BOSSUET
A tous événemens le sage est préparé.
Guéri par la raison des faiblesses vulgaires, Il se met au-dessus de ces sortes d'affaires, Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui.
(RIoLiÈUE, Femmes savantes.)
SAINT. ( Chacun prêche pour son ) C'est-à-dire, chacun parle pour les siens.
SAINT. (^Enlever comme un corps)
C'est-à-dire, lestement.
On donne à cette façon de parler proverbiale une origine bien ridicule, en disant que cojps saint est une corruption de corsin.
Corsin, les uns le font venir de la famille des Corsini de Florence; les autres, des banquiers de la cour de Rome, du temps de Jean xxii, qui étaient comme ce pape, caliorsùiSy corsins, nés à Cahors.
Il est constant que banquier et usurier ont souvent été synonymes, et que les gouvernemensont plus d'une
fois enlevé les Juifs coupables d'usure , sans leur donner le temps de se reconnaître; mais ces Juifs étaient- ils tous , ou de la famille des Corsini, ou nés à Cahors ?
Il est bien plus simple de s'en tenir à corps saint.
Dans le moyen âge rien n'était plus fréquent que les vols de reliques, à cause des avantages qu'apportait un corps saint à ceux qui en étaient.possesseurs : le jour de la fête, une foire se tenait devant l'église; mais pour exécuter un vol de ce genre , il fallait beaucoup d'adresse et quelquefois de la violence.
Le second volume des RecJierches historiques sur la ville de Saumury ses monumens et ceux de son arrondissement, par M. Bodin (m-8°, Saumur, i8i4), va nous fournir un exemple mémorable de ces enlèvemens: « Il (Louis xi) envoya Pbilippe de Best et Georges Robinel, ses cbapelains, avec une forte escorte, pour enlever la cbâsse (de saint Florent) et les reliques qu'elle renfermait. Arrivés à Boye, les chapelains et leur escorte furent vivement repoussés par le peuple, à qui le désespoir et la crainte de perdre le saint donnaient des forces et du courage. Ils furent obligés de se replier et de retourner vers le roi, qui fit marcher des troupes pour se faire obéir. De retour à Roye , les envoyés de Louis XI apprirent que les reliques avaient été enlevées pendant la nuit par deux prêtres; il fallut donc employer de nouveaux moyens pour les découvrir. On prit en otage les principaux habitans de la ville et de la campagne, et l'on menaça de mettre tout le pays à feu et à sang, à deux lieues à la ronde, si le corps du saint n'était pas livré tout de suite. Deux particuliers , sachant où d avait été déposé, vinrent en instruire secrètement les chapelains. Ces deux citoyens, dont l'histoire ne nous a pas conservé les noms , se dévouèrent ainsi
généreusement pour sauver leur pays d'une entière destruction ; car le peuple mutiné les eût mis en pièces, s'il eût connu leur démarche , que dans sa fureur il n'eût pas manqué de considérer comme une insigne trahison. »
Le roman de Don Quichotte donne à notre proverbe un autre sens. Quand Sancho fut arrivé à son gouvernement, l'île de Barataria, « on vint le recevoir sous les armes , on Y enleva en pompe comme un corps saint, et on le porta sur les épaules à la grande église. »
Saint-Julien.
Avoir V hôtel Saint- Julien.
Cette expression qui se trouve assez fréquemment dans nos anciens fabliaux, signifiait trouver un bon gîte. Saint Julien qui , pour expier un crime involontaire, avait fait vœu de recevoir chez lui tous les passans, et qui en a mérité le surnom d'hospitalier, était devenu le patron des voyageurs. On l'invoquait afin d'avoir un bon gîte , et le matin, avant de se mettre en route, on récitait en son honneur une oraison.
Bien vous dirai qu'en allant par chemin, J'ai certains mots que je dis au matin Dessous le nom d'oraison ou d'antienne De saint Julien , afin qu'il ne m'avienne De mal gîter ; et j'ai même éprouvé Qu'en y manquant cela m'est arrivé.
J'y manque peu , c'est un mil que j'évite Par-dessus tous , et que je crains autant.
(La Fontaine.)
Wxvfahlier (Jean de Roves) , en conservant à celte expression le même sens, a substitué Saint-Martin à Saint-Julien, peut-être parce que le saint évoque donnait charitablement l'hospitalité à tous les pauvres et voyageurs qui se présentaient chez lui , ou parce que
s'étant présenté devant Maxime , il fut admis avec distinction à la table de l'empereur , et servi par l'impératrice même.
