‹ Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite mhodiquement des diffens res de la nature, consid soit en eux-mes, d'apr l'at actuel de nos connoissances, soit relativement l'utilitqu'en peuvent retirer la mecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus cres naturalistes (volume 2)Chapitre 115 sur 160 · BAËL 455 PREMIÈRE FAMILLE · texte numérisé non relu

BAËL 455 PREMIÈRE FAMILLE

Les Baleines proprement dites, Balænæ.

Caract. gén. Point de nageoïre dorsale.

PREMIÈRE TRIBU. Baleines sans bosse sur Le dos.

? La BALEINE FRANCHE, Balæna mysticelus ; Linn. ? édit. de Gmelin.

Baleine £ranche, Bonn. Encycl. méth. Balæna naribus flexuosis, Arted. gen. 76. Balæna major, Sibb. Baleine vulgaire, Rond. Hist. des poiss. 1.° part. liv. 16. Balæna vulgo dicta, Gésn. p. 114. Balæna vulgi, Aldrov. Ceta. chap. 3, pag. 688. Balæna vulgaris, Charlet. pag. 167. Balæna Rond. , Willugh. pag. 35. Balæna (vulgaris, groenlandica ) bipinnis , etc., Briss. Regn. anim. pag. 347, n. 1. Balæna vera Zorydrageri, Klein. Miss. pisc. 11, p. 11. Der rechte groenlandische W. allfisch , Anders. Isl. p. 212. Baleine franche, Bomar. Dict. d’hist. nat. Wallfisch, en allemand; Whallvisch,-en hollandois; Slichteback, en danoïs; Hvalfisch , en suédois: Æ vafisch , en norwégien ; Vatushals , en islandois; Ærbek, en groenlandois; Whale, en anglois ;. Vellena, en espagnol ; Tkakæ, en langue bottentote ; Serbio, au Japon. î 5

Caract. partic. Corps gros et court; queue courte ; point de nageoire dorsale. Lacép. Tabl. des cétac.

La baleine franche, avons-nous dit plus haut, est le plus grand des animaux connus, en faveur duquel la nature semble avoir épuisé les forces de sa puissance merveilleuse : au moment où elle le créa, elle lui a donné l’océan pour do- . maine. ses

Là ce colosse vivant, ce géant des géants, ce monument de la nature antique, qui rappelle à notre souvenir les anciennes époques des diverses métamorphoses de la terre, a long-temps exercé sur son vaste empire une domination non combattue. Sans rival redoutable , sans besoins difficiles à satisfaire, sans appétits cruels, il régnoit paisiblement sur la surface des mers, où il trouvoit, sans peine, près de leurs rivages escarpés, un abri sûr unie les fureurs de la tempête.

Mais le pouvoir de homme a tout changé dans son sort; s’il ne l’a pas attaqué pour l’éloigner de sa demeure , comme une bête féroce et dangereuse, il l’a combattu au moins pour le conquérir ; et l’art admirable de la navigation est devenu pour la baleine le fléau le plus cruel et le plus dévastateur, qui a rétréci son domaine et altéré sa destinée. HS * 4

L'homme, en construisant des montagnes flottantes, quil a su animer, pour ainsi dire, de son génie, est parvenu à lui opposer un volume et une force égaux aux siens ; il lui a déclaré une véritable guerre navale, et, en la poursuivant avec ses flottes, il l’a contrainte à fuir jusques vers les extrémités du monde, au milieu de ces glaces polaires, de ces montagnes congelées et flottantes qu'il a teintes du sang de ces malbeureuses victimes de son ambition : des cris de terreur et de carnage ont retenti jusques dans ces solitudes profondes ; dans ces asiles redoutables du silence et de la nuit.

Les individus de cette espèce, que l’on rencontre à une assez grande distance du pôle arctique, ont, comme nous l'avons déjà dit plus haut, depuis vingt jusqu'a quarante méêtres (de 60 à 120 pieds) de longueur, Fr du’ bout du museau à l'extrémité de la queue.

. Lorsqu'on les considère de loin, ils ne D être qu'une masse informe; mais quand on les voit de prés > ils semblent se changer en un tout mieux organisé, qui présente une espèce de cylindre immense et irrégulier, dont le diamètre égale à peu près le tiers de la iongueur totale.

La tête, dont le volume équivaut au quart et quelquefois au tiers de la masse totale, forme la partie antérieure de cet énorme cylindre; sa forme, convexe en dessus, a queique rapport avec une pos d’une large sphère. Sur le milieu et un peu en arriere de cette voûte immense , il

s'élève une bosse sur laquelle les orifices des deux évents sont placés. |

La vaste ouverture de la bouche de cet animal gigantesque se prolonge jusqu'au-dessous des orifices des évents ; elle s'étend jusques vers la base de la nageoire pectorale et non loin de l'épaule : sa forme, vue de côté; ne res-

semble pas trop mal à la lettre G@, ainsi placée horizontalement.

Les deux mächoires de la baleine franche sont à peu prés aussi avancées l’une que l’autre ; celle de dessous est tréslarge, surtout vers lemilieu de sa longueur.

