‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes (volume 2)Chapitre 73 sur 96 · Tahleau* Nombre proportionnel des genres et des espèces · texte numérisé non relu

Tahleau* Nombre proportionnel des genres et des espèces

de divers pays.

, Espèce*. Genres. Moyenne de* espèces psr genre,

France 5g66 83o 7%

Allemagne 4100 608 6'/,

Cap (10.* classe du

Prodr. deThunb.) i3oo *65 5

État* -unis 2891 * 739 4

Laponie.« 1087 32o 3'/,

Isles Britanniques.. UfA5V..t« 458 2

Barbarie 1577 5o4 3'/,

Islande 642 211 3

Jamaïque i335 604 2 'L

Egjpte io3o ..... 420 2%

Cuiane 1209 566 2 %

Tristan da Cunha. . n3 55 2

Sainte -Hélène. .. . 6i* 35 1 %

Canaries 371* 212 1 %

J'ai cherché à prouver jusqu'ici que les habitations considérées dans leur ensemble paroissent déterminées par la température. Sans doute, il faut combiner avec elle les considérations déduites des stations; car il est clair que, plus un pays sera sablonneux , plus on y trouvera de plantes des Sables , etc. Mais, lors même que l'on donne à ces causes toute la latitude qu'on peut leur attribuer , petit-on parvenir à rendre complètement raison des faits les mieux connus? C'est ce dont je doute, et ce qui exige Une nouvelle discussion.

* Le* nombres marqués U'un astérisque sa rapportent aux plante* ▼asculaires seulement.

Il ne sefoit peut-être pas difficile de trouver deux points dans les États-Unis et l'Europe, ou dans l'Amérique et l'Afrique équinoxiale, qui présentent toutes les mêmes circonstances, savoir, une même température, une même hauteur, un même sol, une dose égale d'humidité; cependant, presque tous , peut-être tous les végétaux seroient différens dans ces deux localités semblables : on pourroit bien trouver tme certaine analogie d'aspect et même de structure entre les plantes de ces deux localités supposées; mais ce seroient en général des espèces différentes. Il semble donc que d'autres Circonstances que celles qui déterminent aujourd'hui les stations, ont influé sur les habitations. Avant de discuter cette question , établissons d'abord les faits indépendamment de toute théorie»

Lorsque l'on compare entre elles les diverses parties du monde séparées par de vastes mers , on trouve de grandes différences dans le choix des végétaux ; mais il y en a aussi quelques-uns de communs. S'il s'agit de l'hémisphère boréal , on trouve de ces espèces communes à plusieurs régions, principalement vers le pôle , où tous ces pays se réunissent ou se rapprochent beaucoup. On en retrouve encore çà et là dans le reste des deux continens; mais, si l'on fait abstraction des espèces qui paroissent avoir été transportées par l'homme , leur nombre va toujours en diminuant à mesure qu'on approche des régions australes, où la distance des continens devient plus grande : ainsi, sur 2891 espèces phanérogames décrites par Pursh dans les États-Unis, on en trouve 385 qui se retrouvent dans l'Europe boréale ou tempérée, et sur ce nombre , comme l'observe M. de Humboldt , il en est plusieurs qu'il est difficile de croire transportées par l'homme ; telles sont le satyrium virùle, le betula nanay etc. Au contraire, MM. de Humboldt et Bonpland n'ont trouvé, dans tous leurs voyages dans l'Amérique équinoxiale, qu'environ vingt-quatre espèces (toutes cyporacées ou graminées) qui fussent communes à l'Amérique et à quelque partie de l'ancien monde. Le nombre des acotylédones commun aux deux continens est plus considérable (autant du moins que la difficulté de distinguer les espèces dans cette classe permet de l'affirmer). Mais les proportions paroissent les mêmes, c'est-à-dire qu'il y a plus

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d'espèces communes aux deux continens vers le nord que vers le sud.

Si Ton compare la Nouvelle-Hollande avec l'Europe, on trouve, d'après M. Brown , que sur 4100 espèces connues dans cette terre australe il y en a 166 qui lui sont communes avec l'Europe. Sur ce nombre, i5 sont dicotylédones, 5a monocotylédones, et 119 acotylédones. Parmi les deux premières classes, il en est plusieurs quvon peut soupçonner avoir été transportées par l'homme; mais il en est quelquesunes, telles que les potamogétons, sur lesquelles ce soupçon paroîtroit peu fondé.

