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lui . Doctrine médicale de l'école de Montpellier, et comparaison de ces principes avec ceux des autres écoles de V Europe.
BÉRENGER, né à Tours, au commencement du xie siècle, de parents riches et distingués, étudia les arts libéraux et la théologie sous Fulbert de Chartres, un des maîtres les plus fameux de ce temps. Revenu dans sa patrie en 1030, il fut choisi pour écolàtre, magisler scholarum, du monastère de Saint-Martin, et remplit ces Jonctions jusqu'en 1039, où il devint archidiacre d'Angers. Un point qui touche au fond même du christianisme, celui de savoir quel est le sens du sacrement eucharistique, soulevait alors de vifs débats. Déterminé, dit-on, par une rivalité d'école, Bérenger soutint contre Lanfranc de Pavie, supérieur de l'abbaye du Bec et son émule; que ;Jeucharistie n'était qu'un pur symbole, opinion déjà émise par Scot Érigène. Divers conciles tenus en 1050, à Rome, à Verceil, à Brienne, en Normandie, et à Paris, condamnèrent la doctrine de Bérenger, et celui de Paris le priva même de ses bénéfices. Bérenger; qui s'était vigoureusement défendu, pensa qu'il devait céder à l'orage et abjurer. Mais a peine se fut-il rétracté^ en 1035, devant le concile de Tours, qu'il revint a son premier sentiment, et désormais sa vie offrit, pour tout spectacle, de continuelles variations. Une seconde abjuration devant le concile de Rome, en 1039, fut aussitôt suivie d'une nouvelle rechute. En 1078, il abjura une troisième fois aux pieds du pape Grégoire VII, et deux années plus tard l'incertitude de son orthodoxie obligea encore de le citer devant le concile de Bordeaux, où il confirma ses précédentes rétractations. Quelques auteurs pensent que sa conversion fut sincère et définitive; d'autres le contestent, entre autres Oudin, Cave, et la plupart des écrivains protestants. Il mourut en 1088. Un chroniqueur cité par Launoy {de Scholis celebrioribus liber) loue les connaissances de Bérenger en grammaire, en philosophie et en nécromancie. Hildebertde Lavardin, son disciple, dans une épitaphe qu'il lui a consacrée, dit que son génie a embrassé tous les objets décrits par la science, chantés par la poésie, quidquid philosophi,quid<juid cecinere poetœ. Sigebert de Gembloux parle de son talent pour la dialectique et les arts libéraux (de Script. Eccles., c. m); tous les historiens le représentent comme versé profondément dans les sciences humaines. Ceux de ses ouvrages qui nous sont parvenus portent, en effet; l'empreinte d'une érudition assez variée, et qui, au xie siècle, était peu commune. Lanfranc, son adversaire, lui reprochait ses réminiscences profanes, et ce n'était pas sans motifs ; car, dans un de ses opuscules, il cite cinq fois Horace. Cette préoccupation de l'antiquité classique s'allie, chez Bérenger, comme chez tant d'autres, à un esprit d'indépendance, attesté d'ailleurs par l'histoire entière de sa vie. Il ne récusait pas l'autorité ; mais il a écrit ces mots que beaucoup de philosophes d'une époque plus éclairée n'auraient pas désavoués (de Sacra cœna, p. 100) : « Sans doute, il faut se servir des autorités sacrées quand il y a lieu, quoiqu'on ne puisse nier, sans absurdité, ce fait évident, qu'il est infiniment supérieur de se servir de la raison pour découvrir la vérité. » Ailleurs, dans son élan pour la dialectique, il s'écrie que Dieu lui-même a été dialecticien, et à l'appui de cette étrange assertion il cite quelques raisonnements tirés de l'Évangile. On ne saurait donner au droit de discussion, comme le dit ingénieusement M. J.-J. Ampère, une plus luute garantie. Telle est donc la physionomie générale sous laquelle Bérenger se présente : il a continué Scot Érigène et préparé Abailard. Inférieur à tous deux, par le génie et par l'influence, il
