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1489, et in-4", Oxfo-d, 1637 , — Quœstiones in V1IÏ libros Physicorum Aristotelis, in libros de Anima et in parva naluralia, Paris, 1516; — In Aristotelis Metaphysica, ib., 1518; — Sophismata, in-8. — Voy. Bayle, Dictionnaire critique, et les Histoires générales de la philosophie, surtout celle de Tiedmann.
BURIGNY (J. Lévesque de), né à Reims en 1692, mort en 1785, était frère de Lévesque de Pouilly, avec lequel il travailla longtemps et fut, comme lui, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Lié d'amitié avec M. de Saint-Hyacinthe, l'auteur du chef-d'œuvre d'un inconnu, il fut attiré par lui en Hollande où il composa une grande partie des articles de l'Europe savante. On doit à Lévesque de Burigny. outre un certain nombre de mémoires insères dans le recueil de l'Académie des inscriptions, plusieurs ouvrages d'histoire et de politique : de V Autorité du pape, 1720, 4 vol. in-12, où il défend les droits du souverain pontife, mais fixe en même temps les bornes de sa puissance et attaque son infaillibilité ; soutient la suprématie de l'Église, les droits des évêques et l'indépendance temporelle des princes; — Histoire de Sicile, la Haye, 1746, 2vol.in-4; — Histoire des révolutions de Constantinople, la Haye, 1750, in-4 ou 3 vol. in-12; — Vie de Grotius, avec l'histoire de ses ouvrages et des négociations auxquelles il fut employé, Paris, 1752, 2 vol. in-12; — Vie d'Érasme, Paris, 1757, 2 vol. in-12; — Vie de Bossuet, Paris, 1761, in-12; — Vie du cardinal Duperron, Paris, 1768, in-12; — Lettre à Mercier de Saint-Léger, sur les démêlés de Voltaire avec Saint-Hyacinthe, 1780, in-8. On lui attribue YExamen critique des apologistes de la religion chrétienne, attribué également à Fréret. En outre il a rendu à la philosophie quelques services estimables. En 1724, il avait publié une Histoire de la philosophie païenne, 2 vol. in-12, pleine de fautes typographiques qui la rendaient presque illisible. Cette histoire ayant été malgré cela jugée très-favorablement par Fabricius, Le Clerc et Brùcker, il en fit paraître une seconde édition, corrigée et sensiblement améliorée sous le titre de Théologie païenne, Paris, 1754. Il a donné encore une traduction française du traité de Porphyre : Sur Vabslinence de la chair, avec la vie de Plotin, accompagnée d'une dissertation sur les Génies, Paris, 1740, in-12.
Voy. Y Eloge de Burigny par Dacier, dans le tome XLVII des Mémoires de l'Académie des inscriptions, et le recueil des notions historiques de Walcknaer.
BURKE (Edmond) naquit en 1730, et mourut en 1797. Il fit une partie de ses études à l'Université de Dublin, sa ville natale. Il ne nous appartient pas de le suivre dans la carrière où il s'est illustré comme orateur et comme écrivain politique. Sa place est marquée dans l'histoire du parlement anglais et dans celle des grands événements de la fin du dernier siècle. Comme philosophe, il a mérité une réputation durable par un livre qui obtint un grand succès à l'époque où il parut, et qui jouit encore aujourd'hui d'une certaine réputation, sa Recherche philosophique sur l'origine des idées du sublime et du beau. Cet ouvrage, écrit avec élégance, et rempli d'observations ingénieuses, est un des meilleurs qui aient marqué les premiers progrès d'une science encore peu avancée. Burke commence par établir, dans une introduction étendue, l'universalité des principes du goût. Le goût, selon lui, est une faculté complexe, où les sens, l'imagination et la raison entrent comme éléments. Or, chez tous les hommes, les sens sont organisés de manière
