‹ Dictionnaire des proverbes françaisChapitre 49 sur 335 · CHAPITRE. {Trois font · texte numérisé non relu

CHAPITRE. {Trois font

Un ennemi des chanoines a tiré de loin l'explication satirique de ce proverbe.

Centum oves fiaciunt pecus , decem boves faciunt

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armentiim, très caîionici faciunt capilulum , et numerus decrescit crescente magnitiidine bestiarum.

Les assemblées des chanoines et des moines s'appellent chapitres y parce que anciennement elles se faisaient derrière l'autel, par conséquent au chevet de l'église.

J'ai maints chapitres vus , Qui pour néant se sont tenus :

Chapitres non de rats, mais chapitres de moines. Voire chapitres de chanoines, g (La Foktaijve.)

Chapon.

Chapon de huit mois ^

Manger de î^ois.

Lorsque ce proverbe fut fait , on n'avait point encore apporté de l'Inde l'espèce de volaille qui a pris le nom du lieu de son origine.

Qui chapon donne, chapon lui vient.

Un cadeau nous en procure un autre.

Qui chapon mange, chapon lui vient.

Parodie du proverbe précédent.

Dans le sens absolu, ce proverbe peut signifier qu'il ne faut pas être si économe, parce que l'on voit des gens dissipateurs s'enrichir. Il peut encore signifier que le bien vient plutôt à ceux qui en ont déjà qu'à ceux qui ne possèdent rien.

L'argent ne cherche que l'argent ,

a dit Maynard dans une épigramme traduite de Martial.

J. J. Piousseau donne le mot de l'énigme : « Le premier écu , dit-il, est plus difficile à gagner que le dernier million. »

Mais pourquoi a-t-on fait servir le chapon à exprimer

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cette vérité? Parce que, du temps de nos pères, le cliapon était un plat très distingué.

Chapon de Normandie.

Une croûte de pain dans de la bouillie.

( Voyez Normands boulieux. )

Chapon de Gascogne.

Mot satirique, pour dire une gousse d'ail.

En Gascogne, hommes et femmes, riches et pauvres, mangent de l'ail. L'ail mis dans le pot-au-feu, disent les Gascons, augmente la bonté et la saveur de la viande; piqué dans le manche d'un gigot, il lui communique un goût agréable. Souvent, après avoir fait blanchir des aulx, on les fait cuire dans la lèchefrite, afin de recevoir le jus qui découle d'un rôti; puis en dressant la viande sur le plat , on l'entoure de ces aulx, que l'on sert à grandes cuillerées. Les salades de chicorée ne seraient pas présentables, si l'on n'avait frotté le saladier avec de l'ail écrasé par le moyen d'une croûte de pain; cette croûte, nommée chapon , est servie avec la salade : on l'offre aux étrangers , qui en font toujours part aux dames; dans les familles, on la partage.

Le i^"^ janvier 1823, M. de Marcellus a fait insérer dans le Journal des Débats une C)cle en. réfutation de répode d'Horace contre Vail : Parejvtis olim, etc., epod. 3.

En voici les premières strophes :

Pourquoi, précieux don de Flore et de Pomone,

Timide enfant de nos guérets, Gardes-tu pour les bords qu'embellit la Garonne

Et tes parfums et tes bienfaits?

Il est vrai qu'étranger aux rives de la Seine,

L'ail est en borreur à Paris; L'ail, dit-on, des zéj)hirs empoisonne l'haleine;

L'ail fait fuir les jeux et les ris.

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N'avez-vous donc jamais de nos douces retraites

Visite les humbles hameaux ?

N'avez-vous jamais vu l'ail animer nos fêtes,

Et nos plaisirs et nos travaux?

Sa piquante saveur dans l'âme des convives

Répand une aimable gaîté; Il fait fleurir le teint des nymphes de nos rives.

Il plaît au dieu de la santé.

Charbon.

I.e méchant est. comme le charbon ; s'il ne vous brûle , il vous noircit.

Charbonnier.

Chacun est maître chez soi, dit le charbonnier.

Cette façon de parler vient d'un trait de la vie de François i*"", trait à peu près semblable à celui qu'on met sur le compte de Henri iv , dans la pièce intitulée la Partie de chasse. François i*^*^ s'étant égaré à la chasse, arriva chez un charbonnier qui le prit pour un seigneur, mais ne pensa pas que ce fût le roi. Il lui donna à souper le mieux qu'il put ; mais il prit la première place à table, en lui disant que c'était celle du maître de la maison , et que le charbonnier était le maître chez lui.