s'est trompé comme l'un et l'autre en appliquant la dialectique aux objets de la foi; mais de son entreprise échouée il est resté un ébranlement profitable sous quelques rapports à l'esprit humain, qui, au commencement du xie siècle, se mourait de langueur et d'immobilité. — Quelques opuscules de Bérenger sont épars dans les œuvres de Lanfranc (in-f°, Paris, 1648), et diverses collections bénédictines. En 17 70, Lessing, ayant retrouvé dans la Bibliothèque de Brunswick un manuscrit de son livre de Sacra cœna, en publia quelques fragments sous le titre de Berengarius Turonensis, in-4. Depuis, l'ouvrage complet a été imprimé par les soins de M. Fred. Vischer, in-8, Berlin, 1834. On peut consulter, en outre : Oudin, Dissert, de vila, scriplis et doctrina Berengarii, ap. Comment, de Script. Eccles., t. II, p. 622; — Histoire littéraire de France, t. VIII; — M. Ampère, Histoire littéraire de France avant le xne siècle. C. J
BÉRENGER (Pierre), natif de Poitiers et disciple d'Abailard, écrivit après le concile de Sens une Apologétique où il essayait de justifier son maître. Le fond de cette défense, qui est semée de beaucoup de réminiscences profanes, est moitié plaisant, moitié sérieux, et la forme en est généralement très-acerbe. Les Pères du concile y sont représentés sous les figures les plus grotesques, préparant, au milieu des désordres d'une orgie, une sentence de condamnation, arrachée parla crainte et la vengeance. Mais c'est surtout à saint Bernard que l'impitoyable champion d'Abailard prodigue le sarcasme et l'outrage. Il conteste son éloquence; il nie jusqu'à son orthodoxie; il lui reproche de se payer de jeux de mots et d'abuser les esprits par des frivolités puériles ou par des erreurs que l'Église réprouve. Ce pamphlet est une œuvre de la jeunesse de l'auteur, qui n'en publia que la première partie. Plus tard, tout en refusant de le désavouer, Bérenger se défendit, dans une lettre à l'évêque de Mende, d'admettre les opinions imputées à Abailard, et d'avoir voulu attaquer la personne de saint Bernard. « J'ai mordu,* dit-il, je l'avoue; mais ce n'est point le béat contemplatif, c'est le philosophe; ce n'est point le confesseur, mais l'écrivain. J'ai attaqué non pas l'intention, mais la langue; non pas le cœur, mais la plume. » VApologétique et la lettre à l'évêque de Mende ont été imprimées à la suite des œuvres d'Abailard et d'Héloïse, soit dans l'édition d'Abailard donnée par Amboise, soit dans celle de M. Cousin, in-4, Paris, 1614. C. J.
BERG (François), né en 1753, dans le royaume de Wurtemberg, professeur d'histoire ecclésiastique et conseiller ecclésiastique à Wurtzbourg, fut un des plus ardents adversaires de Schelling. Il publia contre lui, sous le titre de Sextus, un traité de la connaissance humaine, où le dogmatisme le plus absolu, celui que professait M. de Schelling avant sa seconde apparition sur la scène philosophique, est combattu par le scepticisme. Cet écrit provoqua une réponse anonyme, qui reçut le nom d'Anli-Sextus. Berg essaya plus tard, dans un second ouvrage intitulé : Epicriliqiu de la philosophie, de poser les bases de son propre système, où la volonté appliquée à la pensée, la volonté logique, ainsi qu'il la nomme, est regardée comme le seul moyen d'arriver à la connaissance de la réalité. 11 pense que le principe unique de toute erreur en philosophie consiste en ce qu'on ne songe pas à s'entendre sur le point de la question à éclaircir. Le premier remède a cet inconvénient serait, selon lui, de donner un Organon à la philosophie, ainsi que Kant l'avait voulu faire. UÉpicrilique est la philosophie destinée à combler cette larune, et elle doit, en
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se conformant rigoureusement à la nouvelle méthode, soumettre à l'examen toutes les solutions possibles du problème fondamental, jusqu'à ce qu'on ait enfin trouvé l'unique solution capable de répondre à toutes les difficultés. Les faits intellectuels, en tant qu'objets de ce problème, doivent être expliqués sous le triple point de vue de l'expérience, de laconnaissance? et surtout de la réalité. Cette tentative sans originalité et sans profondeur passa tout à fait inaperçue. Berg mourut en 1821, ne laissant que les deux ouvrages dont nous venons de faire mention. Le Sextus a été publié à Nuremberg, en 1804, in-8, et YEpicritique àArnstadt et Rudolstadt, en 1805, in-8.