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ci-devant dans les généralités et qui s'applique plus particulièrement a la baleine franche, au sujet de l’intérieur de sa gueule, de sa langue, de ses fanons et de la place qu’occupe son œil dans son énorme tête; nous observerons seulement, à l’occasion de ce dernier organe, qu'étant pourvu de paupiéres qu’une trop Fu quantité de graisse rend presque immobiles, et que, fn’ayant pas, comme la plupart des quadrupédes, FE Hoisiune paupière qui leur est si utile pour briser les rayons trop actifs de la lumière et qui est si fort développée dans les oiseaux, ce cétacé semble privé de tous les moyens de garantir sa vue des impressions douloureuses que doit produire sur son œil la lumiere trés-vive que répandent autour de lui, surtout pendant l'été, la surface des mers, ou les montagnes de glaces dont il est environné pendant plusieurs mois de suite, ainsi que les rivages couverts d’une neige brillante et gelée, qui réfléchissent sans cesse les raÿons incommodes du soleil.

Cependant il est aisé de concevoir que la lame d’eau qui recouvre l’œil de cet animal, produit l'effet d’un voile, qu’il intercepte une trop grande quantité de rayons de lumiére , et que la baleine peut l'épaissir facilement et avec promptitude, en s Le davantage au-dessous de la surface de la mer. j

La baleine peut appliquer ses deux Peu ou ses DageviTes pectorales à des objets étrangers : elle peut placer ces mêmes objets entre son ccrps et l’un de ses bras, et c’est ce qui lui arrive assez souvent lorsque son baleireau trop jeune ne nage encore qu'avec peine ; alors, pour le soulager dans sa fatigue, elle le prend entre sa nageoire pectorale et son corps, l’embrasse avec tendresse , le serre avec précaution, et l’emporte avec elle. Cependant ce bras ne se plie pas comme celui de l’homme, et ne se divise pas en doigts flexibles capables de saisir tous les Corps.

La queue de la baie franche a la figure d'un cône, dont la base s ‘applique au corps proprement dit: les muscles qui la font mouvoir sont si vigoureux, leur irritabilité est si vive, que si en dépeçant cet animal on enlève. de sa nageoire caudale, ou bien des pectorales, de grandes portions de muscles, elles bondissent long-temps après qu'elles ont été détachées de son corps. Une saillie longitudinale s'étend, dans la partie pa de cette queue, depuis le milieu de sa longueur jusqu’a son extrémité, qui est terminée par cette grande nageoiïre dont nous avons signalé la forme et la position horizontale dans les généralités ci-dessus.

C’est dans cette même queue que réside la véritable puissance de la baleine franche : c’est le grand ressort de sa vitesse, le YisPUEERE levier avec lequel elle ébranle, fracasse et anéantit ; c’est au moyen de cette énorme massue qu’elle repousse ses ennemis et leur donne la mort; c’est avec cette queue , enfin, que la nature a douée d’une mobilité, d’une souplesse et d’une vigueur extrêmes, que cet énorme cétacé a tant de fois brisé, renversé et submergé de grandes embarcations.

Si l’on réfléchit qu’une baleine franche peut peser plus de cent cinquante mille kilogrammes ( 300000 fb), et que : sa masse par conséquent est égale à celle de cent rhino- céros, de cent hippopotames, ou de ‘cent éléphans, on doit convenir que le choc de cette terrible batterie, qui a la rapidité de l'éclair, doit frapper de violens coups de foudre ; et on ne peut plus être étonné si, lorsqu'une baleine fait vibrer sa queue, elle soulève les D qui l’assiégent , les culbute, les coule à fond, et disperse en un instant

cette foible barrière qui cudeoit s'opposer à âce qu’elle cinglàt en vainqueur souverain sur le vaste Océan. Mais si la baleine franche n’a pas besoin, pour ainsi dire, d'employer sa puissance pour repousser des ennemis dangereux, tels que l’homme, elle n’est pas moins obligée d’avoir recours à des manœuvres particulieres pour se délivrer d'attaques importunes, pour se débarrasser d’un concôurs fatigant, et pour faire cesser des douleurs trop prolongées, qu'un insecte de la famille des crustacés, et qui est connu sous le nom de pou de baleine, lui fait éprouver.

Cet animal parasite s'attache si fort à la- peau: de h baleine, qu’on la déchireroit plutôt que de l’en arracher. C’est particulièrement à la commissure de ses nageoires, à ses lèvres, aux parties de la génération, qu'’ilse cramponse, et aux endroits les plus sensibles, où ce cétacé ne peut pas, en se frottant, se délivrer d’un ennemi dont les morsures sont trés-vives et très-douloureuses.