CHARBONNIER. {La foi du)

C'est-à-dire, une foi simple et sans examen. Voici le conte qui a donné lieu à cette façon de parler : Le diable déguisé en ermite , pour pervertir un charbonnier et l'entraînera la controverse, lui demanda : Que crois-tu? Je crois, répondit-il, ce que l'Église croit. Et que croit l'Eglise? répliqua l'esprit malin. Elle croit ce que je crois, repartit le charbonnier; et le diable fut quinaud.

CHARDON. ( Faire l'âne pour avoir du )

CHA i^ç)

Les Italiens disent : Faire le niais pour ne pas payer

la gabelle.

CHARIVARI. ( Frt/rt)

C'est faire du bruit le soir , avec des poêles et des chaudrons, sous les croisées des personnes qu'on veut chagriner.

Ceci a lieu principalement dans les villages, lorsque des gens d'un âge fort inégal se marient, surtout lorsque des vieillards passent à de secondes noces.

Autrefois, à Saint-Lô, à Coutances, à Avranches, et dans d'autres cantons de la Normandie, une femme portait toute sa vie le deuil de son époux ; et un mari celui de sa femme, plusieurs années. Quiconque se remariait avant un an de veuvage , devait s'attendre à un charivari, le soir même de sa noce. Des têtes de mort, portées au bout d'une perche, tenaient lieu de lanternes. A la suite de gens qui frappaient sur des poêles, sur des chaudrons, il y avait un cercueil, et par intervalles, on prononçait le nom du défunt ou de la défunte, puis on en faisait l'éloge.

René , dit le Bon , duc d'Anjou et comte de Provence , atteignit le même but, en employant un moyen que ni l'urbanité, ni même la galanterie ne réprouvent. A Aix , les officiers du prince d' Amour faisaient payer aux veufs et aux veuves, qui passaient à de secondes noces, un droit vulgairement xvoxxvxik pelote.

CHARRETTE. (// vaut mieux être cheval que^ C'est-à-dire, commander que d'être maîtrisé. Lorsque quelque moine refuse la dignité à laquelle il vient d'être promu , on lui dit, dans le sens de notre proverbe , qu'il vaut encore mieux être moine moinant que moine moine.

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Le moine moinant est celui qui a la direction du couvent , et le moine moine y un simple moine.

Chasse.

Sous Louis XII , la dépense de la noblesse, surtout en chevaux et en équipages de chasse, l'emportait de beaucoup sur ses revenus ; ce qui faisait dire à ce prince : La plupart des gentilshommes de mon royaume sont, comme Actèon et Diomede , mangés par leurs chiens et par leurs chevaux.

Chasseur.

Un repas de chasseur; Un repas prompt et léger.

Une messe de chasseur; Une messe dite à la hâte.

On ferait une longue énumération des expressions proverbiales tirées de l'habitude de la chasse. Cet homme chasse bien au plat; C'est-à-dire , a bon appétit.

Ce garçon chasse de race; C'est-à-dire , a les inclinations de son père,

CHAT. {Emporter le)

C'est sortir d'une maison sans dire adieu à personne.

Dans les montagnes des Vosges , quand un jeune garçon a cessé de plaire à une jeune fille, elle le congédie en lui envoyant un chat.

C'est le chat.

Manière plaisante de répondre à une assertion à laquelle on ne croit pas.

Purgon, médecin à la mode, Est vraiment habile docteur ; Il vante partout sa méthode; On la suit , le malade meurt.

CHA i^i

Purgon, en le voyant sans vie.

Dit encore avec bonhomie :

Ce n'est pas moi qui l'ai mis là ; Non, c'est le chat.

Toujours content de sa personne , Sans cesse Damon s'applaudit; Et plus le monsieur déraisonne , Plus il savoure ce qu'il dit ; Il ne peut nombrer ses conquêtes ; Il l'ait tourner toutes les têtes :

Monsieur Damon n'est pas un fat , Non , c'est le chat.

CHAT. (Faire comme le singe y tirer les marrons du Jeu avec la patte du )

C'est-à-dire , se servir adroitement du secours d'un autre pour faire quelque chose qui nous est profitable , mais qu'on n'oserait faire soi-même.