BERGER (Jean-Eric de) , philosophe danois, né en 1772, et mort en 1833 à Kiel, où il était professeur dé philosophie et d'astronomie. Il s'essaya d'abord sur divers sujets de morale et de politique ; puis, se vouant entièrement à la philosophie, il publia les écrits suivants^ qui ne manquent pas d'une certaine originalité : Exposition philosophique du système de l'univers, in-8, Altona, 1808 ; — Esquisse générale de la science, in-8, Altona, 1817-1827. Cet ouvrage, écrit en allemand comme le précédent, se compose de quatre parties, dont chacune a son titre particulier : la 1'° s'appelle Analyse de la faculté de connaître; la 2e, de la Connaissance ]>hilosophique de la nature; la 3e, de i Anthropologie et de la Psychologie ; la 4e traite de la morale, du droit naturel et de la philosophie religieuse.
BERGER (Jean-Godefroy-Emmanuel), théologien-philosophe très-distingué, né à Ruhland, dans la haute Lusace, le 27 juillet 1773, et mort le 20 mai 1803. Ses écrits, tous en allemand, sont remarquables par la liberté de ses opinions et l'élévation de sa morale. Voici les titres de ceux qui intéressent particulièrement la philosophie : Aphorismes pour servir à une doctrine philosophique de la religion, in-8, Leipzig, 1796; — Histoire de la philosophie des religions, ou Tableau historique des opinions et de la doctrine des philosophes les plus célèbres sur Dieu et la religion, in-8, Berlin, 1800 ; — Idées sur la philosophie de l'histoire des religions, dans le Recueil de Stauedlin, 5 vol. in-8, Lubeck, 1797- 1799, t. IV, n° 5.
BERGIER ( Nicolas-Sylvestre ) , théologien , philologue et apologiste du christianisme, mérite une place dans ce recueil par la lutte qu'il soutint contre J. J. Rousseau et les autres philosophes du dernier siècle. Né à Darnay, en Lorraine, le 31 décembre 1718, il fut successivement curé dans un village de la Franche-Comté, professeur de théologie, principal du collège de Besançon, chanoine de Notre-Dame de Paris, et confesseur du roi. Il est mort à Paris le 9 avril 1790. Après avoir débuté dans la carrière d'écrivain par différents travaux d'érudition et une traduction d'Hésiode assez estimée de son temps, il s'attaqua aux philosophes, alors tout-puissants sur l'opinion. Les seuls de ses ouvrages qui se fondent sur la raison, et qui, laissant de côté les dogmes révélés, présentent un caractère purement philosophique, sont les deux suivants : 1" le Déisme réfuté par lui-même, 2 vol. in-12, Paris, 1765, 1766, 1768. C'est 1 examen des principes religieux, et une réfutation purement personnelle de Rousseau: î" Examen du matérialisme, ou Réfutation du système de la nature, 2 vol. in-12, Paris, 1771.0n lui attribue aussi de! Principes métaphysiques, imprimés dans le Cours d'études à l'usaqede l'École militaire. On rem irque dans ces écrits de l'ordre, de la netteté, de la suite, rien de distingué dont la science puisse faire sun profit.
BERGK (Jean Adam), né en 1769 près de Zcitz,
dans le gouvernement de Merscbourg en Prusse, et mort à Leipzig, en 1834, fut principalement occupé des rapports de la philosophie et du droit; mais il publia aussi quelques ouvrages de philosophie pure, conçus dans le sens des idées de Kant. Voici les titres de ses principaux écrits, qui d'ailleurs ne se distinguent par aucune originalité : Recherches sur le droit naturel des Etats et des peuples, in-8, Leipzig, 1796; — Lettres sur les principes métaphysiques du droit, de Kant, in-8, Leipzig et Géra; 1797- — Réflexions sur les principes métaphysiques de la morale de Kant, in-8, Leipzig, 1798; — l'Art de lire, in-8, Iéna, 1799; — l'Art dépenser, in-8, Leipzig, 1802; — l'Art de philosopher, in-8; Leipzig, 1805 ; — Philosophie di: droit^pénal, in-8, Meissen, 1802; — Théorie delà législation, in-8, Meissen, 1802; — Moyens psychologiques de prolonger la vie, in-8, Leipzig, 1804 ; — Recherches sur l'âme des bêles, in-8, Leipzig,, 1805; — Quel est le but de l'État et de l'Église, quels sont leurs rapports, etc., in-8, Leipzig, 1827; — la Vraie Religion; recommandé à l'attention des rationalistes et destiné à la guérison radicale des super-naturalistes, des mystiques, etc., in-8, Leipzig; 1828. Ces deux derniers ouvrages furent publies sous le pseudonyme de Jules Frey. — Défense des droits des femmes, Leipzig, 1829. — Bergk a publié aussi, accompagnée de notes et d'éclaircissements, une traduction allemande de l'ouvrage de Beccaria sur les Délits et les Peines (Leipzig, 1798), et plusieurs autres petits écrits de droit. — Dans tous ces ouvrages, comme il est facile de le voir par les titres, règne l'esprit du xvm» siècle.