Le nombre des espèces communes aux parties de l'ancien continent fort éloignées les unes des autres est peutêtre un peu plus considérable que dans les deux exemples que je viens de citer; mais il est encore très-borné : il faut en effet se défier beaucoup , dans les recherches de ce genre , des Flores un peu anciennes; ce n'est que depuis quelques années que les botanistes ont senti toute l'importance de cette question, et ont apporté, à l'examen de ces plantes dites communes à divers pays une suffisante attention. Les premiers voyageurs croyoient toujours retrouver dans les pays lointains les plantes de leur patrie, et se plaisoient à leur en donner les noms. Dès qu'ils en ont rapporté des échantillons en Europe , l'illusion s'est dissipée pour le plus grand nombre : lorsque la vue des échantillons secs a laissé encore des doutes, la culture dans les jardins a contribué à les lever , et il reste aujourd'hui (sauf les plantes transportées par l'influence de l'homme ) un bien petit nombre d'espèces phanérogames communes à des continens divers. Ainsi, la Nouvelle-Hollande a >%9 , l'Amérique équinoxiale £fo de ses espèces communes avec l'Europe, et moins encore avec le reste du monde.

Avant d'à ttacher quelque degré d'importance à ce petit nombre d'espèces communes à des régions fort éloignées, il convient d'examiner quels sont les divers moyens par lesquels les graines peuvent se transporter d'un pays dans un autre.

S'il s'agit d'un transport de proche en proche , il suffit que les circonstances nécessaires à la vie de l'espèce ne soient pas interrompues, ou, en d'autres termes, qu'il ne ae rencontre pas sur la route des espaces dans lesquels la

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végétation de telle ou telle espèce devient impossible. Ces barrières naturelles au transport des plantes sont de divers genres.

i ,° I^es mers sont des obstacles à la propagation des plantes d'autant plus puissans qu'elles sont plus étendues. Ainsi les plantes des iles participent à la végétation des continens dont elles sont voisines , à peu près en proportion inverse de leur distance : par exemple , en faisant exception des végétaux évidemment naturalisés , on trouve que, sur 1 485 végétaux vasculaires qui croissent dans les îles britanniques, il n'y en a que 43 ou % qui n'aient pas encore été retrouvées en France ; sur 533 espèces, les îles Canaries en offrent 3io, soit environ "5^, qui n'ont pas été retrouvées sur le continent d'Afrique , et la Flore de Sainte-Hélène présente à peine deux ou trois espèces qui aient été retrouvées dans l'un des deux continens voisins. Les mers arrêtent le transport des plantes par leur étendue et par l'influence délétère de l'eau salée sur les graines soumises à son action. Ainsi les graines du lodoicea des îles ^échelles, transportées par les courans aux Maldives, comme l'a vu M. Labillardière , ou celles du mimosa scandens et du dolichos vrens, transportées des Antilles aux Hébrides, comme je l'ai appris de M. Louis Necker, arrivent dans ces pays lointains privées de la faculté de germer. Mais, quand nous avons des exemples prouvés de graines transportées régulièrement à de telles distances, quand nous avons de fortes probabilités pour croire que l'action délétère de l'eau salée n'agit pas au même degré sur toutes les graines, quand nous voyons les iles offrir si souvent des végétaux semblables à ceux des côtes voisines, pouvons-nous douter qu'un certain nombre d'espèces ne puissent avoir été et être ainsi transportées par la mer d'une région à l'autre , et prospérer , lorsque les plantes y rencontrent un climat conforme à leurs besoins ? Ce transport, qui est très-difficile quand les mers sont trèsvastes, devient plus facile lorsqu'il se trouve entre deux continens quelques séries d'îles qui servent aux graines comme de points d'étapes : c'est ainsi que les îles Aieutienmes établissent une communication entre le nord de l'Asie et de l'Amérique -, aussi presque toutes les plantes recueillies jus-

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ques à présent dans ces îles sont du nombre des espèces communes à l'ancien et au nouveau continent.

Il est des mers qui semblent avoir moins que les autres arrêté le passage des végétaux; telle est, par exemple, la mer Méditerranée, qui présente sur ses deux bords une végétation presque semblable : sur 1577 espèces observées par M. Des! on raines en Barbarie , il y en a seulement 3oo environ, soit à peine ^ , qui n'aient pas été retrouvées en Europe. Ce phénomène peut tenir ou à la multitude des îles qui sont dispersées dans cette mer, ou à ce qu'elle est depuis plus long-temps que toute autre parcourue par les navigateurs , ou peut-être à ce qu'elle a dû son origine à quelque irruption de l'océan postérieure à l'origine de la végétation.