à percevoir de même les objets; l'imagination ne fait que varier la disposition des idées qu'ils lui transmettent; la raison, qui est le pouvoir de discerner le vrai du faux, a ses règles fixes Primitivement, le goût ne peut donc être qu'uniforme, et ses différences doivent tenir à des causes accidentelles, comme l'habitude, l'exercice, etc. Il est difficile de contester l'excellente thèse que soutient Burke ; mais une critique sévère serait en droit de lui reprocher la part trop large qu'il fait aux sens, comme éléments du goût et comme sources d'idées. Quoi qu'il en soit, Burke, arrivant à parler du sublime et du beau, se livre d'abord à une étude approfondie des émotions qui peuvent agiter le cœur de l'homme. Il distingue le plaisir positif que produit en nous la présence des objets agréables, et la sensation mélangée de crainte et de jouissance, le délice, comme il l'appelle, que provoque l'éloignement de la douleur. Il distingue de même les passions qui se rapportent à la conservation de soi, et celles qui ont pour objet la société; parmi celles-ci, la sympathie occupe le premier rang. Cela posé, il place le sentiment du sublime dans la classe des sentiments personnels, le sentiment du beau dans celle des passions sociales, et il considère le premier comme développé en nous par l'idée d'une douleur ou d'un danger auquel nous ne sommes pas actuellement exposés. Le sentiment du sublime n'est autre que la terreur accompagnée de la conscience de notre sécurité. C'est le suave mari magno de Lucrèce. Burke examine dans une seconde partie les causes qui produisent le sublime; ce sont, pour ne citer que les principales, l'obscurité, la puissance, la privation, l'infinité, la magnificence, la lumière. Cette analyse abonde en observations intéressantes et vraies, que suggère à l'auteur la connaissance étendue de la littérature et des arts ; mais l'explication des faits manque souvent de profondeur. Une troisième partie est consacrée à l'idée du beau. Burke y réfute d'abord quelques-unes des définitions proposées par les philosophes. Il fait voir que la beauté ne réside ni dans la proportion, ni dans la convenance des parties, ni dans la perfection. C'est peut-ttre le meilleur chapitre de l'ouvrage. Burke a eu le mérite de montrer que le jugement du beau n'est pas le résultat d'une comparaison, qu'il est instinctif et immédiat. La conclusion qu'il tire de là sert à établir sa définition : « La beauté est le plus souvent une qualité des corps qui agit physiquement sur l'esprit humain par l'intervention des sens ; » théorie singulièrement étroite qui ne permet pas d'appliquer le terme de beauté à l'intelligence et à la vertu, et qui réduit l'étude du beau à la recherche des qualités sensibles des objets qui nous paraissent tels. Engagé dans cette voie exclusive, Burke ne s'y arrête plus. Après avoir indiqué les caractères extérieurs de la beauté, comme la petitesse, la délicatesse, le poli, etc., il en cherche la cause efficiente dans les lois de l'organisme et le système nerveux. Tout ce qui est propre à produire une tension extraordinaire des nerfs, doit causer une passion analogue à la terreur et, par conséquent, est une source de sublime; tout ce qui produit, au contraire, un relâchement dans les fibres, est un objet beau : telle est la conclusion hypothétique, arbitraire, insuifisante, à laquelle aboutit un ouvrage fort bon à beaucoup d'égards. Esprit fin et pénétrant plutôt que solide, Burke excellait surtout à saisir les nuances les plus délicates des sentiments et des idées. Il a légué à la philosophie de l'art les observations de détails les plus originales et les plus précieuses et une théorie contestable. La Recherche philosophique sur
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l'origine de nos idées du sublime et du beau a été traduite en français par E. Lagentie de Lavaïsse, in-8, Paris, 1803. C. B.