BÉRIGARD OU BEAUREGARD (Claude Guiilermet, seigneur de), naquit à Moulins, selon les uns en 1578, en 1591 selon les autres. Il acheva la plus grande partie de ses études à l'Académie d'Aix en Provence, où il s'appliqua particulièrement à la philosophie et à la médecine. Il se rendit ensuite successivement à Paris, à Lyon et à Avignon, et se fit partout une telle réputation, que le grand-duc de Florence l'appela à l'université de Pise, avec la mission d'enseigner ses deux sciences de prédilection. Douze ans plus tard, en 1640, le sénat de Venise lui confia les mêmes fonctions dans l'université de Padoue, à laquelle il resta attaché jusqu'à sa mort. Il est l'auteur de deux ouvrages, dont l'un: Dubitaliones in dialogos Galilœi pro terrœ immobilitate (in-4, 1632), a été publié sous le pseudonyme de Galil rus Lincœus. C'est, comme le titre l'indique, une critique du nouveau système du monde. L'autre, intitulé Circulus Pisanus, seu de veterum et peripatelica philosophia Dialogi (in-4, Udine, 1641 et 1643; Padoue, 1661), a eu beaucoup plus de réputation, grâce aux colères qu'il a soulevées parmi les théologiens. Sous la forme d'un dialogue entre un disciple d'Aristote et uu partisan de l'ancienne physique des ioniens, surtout de celle d'Anaximandre, l'auteur met sous nos yeux les deux hypothèses entre lesquelles son esprit semble balancer : l'une où la formation du monde est expliquée simultanément par les propriétés d'une matière première, éternelle, et l'action d'une cause motrice, d'un Dieu sans providence ; l'autre où tout s'explique par la seule puissance des éléments matériels, des atomes ou des homéoméries (voy. Anaxagore). et où l'existence de Dieu est regardée comme inutile. Peutêtre aussi, comme Tennernann le soutient avec beaucoup d'esprit [Histoire de la Philosophie), son dessein était-il de miner sourdement l'autorité d'Aristote, en lui opposant avec avantage des doctrines plus anciennes; cir, l'attaquer en face était impossible à Bérigird, dont les fonctions
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consistaient à enseigner officiellement la philosophie péripatéticienne. A propos et sous le nom d'Aristote. il fait aussi la critique des opinions erronées rie son temps; par exemple de la théorie des causes occultes, qu'il compare à des lambeaux cousus sur le vêtement des philosophes pour cacher leur nudité, c'est-à-dire leur ignorance. Cependant, quand on considère l'impuissance à laquelle il réduit la raison, il n'est guère permis de voir en lui autre chose qu'un sceptique. Il ne pense pas que, sans le secours de la révélation, nous puissions résoudre aucune des questions qui touchent à la religion et à la morale; il ne nous accorde pas même la faculté de savoir par nous-mêmes s'il y a un Dieu, encore moins de démontrer son existence et de pénétrer dans les secrets de la nature (Circulus Pisanus in priorem librum physices, p. 24). Les contemporains de Bérigard ne se sont pas mépris sur le sens de ces protestations, en apparence si favorables à l'autorité religieuse.