2.0 La seconde sorte de limites naturelles pour le transport des végétaux est déterminée par les déserts assez vastes et assez continus pour que les graines ne puissent être qu'avec peine transportées d'un côté à l'autre : c'est ainsi que les sables arides et brûlans du Sahara offrent une barrière presque impossible à franchir, et établissent une grande différence entre les végétaux des deux parties de l'Afrique séparées par le désert. Hors les plantes transportées évidemment par l'homme , on peut à peine trouver dans la Flore atlantique quelques espèces qui aient été observées au Sénégal. Les steppes salés de l'Asie occidentale produisent un effet analogue , mais d'une manière moins prononcée , parce qu'ils sont plus interrompus, et moins générale, parce qu'il est un certain nombre d'espèces végétales qui peuvent encore vivre dans cette eau saumàtre.

Une troisième sorte de limites est déterminée par les grandes chaînes de montagnes : celles-ci peuvent influer, ou parce qu'étant couvertes de neiges éternelles elles offrent un obstacle à la propagation des graines, ou parce que la différence brusque de température déterminée par leur élévation empêche certaines espèces de se propager d'un côté à l'autre. Mais il faut remarquer que ce genre de limites est très-imparfait , comparé aux deux précédens. Les chaînes de montagnes sont toujours coupées par des tissures plus ou moins profondes, qui permettent aux plantes de s'étendre d'un côté à l'autre : ainsi on remarque très-bien en France

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que quelques plantes du Midi s'échappent au travers des gorges des Alpes ou des Cevennes, et se trouvent sur le revers septentrional de ces deux chaînes , principalement dans les lieux où elles sont plus basses ou plus interrompues.

Enfin, tout obstacle continu à la végétation d'une espèce quelconque l'empêche de s'étendre dans une certaine direction : un grand marais est une limite pour les plantes qui craignent l'eau ; une grande forêt, pour celles qui craignent l'ombre ; un changement de latitude ou d'élévation , pour celles qui craignent le froid.

Les plantes sont, à des degrés inégaux, douées de la faculté de franchir ces limites, et il importe beaucoup , pour la question qui nous occupe, de prendre une idée générale de ces moyens de transport, soit naturels, soit factices.

i.° Les monvemens des eaux transportent fréquemment les graines des plantes riveraines ; j'en ai déjà dit quelques mots en parlant de celles que les courans de la mer charient avec eux : mais les rivières produisent cet effet d'une manière plus sûre, parce que l'eau douce nuit moins que l'eau salée à la faculté germinative ; ainsi on voit souvent des plantes alpines se développer le long du cours des rivières qui descendent des Alpes.

Mais , en donnant à ce transport des graines par les eaux toute l'importance possible , on ne peut guères expliquer comment les graines des plantes aquatiques peuvent s'être transportées d'un bassin dans un autre. Comment , par exemple, l'aldrovanda peut- il se trouver dans le bassin du Pô et dans celui du Rhône ? Si ces faits étoient rares, on pourroit admettre quelques causes accidentelles ; mais les plantes aquatiques, qui, moins que toutes les autres, peuvent être transportées par le vent, l'homme ou les animaux, sont la plupart dispersées dans diverses régions. Ce fait ne seroit-il point une conséquence et une preuve nouvelle des inondations ou déluges qui , en recouvrant d'eau une partie quelconque des terres, ont pu jadis transporter et déposer çà et là les graines des plantes aquatiques ? 11 est difficile de comprendre autrement l'existence des poissons et autres animaux d'eau douce dans des lacs privés de toute communication entre eux ; et la même explication, en s'appliquant

aux deux règnes organisés, devient plus probable pour l'un et pour l'autre, et moins gigantesque relativement au fait spécial auquel je l'avois d'abord, appliquée.

Ainsi les eaux, soit dans leur état actuel, soit dans des états anciens dont d'autres pbénomènes attestent la réalité , contribuent à expliquer la dispersion de certaines espèces de ^plan tes.

2.0 L'atmosphère peut aussi contribuer au même phénomène : nous en avons la preuve directe dans certaines trombes, qui transportent quelquefois à de grandes distances des graines de végétaux divers ; nous voyons tous les jours les vents transporter çà et là les graines qui, parleur petitesse, ou par les ailes et les aigrettes dont elles sont munies, se prêtent facilement à leur action. Mais, outre les faits de ce genre , tellement triviaux que personne ne songe à ies contester , il en est d'autres qui doivent peut-être se rapporter à la même cause. Les graines ou gemMs des cryptogames soni d'une dimension si petite et d'un poids si léger, que nous les voyons emportés dans l'air, comme ces molécules de poussière impalpable qui flottent sans cesse 4ans l'atmosphère. On peut concevoir que ces graines sont ainsi transportées à d'immenses distances , sans que cette bypothèse contrarie les lois de la physique ni même celle des simples probabilités. Ainsi les vents qui soufflent long- temps dans de certaines directions , devront transporter avec eux certaines espèces de cryptogames ; j'oserois presque en citer un exemple : la côte de Bretagne est habituellement battue par les vents de sud-ouest , et j'ai trouvé sur les arbres de la promenade de Quimper-Corentin deux lichens (le sticta crocaLa et le phjscia Jlavicam) qui n'avoient encore été trouvés qu'à la Jamaïque et qu'on ne retrouve point dans le reste de la France. *

