‹ Dictionnaire des ouvrages anonymes (volume 5)Chapitre 5 sur 352 · NOTICE BIOGRAPHIQUE. VI · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE. VI

à réunir des matériaux pour corriger et compléter la a Bibliothèque d'un homme de goût » (1), défigurée par des fautes et des omissions nombreuses^ il avait aussi entrepris un travail semblable pour les a Dictionnaires historiques» deLadvocatetdeChaudon. Ces deux ouvrages avaient été ses lectures favorites durant le cours de ses études.

Il nous apprend lui-même (2) que la lecture attentive qu'il fit^ dans la maison paternelle, de V a Année littéraire, » deFréron^ et du «Journal de la littérature^ des sciences et des arts, s rédigé par Tabbé Grosier, contribua beaucoup à fortifier son penchant pour la critique littéraire et la bibliographie. Ce fut vers cette époque qu'il fit, pour son usage, un choix des principaux articles du journal de Fréron. Voici le jugement qu'il porta plus tard sur cette collection, et qu'il consigna au commencement du premier volume : Ex privatis odiis respuhlica crescit. (Cicero in Sallust.) a II a existé en France un ouvrage périodique, où les principes du goût étaient sans cesse rappelés, où les beautés des anciens étaient développées avec enthousiasme, où les défauts des modernes étaient indiqués avec sévérité, mais presque toujours avec justesse ; c'était V « Année littéraire d de Fréron, qui a été aidé par beaucoup de littérateurs. J'ai lu cet ouvrage à un âge où j'avais besoin d'un guide pour me diriger dans le choix des auteurs, où je voulais me rendre un compte exact de mes lectures, où j'aurais rougi d'admirer sur parole les écrivains dont j'entendais sans cesse vanter le mérite. Mais dans cette vaste collection, composée de plus de trois cents volumes, se trouvent mêlés et confondus ensemble, le bon et le mauvais, le vrai et le faux, l'utile et ce qui ne Test pas. Accoutumé à distinguer les articles sortis de la plume de ses principaux auteurs, d'avec ceux que des amis lui ont communiqués ; ceux qui ont été rédigés d'après les principes du goût et du beau, qu'ils connaissaient fort bien, d'avec ceux qui ont été écrits sous l'influence de l'autorité, ou sous la dictée de la haine, j'ai recueilli les meilleurs morceaux de ce journal, etc. »

La santé de M. Barbier se trouvant altérée par l'excès du travail, il se vit forcé de quitter la capitale, où il ne revint qu'en 1794 (cinq ans après en être sorti), lorsqu'il fut nommé, par le département de Seine-et-Marne, élève de l'Ecole normale. Il y suivit les cours de physique, de morale et de littérature. Peu de temps après, il fut choisi pour faire partie de la Commission temporaire des Arts, adjointe au Comité d'Instruction publique de la Convention nationale, section de Bibliographie ; ce qui eut lieu sur la présentation de M. Barrois rainé, membre de cette Commission, et qui connaissait

(1) Voy. C0I.4IS du a Dict. des anonymes ».

(2) Voy. « Revue encyclopédique », t. 21, p. 740.

VIIÏ NOTICE BIOGRAPHIQUE.

son goût pour les livres. Plus tard, et lorsque le Directoire exécutif, au moment de son organisation, réduisit le nombre des membres de la Commission temporaire des Arts, M. Barbier fut l'un de ceux qui restèrent attachés au ministère de Tintérieur, avec le titre de membre du Conseil de conservation des objets de Science et d'Arts.

C'est comme membre de la Commission temporaire et de ce Conseil, qu'il rendit aux lettres des services inappréciables^ en recueillant ou en faisant conserver et placer dans les bibliothèques publiques de la capitale une grande partie des richesses littéraires de la France, dispersées pendant les orages de la révolution, ou entassées dans les dépôts formés à la hâte, après la suppression dedi£férents établissements civils et ecclésiastiques. C'est ainsi qu'il contribua beaucoup à Taccroissement des bibliothèques Mazarine, de Sainte-Geneviève, du Corps-Législatif, de l'École de Médecine, de l'École polytechnique, du Jardin des plantes, de THôtel des invalides, etc.

Dans le cours de ses diverses fonctions, il montra toujours le plus grand empressement à seconder les démarches des personnes qui sollicitèrent du gouvernement la restitution des livres de leurs bibliothèques^ placés dans les dépôts confiés à ses soins.

En 1796, chargé de la réunion de la bibliothèque de l'ex-jésuite Querbeuf à l'un des dépôts littéraires, il découvrit, parmi des papiers qui semblaient mis au rebut, deux volumes in-4<», contenant trois cents lettres latines du savant Huet, la plupart écrites de sa main. Engagé par ses collègues à rédiger un mémoire sur cette découverte, il lut en entier cette correspondance, et fit une table des lettres qu'elle renfermait, des personnes à qui elles étaient adressées, des dates et des lieux où elles avaient été écrites^ avec un sommaire de chacune. Ce recueil, précieux pour la littérature, par la variété des sujets traités par l'auteur, par la célébrité des savants qui y sont nommés, par le grand nombre d'anecdotes littéraires qu'il contient, et par l'étendue considérable de temps qu'il embrasse (depuis 1660 jusqu'en 1714), fut placé par ses soins à la Bibliothèque nationale. Dans la même année, il découvrit encore la collection complète des manuscrits de Fénelon, et donna l'indication de ceux qui avaient été publiés ou qui étaient encore inédits (1).

En 1798, M. François de Neufcbâteau, alors ministre de l'intérieur, autorisa M. Barbier à choisir dans les dépôts de Paris et de Versailles, les ouvrages qui devaient former la bibliothèque du Directoire. Quinze mille volumes avaient déjà été placés dans la salle dite des Archive?» au Grand- Luxembourg, lorsque des réparations qui furent faites dans ce palais forcè-

(l) Les manuscrits de Fénelon, rendus d'abord à ses héritiers, se trouvent maintenan dans la bibliothèque du séminaire de Saint-Sulpice.

Page 1