BERKELEY (Georges) naquit à Kilkrin en Irlande, en 1684, et mourut à Oxford en 1753. Les années de son adolescence et de sa jeunesse se passèrent à Kilkenny, l'une des villes les plus considérables de l'intérieur de l'Irlande. C'est là que fut commencée son éducation, qui reçut son achèvement au collège de la Trinité, à l'université de Dublin, dont il devint associé en 1707. Après une série de voyages en France, en Italie, en Sicile, il fut nommé au doyenne de Derry, riche bénéfice, qui semblait devoir le retenir et le fixer dans sa patrie, lorsque, cédant à un mouvement tout à la fois d'humeur aventureuse et de prosélytisme religieux, il partit pour Rhode- Island , avec le projet d'y créer, sous le nom de collège de Saint-Paul, un établissement qui, moyennant une instruction fondée sur des principes évangéliques, devait devenir un foyer de civilisation pour les sauvages d'Amérique. Ce dessein échoua. De retour en Angleterre, Berkeley fut, en 1734, promu à l'évêché de Cloyne, qu'il refusa plus tard de quitter pour un bénéfice deux fois plus considérable. Il était venu à Oxford pour y surveiller l'éducation de son fils; il y mourut presque subitement en 1753. Il avait été l'ami de Steele, de Swift, de lord Péterborough, du duc Grafton et de Pope. Il laissait un grand nombre d'écrits, réunis par lui et publiés en un recueil, sous le titre de Traités divers, à Oxford, en 1752, un an avant sa mort.
Parmi les ouvrages de Berkeley, il en est quatre qui, au point de vue philosophique, sont particulièrement importants. Ce sont: 1" la Théorie de la vision, publiée en 1709; 2° le Traité sur les principes de la connaissance humaine, publié en 1710, c'est-à-dire à une époque où Berkeley n'avait encore que vingt-six ans; 3° les Trois Dialogues entre Hylas et Philonoûs, publiés en 1713; 4° YAlciphron, ou le Petit Philosophe, publié en 1732. Les Dialogues ont été traduits en français par l'abbé du Gua de Malves (in-12, Amsterdam, 1750), et Y Alciphron par de Joncourt (2 vol. in-12, la Haye, 1734).
Alciphron, ou le Petit Philosophe {the Minute Philosophe)'), est un traité tout à la fois de théodicee, de logique et de psychologie, mais surtout de morale. L'Essai sur ^entendement humain avait donné naissance à une foule de théories matérialistes, fatalistes, sceptiques. L'objet général du livre de Berkeley est la réfutation de ces doctrines. Toutefois, YAlciphron paraît plus spécialement dirigé contre les écrits de Mandeville, qui, dans sa Fable des abeilles et autres ouvrages, avait prétendu que ce qu'on appelle la vertu n'est qu'un produit artificiel de la politique et de la vanité. Berkeley adopta I
dans cet ouvrage la forme du dialogue, dont il s'était déjà servi dans plusieurs autres écrits. Les principales questions relatives au devoir, au libre arbitre, à la certitude, à la nature de l'âme et de Dieu, s'y trouvent, les unes- traitées en détail, les autres sommairement examinées, et les unes et les autres y sont résolues dans le sens des croyances universelles.
Le livre intitulé Théorie de la vision (Theory of vision) contient en germe le scepticisme en matière de perception extérieure, qui devait, quelques années plus tard, se produire sous des formes plus complètes et plus hardies dans les Principes de la connaissance humaine et clans les Dialogues entre Hylas et Phiionoûs. Le système de Berkeley sur la non-réalité du monde matériel n'était-il pas encore parfaitement arrêté dans son esprit, ou l'auteur jugea-t-il préférable de ne le produire que graduellement? Ce sont là deux hypothèses qui ont l'une et l'autre leur probabilité. Quoi qu'il en soit, la Théorie de la vision contient d'excellents aperçus sur les opérations des sens. La distinction que, plus tard, l'école écossaise, avec Reid et Stewart, devait établir entre les perceptions naturelles et les perceptions acquises du sens de la vue, s'y trouve déjà présentée par Berkeley. Cette distinction était d'autant plus importante, qu'elle était rendue plus difficile par la longue et presque invincible habitude où nous sommes dès les premiers jours de notre enfance d'associer les unes aux autres dans une étroite union les opérations de nos divers sens.
