CONDITIONS DE LA VENTE
Presque toutes les bibliothèques formées depuis cinquante ans ont été servilement calquées sur la Bibliographie instructive de Debure. Il s'en est suivi que les ouvrages présentés par Debure comme rares ou curieux, recherchés, exhumés, conservés, par les amateurs, se trouvent actuellement p artoul comme pièces fondamentales, et qu'il est devenu vrai de dire qu'en fait de bouquins, il n'y a rien de si commun que les raretés.
Un goût tout à fait opposé à ce servilisme, une pensée de véritable bibttojnane exclusif, avait au contraire présidé au choix de la collection unique que nous exposons aujourd'hui aux enchères.
M. le comte de Fortsas n'admettait sur ses tablettes que des ouvrages inconnus à tous les bibliographes et les catalogistes. C'était sa règle invariable, règle dont il ne s'est départi jamais. Avec un pareil système, on conçoit que la collection formée par lui, bien qu'il y ait consacré pendant quarante ans des sommes considérables, ne peut être fort nombreuse. Mais ce qu'on aura peine à croire, c'est qu'il expulsait impitoyablement de ses rayons des volumes payés au poids de l'or, des volumes qui eussent été l'orgueil des amateurs les plus exigeants, sitôt qu'il apprenait qu'un ouvrage, jusqu'alors inconnu, avait été signalé dans quelque catalogue. Cette triste découverte était indiquée sur son inventaire manuscrit, dans une colonne à ce destinée, par ces mots : Se trouve mentionné dans tel ou tel ouvrage, etc., puis, vendu, donné, ou (chose incroyable si l'on ne savait jusqu'où peut aller la passion des collecteurs exclusifs) détruit!
La publication des Nouvelles Recherches de Brunet fut pour notre bibliomane un coup bien sensible, et qui sans doute n'aura pas peu contribué à accélérer sa fin : elle lui fit perdre en une fois le tiers de sa chère bibliothèque. Depuis lors il semblait dégoûté des livres et de la vie ; il ne fit plus une seule acquisition, mais je Bulletin de Techener venait de temps en temps encore éclaircir les rangs déjà bien dégarnis de son bataillon sacré.
Jean-Népomucène- Auguste Pichauld, comte de Fortsas, né le 24 octobre 1770, à son château de Fortsas, près de Binche, en Hainaut, est décédé au lieu même de sa naissance et dans la chambre où il avait reçu le jour 69 ans auparavant, le 1" septembre 1839. Tout entier à ses livres, il avait vu (ou plutôt il n'avait pas vu) passer trente années de révolutions et de guerres sans se déranger un instant de son occupation favorite, sans sortir en quelque sorte de son sanctuaire. C'est pour lui qu'on aurait dû faire la devise : Vitam impendere libris.