PÉTER
Péter plus haut que le cul.
S'élever au-dessus de sa condition , faire de la dépense au-dessus de ses moyens.
Mesure-toi a ton aune. (Littéralement, a ton pouce.) (Proverbe turc. *)
Petit-maître.
Dans sa jeunesse, le grand Condé s'était fait chef d'un parti opposé à la cour, et composé de jeunes gens qui, par les airs de pétulance et de hauteur qu'ils se donnaient, se firent A^^eXev petits-maîtres.
Ce nom resta; et par la suite, on l'appliqua aux jeunes fats.
PETS. (^Chantez à Vâne, il vous fera des) Ce proverbe s'applique à des gens hors d'état de profiter des remontrances qu'on leur fait , à des gens incorrigibles par ineptie. Guillaume Crétin en a fait usage dans le quatrain suivant :
Juge ignorant et conseillers suspectz Font le droict tort, et malle-cause bonne; Et si raison y \eult mettre sa bonne , Chantez à l'asne , il vous fera des petz.
Bonne pour borne. Mettre sa borne ^ allusion à ces vers d'Horace :
Est modus in rébus, sunt certi deniqne fines Quos ultra citràque nequit consistcre rectum.
Peu.
Peu ou prou.
Peu ou beaucoup.
Nous appliquerons à ce proverbe la maxime d'Apelles : ^ulla dies sine lineâ, qu'aucun jour ne se passe sans que vous laissiez trace de votre travail.
Nous citerons aussi ce passage d'Ovide : Non sentitur sedulitatelahor , l'habitude du travail empêche d'en sentir la fatigue.
PHÉNIX. {C'est un)
Se dit figurément et proverbialement d'un homme unique en son genre.
Le phénix, suivant les anciens, était un oiseau incomparable, qui renaissait de sa cendre. Il avait la grandeur et les formes de l'aigle; mais son plumage était un mélange de pourpre, d'azur et de jaune d'or, lorsqu'il sentait sa fin approcher, il formait un nid de bois et de gommes aromatiques , qu'il exposait aux rayons du soleil, et sur lequel il se consumait; de la moelle de ses os naissait un ver qui devenait un nouveau phénix.
Voyez les. poënies sur le Phénix , traduits de Lactance, de Claudien, etc. (par M. Souquet de la Tour, ex-doctrinaire); volume m-i8, Paris, Dugour et Durand, an VI- 1798.
Baillv (Histoire de V astronomie ancienne) regarde le phénix comme l'emblème d'une révolution solaire , qui renaît au moment qu'elle expire.
Prudes femmes, par saint Denis, Autant en est que de phénix.
[Roman de la Hose. 1
PHILIPPE. (Les oies de frère) C'est-à-dire les femmes.
Tout le monde connaît le conte de La Fontaine qui a donné lieu à cette façon de parler; mais beaucoup de personnes ignorent que la première idée appartient à saint Jean de Damas, qui vivait dans le huitième siècle. Voici ce qu'on lit dans son histoire de Barlaam et Josaphat : « Un roi eut un fils qu'on éleva jusqu'à douze ans sans qu'il vît la lumière du jour, ni aucune autre. Les médecins avaient dit qu'il deviendrait aveugle si on ne prenait pas cette précaution. Le temps de ces ténèbres forcées étant expiré , on fit passer en revue devant les yeux du jeune prince tous les objets qu'on peut voir pour l'ordinaire, les lui montrant l'un après l'autre. Lorsqu'on lui fit voir des femmes, il demanda avec avidité quel nom on doimait à cela. Ce sont, lui répondit le nomenclateur , des démons qui induisent toujours à mal , et dont on ne saurait trop éviter l'approche. Malgré le nom et l'observation qu'on v joignit, lorsque le roi demanda à son fils lequel de tous les objets qu'on lui avait fait voir il aimait le mieux : Ce sont, dit le prince, ces démons qui nous induisent toujours à mal ; rien ne m'a paru si charmant. »
Un dominicain qui prêchait dans le treizième siècle, changea les démons en oies , et le fils du roi en moine.
Ce sont aussi des oies et un ermite dans le conte de Boccace.
Le récit de Martin Franc, poète, qui vivait sous Charles vu, est un modèle de naïveté.
Ci vous conterai d'un novice Qui oncques vu femmes n'avoit.
Innocent étoit et sans vice , Et rien du monde ne sa voit; Tant que celui qui le suivoit Lui fit accroire par les voyes , Des belles dames qu'il voyoit, Que c' et oient des oysons et oyes.
On ne peut nature tromper; En après tant lui en souvint, Qu'il ne put dîner ni souper.
Tant amoureux il en devint.
Et quand des moines plus de vingt Demandèrent pourquoi musoit, Il repartit , comme il convint , Que voir les oyes lui plaisoit.
PHILOSOPHALE. (Pierre)
Par pierre philosophale on entend la prétendue transmutation des métaux en or; de là cette façon de parler : Il faut qu'il ait trouvé la pierre philosophale ^ lorsqu'un homme fait une dépense fort au-dessus du revenu qu'il paraît avoir.
Dans le temps où l'on s'occupait d'alchimie, c'està-dire de chimie sublime, de chimie par excellence, la matière était réputée déchue, et les alchimistes avaient la prétention de la relever à sa première nature.
Jean Gauthier, baron de PlumeroUes, se vantait de savoir faire de l'or. Charles ix, trompé par ses promesses, lui fit donner 120,000 livres, et l'adepte se mit à l'ouvrage ; mais après avoir travaillé huit jours , il se sauva avec l'argent du monarque. On courut à sa poursuite , et il fut pendu.
En 1616, un autre alchimiste, nommé Guy de Crusemberg, reçut du gouvernement 20,000 écus pour travailler dans le château de la Bastille à faire de l'or. Au bout de trois semaines, il s'évada avec les 20,000 écus, et eut le bonheur de ne pas être arrêté.
Un troisième alchimiste, passant à Sedan, donna à Henri 1''"'^, prince de Bouillon, trois grains d'une poudre qui, fondus avec quelques onces de litharge, produisirent trois onces d'or. Le prince lui-même avait fait l'opération. Que l'on juge de l'empressement avec lequel il accepta trois cent mille grains de poudre qui restaient