Le Traité sur les principes de la connaissance humaine (Treatise on the principles of human knoivledge), et les Trois Dialogues en~ ire Hylas et Philonoûs (Three Dialogues belwen Hylas and Philonoûs), malgré la différence de la forme dans laquelle ils sont écrits, ont un seul et même objet, qui est de contester la réalité objective de nos perceptions. « Il est, dit Berkeley {Théorie des principes de la connaissance humaine, § 6), des vérités si près de nous et si faciles à saisir, qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour les apercevoir, et au nombre des plus importantes me semble être celle-ci, que, la terre et tout ce qui pare son sein, en un mot, tous les corps dont l'assemblage compose ce magnifique univers, n'existe point hors de nos esprits. » Ainsi, point de réalités matérielles. Les seules existences réelles sont les êtres incorporels, les esprits, c'est-à-dire Dieu et nos âmes. Deux causes principales paraissent avoir déterminé chez Berkeley l'adoption d'Une telle doctrine. La première, d'un caractère tout personnel, se trouve dans les dispositions religieuses du pieux évêque de Cloyne. Nous pouvons, sur ce point, recueillir son propre aveu : « Si l'on admet (dit-il dans sa Préface aux Trois Dialogues) les principes que je vais tâcher de répandre parmi les hommes, les conséquences qui, à mon avis, en sortiront immédiatement, seront que l'athéisme et le scepticisme tomberont totalement. » Berkeley croyait donc, par la négation de la matière, servir la cause du spiritualisme. L'école de Locke avait converti en une négation hardie le doute timide du maître à l'endroit de la spiritualité, et Berkeley répondait à cette école par la négation de la substance matérielle. Il ne s'attendait pas qu'un jour viendrait où le scepticisme, par la main de Hume, saisirait l'arme dont il venait de frapper le monde matériel, et la tournerait contre le monde des esprits.
La seconde cause, il faut la chercher dans le
caractère fondamental de la théorie, qui, tout
bsurde qu'elle fût, régnait alors souveraine-
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nient en philosophie relativement au mode d'ac-
2uisition.de la connaissance. Nous voulons parler e la théorie de l'idée représentative. D'après cette théorie, la connaissance et l'idée étaient deux choses distinctes. L'idée n'était qu'un moyen de connaissance et non la connaissance même. L'idée était une sorte d'intermédiaire entre l'objet et le sujet. L'idée était pour le sujet l'image ou la représentation de l'objet; et l'exactitude de la connaissance se mesurait sur le plus ou le moins de conformité de l'image, avec l'objet qu'elle représentait. Cette théorie, d'abord imaginée pour expliquer la formation de nos connaissances sensibles, avait graduellement acquis plus d'extension, et, à l'époque à laquelle apparut Berkeley, elle servait à rendre compte de la formation de toutes nos connaissances. Berkeley l'adopta, mais cependant avec restriction. Ainsi que paraît l'avoir fait Malcbranche à la même époque, il n'attribua à l'intervention de l'idée représentative que la formation d'un certain ordre de connaissances, à savoir celles qui ont pour objet le monde extérieur. Quant aux notions qu'a notre âme de son propre être et de ses modifications, Berkeley en regarde l'acquisition comme s'opérant par un simple acte d'aperception intérieure, et sans qu'il soit besoin d'aucune image ou idée à titre d'intermédiaire entre l'objet et le sujet. Cette distinction explique comment Berkeley affirme à la fois l'existence de l'esprit et nie celle de la matière. En effet, l'esprit se saisissant lui-même par une aperception immédiate, son existence ne saurait être mise en question; tandis qu'il en est tout autrement des objets corporels, qu'il ne nous est jamais donné d'atteindre directement à cause de la présence de cette idée, qui vient toujours s'interposer entre notre âme et la réalité extérieure, et rendre ainsi cette réalité à jamais insaisissable. C'est, assurément, par cette voie que Berkeley fut conduit à prétendre que les objets que nous regardons comme constituant le monde extérieur ne sont que des idées de notre esprit. Cet idéalisme, poussé par la logique à ses conséquences dernières, ne tarderait pas à aboutir à un absolu égoïsme. Car, la doctrine de Berkeley une l'ois adoptée, rien ne me garantit plus l'existence extérieure d'êtres semblables à moi, et je reste seul dans l'univers, ou plutôt je constitue l'univers à moi seul, avec mon esprit et mes idées, les seules choses qui, dans un idéalisme conséquent, puissent échapper à la négation et au doute. Berkeley n'a pas formellement avoué cette conclusion; mais elle s'impose irrésistiblement à sa doctrine.
On peut consulter sur Berkeley, indépendamment des écrits de ce philosophe dont les titres ont été mentionnés plus haut, et des historiens généraux de la philosophie, un ouvrage allemand intitulé : Collection des principaux écrivains qui nient la nudité de leur propre corps et du monde matériel tout entier, contenant les Dialogues de Berkeley entre Hylas et Philonoùs et la Clef universelle de Collier, avec des notes qui servent à lu réfutation du texte, cl un supplément dans lequel on démontre la réalité des corps, par J. Chr. Eschenbach, in-8, Rostock, Hûo. C. M.
