NOTICE BIOGRAPHIQUE. XIX
de Lauriston, ministre de la maison du roi, M. Barbier se vit enlever à des fonctions qu'il remplissait depuis plus de vingt-sept ans, avec le plus grand désintéressement, avec un plaisir, un zèle et une science bien rares. Par une fatalité singulière, sa destitution vint le frapper peu de temps après qu'il eût reçu la décoration de la Légion-d'honneur, et dans le moment même où il venait de publier le premier volume de la seconde édition de sou « Dictionnaire des ouvrages anonymes, » de cet ouvrage qui avait fondé sa réputation, et qui lui avait valu plus d'un illustre suflfrage, tant en France qu'à l'éfranger.
Quoiqu'il parût supporter cet événement inattendu avec courage et avec philosophie, M. Barbier dut être très-sensible à cette mesure qui le séparait d'une biblîothêqud importante formée par lui, ainsi que des autres établissements qu'il avait créés dans les différents châteaux du domaine de la couronne, et où il trouvait au besoin les livres nécessaires à ses infatigables recherches.
Arraché aux habitudes de toute sa vie, il ne tarda pas à tomber dangereusement malade. Sa santé parut cependant se rétablir, et il reprit la suite de ses travaux ; on le vit même redoubler d'ardeur dans ses dernières années.
En 1823 et 1824, il fit paraître les tomes II et III de la seconde édition du « Dictionnaire des ouvrages anonymes. En 1825, il s'occupa du supplément général placé à la tête du4« volume; il y réunit encore, aux anonymes qu'il avait découverts, les suppléments qui se trouvaient à la fin de chacun des trois premiers volumes. Dans la même année, il classa entièrement le manuscrit de la «Table des pseudonymes j> et celle des « auteurs ; » et revit pour la partie bibliographique, les deux premières livraisons de la <c Biographie universelle classique, i> (1) publiée par M. Ch. Gosselin.
Vers le milieu de 1825, sa santé donna de nouvelles inquiétudes à ses nombreux amis.
Depuis sa disgrâce^ malgré sa fermeté et son calme apparent, il n'avait fait que languir. Le chagrin minait sourdement cette constitution qui semblait promettre un siècle de vie.
Les secours de l'art, les soins de la tendresse filiale et de l'amitié lui furent prodigués; mais ils ne retardèrent que de quelques mois le terme fatal.
La mort vint le surprendre peu de jours après qu'il eut revu la dernière épreuve de la « Table des pseudonymes. » L'habitude, ou plutôt l'amour impérieux du travail, le poursuivit jusque dans ses derniers moments.
(1) Voy. ce titre.