La Fontaine a fait entrer ce proverbe dans une fable.

■Les Italiens disent : Tirer les écrevisses de leur trou avec la main d'autrui.

Dans la Patte du chat, Cazotte donne de bons coups de patte aux femmes françaises de son temps, c'est-àdire, aux grand'mères de nos jolies femmes d'à présent ; mais celles-ci tiennent leurs grand'mères pour fort ridicules , sans avoir besoin de lire Cazotte.

J'appelle un chat un chat

( BoiLEAU , sat. I.)

Cet hémistiche , devenu proverbe , s'applique aux personnes ingénues qui pensent tout haut, ou à ces gens grossiers qui, sans se mettre en peine de la décence , appellent les choses par leur nom.

CHAT. {^J'entends bien minon sans dire) Je devine ce que vous voulez dire.

i/p CHA

C'est le chat qui guette la souris ;

La ruse qui veut surprendre l'innocence.

Jamais chat emmiloujlê ne prit souris.

Pour réussir dans les affaires , il faut écarter tout ce qui empêche d'agir.

Chat échaudé craint Veau froide.

Une maîtresse qui nous aura été vingt fois infidèle trouve dans notre faiblesse des moyens de nous trahir de nouveau; tandis qu'un chat ne peut être dupé qu'une fois en sa vie. Non seulement il est armé de défiance contre ce qui l'a trompé , mais même contre tout ce qui lui fait naître l'idée de la tromperie.

Les Grecs modernes disent :

Celui qui s'est brûlé en mangeant trop chaud, souffle sur un morceau froid.

Bailler le chat par les pattes ,

Présenter une chose par l'endroit le plus difficile.

Jeter le chat aux jambes de quelqu'un ,

Picjeter sur lui quelque faute.

Il est du naturel des chats , il tombe toujours sur ses pieds.

Se dit d'un. homme qui sait se tirer avec adresse de toutes les situations embarrassantes.

// ressemble a chat brûlé , il vaut mieux qu'il ne se prise.

Pour éviter les pièges de l'amour -propre qui nous cache jusqu'à nos défauts personnels, on n'a qu'à méditer ce proverbe.

Les rats se promènent a l'aise ou il n'y a point de chats.

Ou quand les chats n'j sont pas, les souris dansent.

Pour contenir la licence du peuple, rien n'est tel que la présence des magistrats.

CHAT. ( Propre comme une ècuelle a )

Le chat ayant Thabitude de récurer lui-même son

écuelle, et cette écuelle paraissant, après l'opération,

nette sans l'être, on dit d'une propreté équivoque,

propre comme une écuelle a chcif.

CHAT. (C'est le nid d'une souris dans V oreille d'un) Se dit d'une chose impossible.

Chatte.

Friande comme une chatte ^ se dit d'une femme qui aime les bons morceaux; et amoureuse comme une chatte y de celle qui se passionne avec plus de vivacité que de tendresse.

Chattemite.

Sobriquet tiré de deux mots latins, cata et mitis , chatte douce.

C'était un chat vivant comme un dévot ermite, Un chat faisant la chattemite.

(La Foktaine.)

CHATS, (^Faire de la bouillie pour les)

Se tourmenter pour une chose dont personne ne doit tirer avantage. Les chats n'aiment point la bouillie , parce qu'ils craignent de se salir les barbes.

Un jour que dans une séance du parlement on s'agitait sans rien conclure , un chat se glissa dans la salle. Cet animal croit-il que nous avons des rats ? dit un vieux conseiller. Non, repartit son voisin ; mais il vient flairer la bouillie que l'on fait ici pour les chats.

Aller voir pêcher les chats.

Se laisser persuader facilement.

A ce proverbe se rapportait une vieille enseigne , qui a donné le nom de rue du Chat qui pêche à une rue de

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Paris. Cette rue , aujourd'hui fermée par une barrière , aboutissait d'un coté à la rue de la Huchette , et se dirigeait de l'autre vers la rivière.

CHAUDE. ( Faire gorge)

Proverbe tiré de la fauconnerie , comme Jaire curée Ta été de la vénerie.

CHAUSSES. ( Va te promener^ tu auras des) Les premiers religieux feuillans marchaient nu-pieds; mais lorsqu'ils allaient à la campagne, il leur était permis d'être chaussés ; de là le proverbe populaire : Va te promener, tu auras des chausses. Ces mêmes religieux ne couvraient jamais leur tête que hors du monastère, ne mangeaient ni viande, ni poisson, ni œufs, dormaient tout habillés sur une planche , et gardaient un silence perpétuel.