BERNARD DE CHARTRES, dit Sijlvcstris. éi rivain du xne siècle, enseigna dans les écoles de Chartres. Jean de Sarisbéry, qui l'appelle le meilleur des platoniciens de son temps, perfectissimus inter platonicos hujus sœculi, lui attribue deux ouvrages : l'un où il cherchait à concilier Platon et Aristote, l'autre où il prouvait l'éternité des idées, justifiait la Providence, tt montrait que tous les êtres matériels, étant
de leur nature soumis au changement, doivent sairement périr [Metalog., lib.1V. c. xxxv). Ces deux ouvrages Boni aujourd'hui perdus; mais plusieurs bibliothèques possèdent en© sous le nom de Bernard Sylvestris, un traite philosophique en deux parties. Megacosmut et Microcosmus, le Grand et le Petit monde, qui en effet est empreint d'une forte teinte de platonisme. L'auteur y reconnaît deux éléments des choses: la matière et les idées. La matière est privée de toute forme et susceptible de les recevoir toutes. Les idées résident dans l'entendement divin ; elles sont les exemplaires de la vie, le principe immuable de ce qui doit être, et toutes choses résultent de leur union avec la matière. Créé à l'image du monde intelligible, ie monde sensible a toute la perfection de son modèle. Il est complet, parce que Dieu est complet ; il est beau, parce que Dieu est beau ; il est éternel dans son exemplaire éternel. Le temps a sa racine dans l'éternité et il retourne dans l'éternité. En lui l'éternité paraît se mouvoir et il paraît se reposer en elle. 11 gouverne i le monde, gouverné lui-même par l'ordre. A l'exposition de ces principes qui sont évidemment empruntés du Timée, un des monuments de la philosophie ancienne que le xne siècle a le mieux connus, succède, dans le Microcosme, une théorie de l'homme. Bernard reconnaît la distinction du corps et de l'âme ; il admet la préexistence de celle-ci, et semble adopter l'hypothèse de la réminiscence. Les détails physiologiques occupent d'ailleurs la plus grande place dans cette partie de l'ouvrage. — M. Cousin a publié à la suite des Œuvres inédites d'Abailard quelques extraits du Megacosmus et du Microcosmus, avec des fragments d'un Commentaire de Bernard de Chartres sur le VIe livre de YÈnéide. — Voy. aussi : Fragments de philosophie du moyen âge, par V. Cousin; et un article étendu de YHisloire littéraire de France, t. XII.
BERNARD (Saint), abbé de Clairvaux, né en 1091, mort en 1153, est certainement une des figures les plus imposantes du xne siècle. Mais on n'a pas à rappeler ici ses vertus, ses talents, sa fermeté à maintenir l'ordre dans les esprits et la discipline dans les mœurs, ni son éloquence qui envoya des foules en terre sainte, ni même ses écrits qui touchent de plus près à la religion qu'à la science. Il n'a guère abordé la philosophie que pour exprimer combien il la dédaignait ; et les philosophes qui ont attiré son attention, comme Abailard et Gilbert de la Porrée, n'ont pas eu à s'en louer. L'histoire de ces débats se trouve ailleurs (voy. Abailard, Gilbert de la Porrée). On doit seulement indiquer ici qu'en poursuivant ses adversaires, saint Bernard ne les a jamais attaqués sur le terrain de la philosophie : il a voulu réprimer les excursions qu'ils faisaient en pleine théologie, non sans porter dommage à plus d'un dogme. Abailard est très-maltraité dans les cinq lettres envoyées contre lui au pape Innocent : c'est un autre Goliath, un lion, un dragon qu'il faut fouler aux pieds ; et dans douze autres epîtres à divers personnages, toujours contre le même Abailard, il le représente comme le précurseur de l'antechrist et comme un fabricateur de mensonges. Mais toujours et partout ce sont des hérésies formelles qu'il lui impute à tort ou à raison : « Quand il parle de la trinité, dit-il, on croirait entendre Arius; il pense sur la grâce comme Pelage, sur la personne du Christ comme Nestor..., et tout en s'évertuant à faire de Platon un chrétien, il prouve que lui-même est païen. » Quant à Gilbert de la Porrée, en distinguant d'une part la divinité et de l'autre