3.° Les animaux concourent encore au transport des graines d'une région dans l'autre, ùes semences qui , comme le xan^ Ihium spmosum ou le galium aptrine , sont munies de crochets ou de piquans, s'attachent aux jpoils des animaux, et sont ainsi chariées hors de leur terre natale ; celles qui se trouvent entourées par des péricarpes charnus , dont certains oiseaux font leur nourriture , résistent souvent à l'effet de la

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digestion , et sont semées çà et là avec les excrémens de ces oiseaux : la manière dont les grives sèment le gui, peut donner un exemple de ce fait. Les migrations des oiseaux, à des distances considérables, et même au travers des mers, peuvent, dans quelques cas, transporter des graines au loin.

4.0 Enfin, l'homme joue un rôle si important et si actif sur le globe, qu'il en modifie continuellement la surface, et que son action , soit volontaire, soit involontaire, se fait sentir sur la plupart des corps de la nature. Il s'est répandu dans le monde entier, et a transporté partout avec lui les végétaux qu'il cultive pour ses besoins. Lorsque l'introduction de ces cultuies est récente , on n'a point de doute sur leur ori^iije; mais, lorsqu'elle est ancienne, on ignore la vraie patrie de ces plantes nourricières. Ainsi personne ne conteste l'origine américaine du maïs ou de la pomme de terre, non plus que l'origine dans l'ancien monde du café ou du froment. Mais il est certains objets cultivés de très-ancienne date entre les tropiques, tels, par exemple, que le bananier, dont l'origine n'est pas avérée : tantôt l'un des continens l'a fonrni à l'autre ; tantôt tous les deux possédoient des espèces analogues, qui se confondent aujourd'hui sous le nom de Variétés. On peut voir, dans le beau Mémoire de M; Brown sur les plantes du Congo, par quel genre de raisonnemens et d'analogies on peut démêler la vérité relativement à ces anciennes naturalisations.

Parmi celles qui sont plus récentes, il en est encore de 'difficiles à constater : c'est ainsi que les Nègres arrachés de l'Afrique par l'avide activité des Européens et transportés dans les colonies américaines, y ont porté avec eux quelquesuns des arbres fruitiers et des végétaux utiles de leur patrie ; c'est ainsi que nous avons vu de nos jours des armées porter *çà et là des graines et des procédés de culture d'une extrémité de l'Europe à l'autre, et nous montrer ainsi comment dans des temps plus anciejfs les conquêtes d'Alexandre, les expéditions lointaines des Romains et ensuite les croisades ont pu transporter plusieurs végétaux d'une partie du monde à l'autre.

Mais, outre les plantes qu'il cultive, l'homme en charie sans cesse avec lui, qu'il répand sans s'en douter et quelque-

fois contre son gré dans le monde entier : ainsi toutes les mauvaises herbes qui croissent au milieu de nos céréales et que peut-être nous avons reçues d'Asie avec elles , nous les avons nous-mêmes introduites dans toutes les parties du globe ; ainsi, avec les blés de Barbarie, les habitans du midi de l'Europe sèment depuis plusieurs siècles les plantes d'Alger et de Tunis; ainsi, avec les laines et les cotons de l'Orient ou de la Barbarie , on apporte fréquemment en France des graines de plantes exotiques, dont quelques-unes se naturalisent. J'en citerai un exemple frappant; Il est à la porte de Montpellier une prairie consacrée à faire sécher les laines étrangères après qu'elles ont été lavées: il ne se passe presque point d'année qu'on ne trouve dans ce pré aux laines des plantes étrangères naturalisées; j'y ai cueilli la psoralea palœstina , Vhjpericum crispum, le centaurea parvijlora, etc. On voit de même, dans quelques villes maritimes, les plantes étrangères naturalisées par les lests des batimens : Bonainy en cite plusieurs semées de cette manière dans les environs de Nantes; le datura stramonium , le senebiera pinnatijida , etc., pourroient bien avoir été introduits en Europe de cette manière. Enfin, les jardins de botanique, où l'on réunit tant de végétaux divers, deviennent autant de centres de naturalisation: ainsi Verigeron canadense , le phytolacca decandra, etc., qui paroissent en être sortis , sont aujourd'hui plus communs en Europe que bien des plantes indigènes; ainsi nous avons vu dernièrement, aux portes de Genève, le veronica Jiliformis se naturaliser autour d'un jardin particulier de botanique.

