BER
brouiller nos idées, nous enlever la mémoire. Messala Corvinus oublia jusqu'à son nom ; c'est Pline qui le dit. Un éternuement peut nous réduire au même état, et il ne faut pas cbercher d'autre cause à ce souhait : Dieu vous bénisse !
BÉNITIER. (Pisser au)
Expression proverbiale , qui signifie , faire des sottises éclatantes, et même des actions criminelles, pour attirer l'attention. Les Grecs avaient un proverbe semblable, qu'on peut traduire ainsi en latin, in Pythii Apollinis templo cacare.
A faux titre insolens , et sans fruit hazardeux , Pissent au benestier , afin qu'on parle d'eux.
(Reghier, satire 2.)
BERGER. {V heure du)
On a introduit les noms de berger et de bergère en amour, pour y conserver, au moins dans les termes, une apparence de simplicité.
L'heure du berger signifie l'occasion favorable à un amant. Si vous laissez échapper V heure du berger, vous ne la trouvez plus; la belle a un secret dépit qu'elle ne pardonne pas. « Prenez la femme la plus sensée, la plus philosophe , la moins attachée à ses sens ; le crime le plus irrémissible que l'homme, dont au reste elle se soucie le moins, puisse commettre envers elle, est d'en pouvoir jouir, et de n'en rien faire. » (Confessions de Rousseau y Liv. vi.)
L'heure du berger se prend aussi pour le temps propre à réussir en quelque chose que ce soit. La fortune a ses caprices et son heure du berger, aussi-bien que l'amour.
BERS. ( Berceau. )
On dit aussi ber, par abréviation.
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Ce qu'on apprend au ber. Dure jusqu'au ver.
Quo semel est imbuta recens servahit odoreni Testa diît. Hor\t. i , ep. 2 , 69.
Ce vieux proverbe signifie qu'on conserve jusque dans un âge avancé les impressions de l'enfance.
BESACE. ( Il en est jaloux comme un gueux de sa) Se dit d'un mari qui fait épier les actions de sa femme.
Besoin.
Le besoin fait la vieille trotter. La faim, chasse le loup hors du bois.
Ces proverbes se rapportent à ceux des Latins, et les Latins les avaient empruntés des Grecs : Multa docet famés. Hominem experiri multa paupertas jubet.
BÊTES. ( Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Champenois font cent^
Voici l'origine que l'on donne à ce dicton : Lorsque César fit la conquête des Gaules, le principal revenu de la Champagne consistait en troupeaux de moutons qui payaient au fisc un impôt en nature; mais, sur les représentations des cultivateurs d'un pays pauvre, on exempta de la taxe tous les troupeaux au-dessous de cent bêtes. Pour n'avoir rien à payer du tout, les Champenois ne passaient jamais le nombre de quatre-vingtdix-neuf. Mais César, instruit de la ruse, ordonna qu'à l'avenir le berger de chaque troupeau serait compté pour un mouton, et paierait comme tel.
On raconte aussi que le troubadour Thibault iv, comte de Champagne , ayant mis un impôt sur les troupeaux de cent moutons , pour subvenir aux dépenses de ses fêtes j chaque berger mangea un mouton et s'ap-
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plaudlssait de sa ruse, mais que Thibault compta le berger parmi les bêtes.
Plus probablement cette façon de parler vient de ce que Campanus , qui veut dire Champenois, est Thomonyme de Cainpanus , habitant de Tancienne Campanie. Les Campaniens (voyez Alexand. ah Alex. , Lib. IV, cap. i3) passaient pour des sots, comme les Bœotiens , dont le nom signifie demeure du bœuf.
M. Herluison, bibliothécaire de Troyes, lut, en 1800, dans une assemblée publique de cette ville , une dissertation sur le proverbe de Champagne. Après avoir fait rénumération d'un très grand nombre de Champenois dignes de mémoire : « La Champagne , dit-il , n'est donc pas au moral ce qu'elle est au physique , une suite monotone de plaines arides et de terres ingrates : elle produit aussi souvent que toute autre contrée de la France, des talens éminens dans tous les genres; et le proverbe qui l'accuse de stérilité est une injure. »
M. Herluison attribue l'origine du proverbe à diverses causes morales, et entre autres à la bonté du caractère des Champenois; et il cite La Fontaine, à qui la modestie donnait l'air de la stupidité.
Grosley, dans \es Mémoires de V Académie de Troyes (année 1756), avait traité moins sérieusement cette question, et sa conclusion était la même. Il examinait si les moutons étaient des bêtes, et demandait s'il était nécessaire que les quatre-vingt-dix-neuf qui figuraient avec le Champenois fussent de la Champagne. «Parce qu'on est bon, observait-il, est-il dit qu'on soit bête? ou parce qu'on a de l'esprit, faut-il qu'on soit méchant? La bêtise et la bonté sont-elles donc des qualités inséparables ? »
Ce proverbe est un de ceux qui , au mois de mars de