D'autres insectes pullulent aussi sur son Corps, et ils se multiplient quelquefois sur sa langue au point de la ronger, dit-on, de la dévorer presque en entier, et de donner par là la mort à la baleine. |

Ces insectes et ces crustacés attirent fréquemment sur ke large dos de la baleine franche un grand nombre d’oi- Seaux de mer, qui aiment à se nourrir de cette espèce de vermine importune , la cherchent sans crainte, et débarrassent ainsi cet habitant des ondes de ses hôtes importuns. ALES

Mais quel est le temps nécessaire au développement de la baleine? on l’ignore, et tout ce que l’on sait, c’est qu’il s’opére avec une grande lenteur. Il y a plusieurs siècles que l’homme donne la chasse à ces animaux ,.et néanmoins,

depuis que l’espèce humaine a souillé les ondes pour la pre-

“miére fois par le carnage de ce cétacé, aucun individu de

ce genre ne paroîft encore avoir eu le temps nécessaire pour atteindre le volume qu’ont présenté les premières baleines capturées par les pêcheurs dans les mers polaires. La vie de la baleine peut donc être de bien des siècles ; et lorsque Buffon a dit qu’une baleine pouvoit vivre mille ans, puisqu'une carpe en vit plus de deux cents, ce naturaliste pros fond n’a rien exagéré.

Quels sont les lieux qu’elle habite ? nous les indiquetons dans un paragraplie particulier : qu’il nous suffise de dire ici que la baleine franche s’est montrée dans tous les climats, dans toutes les zônes et dans toutes les parties de l'Océan. Maïs l'homme avide de sa «dépouitle, en la poursuivant dans ses retraites successives, dans ses asiles les plus reculés, fait présumer que bientôt on ne verra plus que quelques restes de cette espèce gigantesque, qui ne sub-

sistera plus que dans le souvenir des hommes ou dans les

438 | BAË

tableaux que leu + nie aura enfantés. Tout diminue et dépérit donc sur le giobe, et la nature n’est immortelle que dans son ensembie. |

2° La BAzEINE NORD-caper, Palæna myslicelus, Linn., var. B. édit. de Gmelin.

Balæna nordcaper, VLacép. Hist. nat. des cétac. p. 103. Balæna islandica , rs ex nigro candicans, dorso lœvi, Briss. Regn. “anim. p. 360, n.° 2. Balæna glacialis, Klein. Miss. pisc. 2, p. 12. ÎNordcaper, Anders. Island. p. 219. Baleine nordcaper, : Bonnat. Descr. d’Island. p.. 309. ÂWord-caper , Castel. édit. de Bloch, et Bomar. Dict. d’hist. nat. Vordkaper, en allemand ; Nordkapper, en groenlandoïs ; Sildqual et Lilie-hual, en nor--

wégien. ui

Caract. partic. Mâchoire inférieure trés-arrondie, trés-haute et trés-large ; le corps et la queue allongés. Point de nageoire dorsale. Lacép. Tabl. des cétac.

Le corps de cette espèce de baleine est plus allongé que celui de la précédente. La forme de sa tête, soit qu’on la considére en dessus , soit qu'on l’examine en dessous, paroît être un ovale. ‘tronqué par detriéré ; et cette forme lui est particulièrement imprimée par sa mâchoire inférieure, qui est très-arrondie, trés-haute et plus large de beaucoup que la supérieure : néanmoins l’ensemble de la tête de cet animal est, proportionrellement à sa longueur totale, plus petit que dans la baleine franche. Le bout de son museau paroît d’ailleurs un peu échancré, et ses fanons sont beaucoup moins longs que ceux de la baleine franche ; ses deux évents , un peu séparés l’un de l’autre, ont la forme de deux petits croissans dont les concavités se regardent. | + La face intérieure de chaque fanon est garnie de crins

noirs, qui TÉL la langue des blessures que les tranchans de ces mêmes fanons pourroient lui faire : la face extérieure de ces lames est absolument dénuée de crins ; elle est unie et même douce au toucher.

: L’œil, qui est trés-petit, a son plus grand diamètre 3.1 obliquement. |

Ses deux nageoires pectorales, situées au-delà du premier tiers de la longueur totale de ce cétacé ; excèdent le cinquiéme de cette même longueur, |

Sa queue, qui est très-mince et trés -déliée, se termine par une nageoire échancrée et festonnée, dont les lobes, mesurés du bout de l’un à l'extrémité de l’autre, ont environ les trois septièmes de la longueur totale de cette espéce de baleine. |

‘Le balenas de ce cétacé est contenu dans une fente longitudinale placée sous le ventre du mâle ; cette fente, qui est à peu prés le sixième de la longueur totale de Fanimal, s'ouvre pour donner passage à cet organe. C'est audelà de cette fente qu’est placé l’anus, qui consiste dans une petite ouverture de forme ronde.

La couleur générale du nord-caper est un gris plus ou moins clair , a l’exception du dessous de la tête, qui est d’un blanc très-éclatant; dans le milieu et au pourtour de cette couleur on voit plusieurs taches irrégulières et confuses, grises ou noirûtres.

Lorsque ce cétacé nage à la surface de l'eau, toutes les parties de son corps sont plongées dans cet élément liquide, excepté le sommet de son dos et les orifices de ses évents.

L’agilité et le caractere farouche du nord-caper en ren-

dent l'approche très-difficile, et on ne peut le capturer sans beaucoup de précautions et sans courir de grands dangers.

Deuxième TRIBU. Baleines à une ou plusieurs bosses sur le dos.

Page 1