Dans nos pays anciennement civilisés, médiocrement favorables à la végétation et sans cesse débarrassés des plantes inutiles par l'agriculture, ces sortes de naturalisation de hasard ne se font qu'avec lenteur, et un grand nombre de plantes ainsi propagées périssent sans postérité; mais dans les pays chauds et mal cultivés ces, naturalisations deviennent très-faciles. Ainsi M. Burchell a vu le chenopodium ambrosioides, qu'il avoit lui-même semé dans un point de l'île Sainte- Hélène, se multiplier en' quatre ans au point d'y être une des mauvaises herbes les plus commun*.- On trouve une preuve expérimentale de ces naturalisations que l'homme fait à son insçu ', dans la comparaison même des plantes qui

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se retrouvent à de grandes distances : ainsi , dans la Nouvelle- Hollande , dans l'Amérique, au cap de Bonne -Espérance, on trouve plus d'espèces originaires d'Europe que d'aucune autre partie du monde; d'où Ton voit que l'influence de l'homme l'emporte dans ce cas sur celle des causes purement physiques. Les pays dans lesquels on aborde pour la première fois, ne présentent en général que les espèces véritablement indigènes, et, à mesure que les relations de commerce se multiplient, on voit s'accroître le nombre des plantes européennes ou communes à divers continens. Hâtons - nous donc, pendant qu'il en est temps encore, de faire les Flores exactes des pays lointains ; recommandons surtout aux voyageurs celles des îles peu fréquentées parles Européens: c'est dans leur étude que doit §e trouver la solution d'une foule de questions de géographie végétale.

Si l'on réfléchit maintenant à l'action perpétuelle des quatre causes de transport de graines que je viens d'indiquer, les eaux, les vents, les animaux et l'homme, on trouvera, je pense, qu'elles sont bien suffisantes pour expliquer ce petit nombre de végétaux qu'on retrouve semblables dans des continens divers. La première s'applique particulièrement aux plantes aquatiques, la seconde aux cryptogames, . les deux dernières aux phanérogames ordinaires. Leur action , lente, simultanée, continue et inaperçue, tend sans cesse à transporter les plantes en tous sens, et celles-ci se naturalisent là où elles rencontrent des circonstances favorables à leur existence. ,

De l'ensemble de ces faits on peut donc déduire qu'il existe des régions botaniques : je désigne sous ce nom des espaces quelconques qui , si l'on fait exception des espèces introduites, offrent un certain nombre de plantes qui leur sont particulières et qu'on pourroit nommer véritablement aborigènes. Les plantes d'une région s'y distribuent, d'après leur nature, dans les localités qui leur conviennent, *t elles tendent avec plus ou moins d'énergie à dépasser leurs limites et à se répandre dans le monde entier; mais elles sont la plupart arrêtées , eu par des mers , ou par des déserts, ou par des changemens de température, ou seulement parce qu'elles

viennent à rencontrer des espaces déjà occupés par les

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plantes d'une autre région. Il y a donc des régions parfaitement circonscrites et déterminées; il" en est d'autres qu'on ne peut apprécier que par un certain ensemble ou une certaine masse dt végétaux communs.

Nous sommes encore loin de pouvoir appliquer ces principes avec quelque exactitude ; mais on peut cependant déjà entrevoir quelques-unes de ces régions de manière à éveiller sur ces recherches l'attention des voyageurs. Voici à peu prés celles qui se présentent à moi dans l'état actuel de nos connoissances.

i.° La région hyperboréenne , qui comprend les extrémités boréales de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, et qui se confond trop avec la suivante.

2.0 La région européenne, qui comprend toute l'Europe moyenne, sauf les parties voisines du pôle, et celles qui entourent la Méditerranée: elle s'étend à Test jusqu'à peu près aux monts Altaï.

3.° La région sibérienne, où je comprends les grands plateaux de la Sibérie et de la Tartarie.

4** La région méditerranéenne, qui comprend tout le bassin géographique de la Méditerranée; savoir : la partie d'Afrique en-deçà du Sahara , et la partie d'Europe qui est abritée du nord par une chaîne plus ou moins continue de montagnes.

5. ° La région orientale, ainsi désignée relativement à l'Europe australe , et qui comprend les pays voisins de la mer Noire et de la mer Caspienne.

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