plaisait aie consulter résoudre, cei

tion, et là il était fait lecture de quelques journaux littéraires et souvent d'ouvrages dont ils rendaient compte; chacun ensuite faisait ses observations et motivait ses éloges ou ses critiques. Quelquefois ces discussions, renvoyées au lendemain, étaieat faites par écrit et lues à la récréation suivante. Cela donnait même lieu de temps en temps à des correspondances avec les journalistes et les auteurs. Un des articles des statuts de la société obligeait d'aller, autant qu'on le pouvait, entendre les prédicateurs distingués de la capitale, tels que les abbés idaury, Lenfant, Boulogne, etc., et de faire l'analyse de leurs discours, pour être soumise ensuite au petit tribunal académique. »

(1) En 17S8, il possédait déjà plus de 1200 volumes, et en avait même rédigé le Catalogue, à la tête auquel il avait écrit cette pensée de Saint-Évremont : « La vie est trop courte, à son avis, pour lire toutes sortes de livres, et charger sa mémoire d'une infinité de choses aux dépens de son jugement; il ne s'attache point aux écrits les plus savants

Sour acquérir de la science, mais aux plus sensés pour fortifier sa «aison,... a « Portrait e Saint-Évremont fait par lui-même. »

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