CHAUSSES. ( Avoir la clef de ses)

C'est-à-dire, n'être plus en âge de recevoir le fouet.

Cette façon de parler n'est pas tout-à-fait métaphorique. L'aiguillette qui fermait les chausses, vêtement correspondant à notre culotte, était une sorte de clef.

Il fout qu'anciennement on ait distingué les chausses, prises dans le sens du proverbe, ou chausses hautes, du bas de chausses, qui couvrait les jambes et les pieds ; car le mot bas est devenu synonyme de chausses dans cette dernière acception.

CHAUSSES. ( Gentilhomme de Beauce ,

Qui est au lit quand on refait ses )

C'est-à-dire, un pauvre gentilhomme.

Dans Gargantua, Rabelais, pour peindre la pauvreté desgenlilshonunesde Beauce, dit : «Encoresde présent les gcnliishonnncs de Beauce desjeuncnt de bâiller ; »

c'est-à-dire, se contentent de bâiller, comme font des personnes à jeun.

CHAUSSES. (^Porter le haut de)

On se sert de cette expression populaire pour dire qu'une femme maîtrise son mari.

Sire Hain et dame Anieuse , dans un fabliau composé par Hugues Piaucelle, l'un de nos anciens poètes, et imité par Imbert, s'étaient long-temps disputé le droit de gouverner la maison. Sire Hain porte devant sa femme :

Une culotte au milieu de la cour :

Disputons-nous, dit-il, ce joyau-là, ma belle; Celui qui s'en rendra le maître , dès ce jour Prendra l'autorité , mais entière, éternelle.

Après un combat long et opiniâtre , dont les témoins sont la commère Maupais et le voisin Simon , et où dame Anieuse est tombée à la renverse dans un baquet plein d'eau ,

Sire Hain, fort content d'être libre à ce prix,

La laisse là nager ou boire ,

S'en va de la culotte amasser les débris,

Et les étale en signe de victoire.

Anieuse promet obéissance, parle avec douceur, etc.

On la retire enfin. Anieuse moins fière ,

De ce combat judiciaire Garda long souvenir avec longue douleur. Elle comprit enfin que si la Providence A la force ici-bas attache le pouvoir, La femme à son époux doit pleine obéissance : Aussi toujours depuis elle en fit son devoir ;

Cette leçon eut pleine réussite.

Mon fahlier ajoute : ô vous , maris souffrans ! •A faire comme lui , sire Hain vous invite ; Mais n'attendez pas si long-temps.

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CHAUSSURE. ( Cordonnier, borne-toi a la )

Ne sutor ultra crepidam.

(Phèdre. )

Un mot de Voltaire a donné une variante à ce proverbe : Faites des perruques , monsieur André.

Cet André, perruquier, avait fait imprimer une tragédie et l'avait dédiée à Voltaire. (Voyez Poudre. // n'a pas inventé la)

Chemin.

Qui trop se haste, en beau chemin sefowvoje. Ce proverbe a fourni au P. Barbe , doctrinaire , le sujet de la fable suivante :

Avant la fin du jour je veux être à Paris, Disait un jeune fat. Ses chevaux hors d'haleine Étaient tout en sueur. Que ^ous avez de peine. Pauvres chevaux , quand vous êtes conduits Par de tels étourdis !

Passe un manant. — Bon homme, écoute. Arriverai-je avant la nuit ? — Sans doute , Si vous faites aller lentement votre char; Sinon , vous coucherez en route. — Ah ! tu fais donc le goguenard !

Cela te convient bien Notre fier personnage

Lui donne de son fouet à travers le visage. —

Apprends à vivre , impertinent Il part.

Mais tandis que le jeune guide Va comme un trait , l'essieu perfide Crie et se rompt. Monsieur tombe dans un fossé. Monsieur n'arriva pas, pour s'être trop pressé.

Les fables de Barbe forment deux volumes m-i8; le premier parut à Paris en 1 762 , sou.s le voile de l'anonyme; le second en 1771, avec le nom de l'auteur.

CHEMINÉE , ( Il faut faire une croix h la) dit-on à l'arrivée d'une personne qu'on est bien aise de voir, et qui n'était point attendue.

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