SAINT-HUBERT. (// est de la confrérie de) Il n'enrage pas pour mentir.
Comme les voyageurs, tous les chasseurs sont grands menteurs.
SAINT-JEAN. (// n'est que de la)
C'est-à-dire , il n'est pas bien au fait de cette chose. Dans une grande partie de la France, la fête de saint Jean Baptiste {^il\]\\\n) est l'époque où les domestiques changent de condition.
SAINT-JEAN. {^Employer toutes les herbes de la)
Quand on a usé dans une maladie de toutes sortes de remèdes, ou recouru dans une affaire à toutes sortes de moyens, on dit qu'on y a eniplojè toutes les herbes de la Saint-Jean.
Les herbes cueillies la veille de Saint-Jean étaient réputées avoir plus fie vertu que toutes les autres. Ce jour-là , après le coucher du soleil, chacun portait son fagot sur une place désignée; on formait une pyramide à laquelle le plus ancien mettait le feu. Les jeunes gens dansaient autour du feu nouveau ; les vieillards faisaient passer par la flamme salutaire un gros bouquet, qui était placé le lendemain au-dessus de la porte de leur maison.
«Les feux de la Saint-Jean, dit Court de Gebelin , ont succédé aux feux sacrés, allumés à minuit, au moment du solstice, chez les Orientaux, qui figuraient par celte flamme le renouvellement de leur année.... Plusieurs siècles après, lorsque le solstice d'été ne fit plus l'ouverture de l'année , on continua l'usage des
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feux, dans le même temps, par une suite de l'habitude et des idées qu'on y avait attachées. »
SAINT-MARTIN. {L'estaf/ier de)
Le diable. Expression proverbiale , tirée de Rabelais. t< Que sçavons-nous si l'estaffier de saint Martin nous brasse encore quelque nouvel oraige?»
(^Pantagruel, Liv, iv, chap. i3.)
La figure du diable accompagne la représentation de saint Martin comme celle de saint Michel.
SAINT-MARTIN. {^Viii de la)
Jusqu'au treizième siècle nous avons eu un carême qui commençait le 12 novembre, le lendemain de la fête de Saint-Martin , et ne finissait qu'à Noël. Il n'est pas étonnant que cette journée-là fût un diminutif des réjouissances du mardi-gras : pour la célébrer, on donnait quelque argent aux valets et aux artisans; voilà le vin de la Saint-Martin.
Sa int-Médard.
Quand il pleut le jour de Saint-Médard , Il pleut quarante jours plus tard;
Ou Quand il pleut le jour de Saint-Gervais ,
Il pleut quarante jours après.
Ce dernier pronostic est le plus sûr, parce que la fête de Saint-Gervais ( 19 juin) se rapproche du solstice, tandis que celle de Sainl-Médard (8 juin) en est éloignée.
Le vent qui règne aux deux solstices domine pendant plusieurs mois, et c'est le vent qui amène la pluie.
Saint-Michel.
Le Coësnon par sa folie
Mit saint Michel en Normandie.
Proverbe fondé sur une tradition locale.
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Le Coësnon est un petit fleuve qui sépare la Bretagne de la Normandie; et le mont Saint-Michel un gros rocher pyramidal, qui paraît sortir du milieu des flots. Une rue grimpante et tournante forme ce qu'on appelle assez improprement la ville : au-dessus est le château, et au-dessus du château , l'église.
SAINT PAUL, {pécouvrir saint Pierre pour couvrir) C'est-à-dire, remédier à un inconvénient par un inconvénient.
Autrefois, en France, comme aujourd'hui en Bavière, on habillait les saints; cela même se pratique encore dans quelques villages. "
SAINTE NITOUCHE. {Faire la) C'est faire l'hypocrite , affecter un air simple et innocent.
Timide en son respect, semblait sainte Nitouche.
(Regnifr. )
Dans les anciens livres, au lieu de Nitouche, on trouve Mitouche. La première syllabe était une abréviation de la particule négative ?nie.
Ce proverbe n'est pas le seul où l'on trouve un changement de rédaction , changement commandé par les progrès de notre langue.
SAINT-REMY. {Être de)
C'est-à-dire, être du nombre des personnes remises à recevoir l'absolution dans le tribunal de la pénitence.
Voici un autre proverbe fort ancien : Être de Saint- Prix, être marié (pris au piège, attrapé).
Les calembourgs auraient élé jadis aussi communs que maintenant, s'il y eût eu la même abondance de mots.