‹ Dictionnaire des pseudonymes (volume 2)Chapitre 146 sur 232 · MEULAN · texte numérisé non relu

MEULAN

Tout à coup M"* de Meulan et sa fille cessèrent de fréquenter le salon de M. Suard, et M. Guizot apprit bient&t que M^^^ de Meulan était malade, et même assez gravement pour avoir été obligée de cesser d'écrire, abstention forcée qui nuisait singulièrement à ses ressources, déjà bien précaires, et que sa maladie même devait plus facilement épuiser. Tout semblait perdu pour les deux darnes^ et la misère allait sans doute envahir leur foyer malheureux, lorsqu'un matin un paquet est remis à M"^ de Meulan pour sa fille, avec la lettre suivante :

« Mademoiselle,

« Un inconnu a appris votre maladie ; il sait combien de chagrins de toutes sortes elle vous cause ; il sait surtout le tort qu'elle vous fait relativement aux articles que vous ne pouvez plus donner au Publiciste. Cet Inconnu a rtionneur de vous adresser ci-joint un article où il a essayé d'imiter votre style et votre manière, et qui, si vous le jugez convenable, pourrait être publié dans le journal, au jour fixé pour vos envois. Vous recevrez ainsi pendant tout le temps de votre maladie, et à époques régulières, un article tout fait destiné à remplacer celui que votre état de santé vous empêche d'écrire vous-même.

« Signé : l'Inconnu. »

L'article était excellent et si parfaitement pastiché, que les lecteurs du Publiciste s'y laissèrent prendre. Pendant la durée de sa M'^* maladie, de Meulan reçut chaque fois un semblable article, et, grâce à cette collaboration anonyme, elle put se soigner et guérir sans inquiétude. Ces articles, qu'on peut retrouver dans le Pabliciste, à partir de mars 1807, sont signés de l'initiale F.

On le devine sans peine, l'inconnu en question était M. Guizot lui-même. Quand celte douce et galante supercherie fut plus tard découverte, M"« de Meulan consentit, en 1 8 1 2, à devenir M"« Guizot.

Elle avait quatorze ans de plus que son mari ; elle était

Page 1