BURLAMAQUI (Jean-Jacques) naquit en 1 694 à Genève, où il occupa longtemps une chaire de droit naturel : mais le mauvais état de sa santé l'ayant oblige à renoncer à l'enseignement, il devint membre du conseil intime de la république, qualité qu'il conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1748. Adoptant les vues libérales de Barbeyrac avec lequel il était lié d'amitié, Burlamaqui fit faire de grands pas à la science du droit naturel et ne contribua pas peu à la répandre. Mais il avait le tort, comme la plupart de ses prédécesseurs, de ne pas la distinguer assez de la morale proprement dite. Loin de penser, comme Hobbes, que la société civile soit tout le contraire de l'état de nature^ il admettait une société naturelle dont la société civile n'est que le perfectionnement. Le but de celle-ci est d'assurer à un certain nombre d'hommes réunis sous la dépendance d'une autorité commune le bonheur auquel ils aspirent naturellement, et que l'ordre et les lois peuvent seuls leur procurer. Afin que ce but soit réellement atteint et que l'autorité ne puisse pas faillir à l'intérêt général pour lequel elle est instituée, des garanties sont nécessaires de la part du souverain au profit du peuple, et ces garanties sont la condition indispensable d'une solide liberté. C'est à peu près sur ce principe que reposent toutes les constitutions modernes. Le souverain ne peut avoir au-dessus de lui aucun autre pouvoir pour le juger et lui infliger un châtiment, autrement il perdrait son caractère le plus essentiel : c'est ce que nous appelons aujourd'hui être inviolable et irresponsable. Cependant Burlamaqui accorde au peuple tout entier le droit de reprendre ou de déplacer l'autorité souveraine; mais il préfère aux royautés électives les royautés héréditaires.
On a de Burlamaqui les ouvrages suivants : Principes du droit naturel, in-4, Genève, 1747 et souvent réimprimé ; — Principes du droit politique, in-4, Genève, 1751; — Principes du droit naturel et politique, in-4, Genève^ 1763, et 3 vol. in-12, 1764 : ce dernier ouvrage n est que la réunion des deux précédents ; — Éléments du droit naturel.... ouvrage posthume d'après le véritable manuscrit de l'auteur, in-8, Lausanne, 1774. Sous le titre de Principes du droit de la nature et des gens, de Félice a donné une édition complète des œuvres de Burlamaqui, accompagnée de beaucoup de notes, 8 vol. in-8, Iverdun, 1766, et Paris, 1791. Une autre édition en a été publiée par M. Dupin, 5 vol. in-8. Paris, 1820. Tous ces écrits se distinguent par la clarté et la précision et offrent un résumé substantiel de la science du droit naturel, au degré où elle était parvenue du temps de l'auteur. J. T.
BURLEIGH (Walter) ou Gauthier Bourlei, ecclésiastique anglais, né à Oxford en 1275, mort en 1357, avait étudié sous Duns Scot et pris le grade de docteur à Paris. Il y professa avant de retourner en Angleterre, où il fut le précepteur d'Edouard III. Il avait été le condisciple d'Occam. Éprouva-t-il le besoin de se distinguer par quelque différence systématique de son célèbre rival? L'intérêt de sa réputation, qui fut grande aussi à cette époque, le poussait-il à chercher quelque nuance qui empêchât de confondre son éccle avec celle d'Occam V Ou enfin obéit-il à des convictions sincères? Quelle que soit la cause qui ait exercé sur lui de l'influence, il a développe, sur les univcrsaux, une opinion moins approfondie que celle d'uccain, et différente de celle de Duns Scot. Il nous paraît s'être rapproché du réalisme conciliateur de saint Thomas d'Aquin, qui reconnais-
sait que les universaux, en tant qu'universaut, n'ont point de réalité dans la nature (non habent esse), mais qu'ils en ont, en tant qu'ils sont renfermés dans les objets individuels (secundum quod sunt individuata) ; aussi les historiens de la philosophie ne sont-ils point d'accord sur la place qu'ils lui assignent dans la grande controverse du moyen âge : Brucker et Tiedmann le regardent comme nominaliste; Tennemann en fait un réaliste. Peut-être n'est-il pas impossible de concilier ces jugements contradictoires.
Dans un livre qu'il a composé sur les universaux, sous la forme d'un commentaire sur Ylsagoge de Porphyre, Burleigh, reproduisant les expressions mêmes de la traduction qu'en a donnée Boëce, annonce à l'avance l'intention de s'abstenir de traiter la question dans le sens platonicien, et telle que Porphyre l'a posée. 11 n'examinera pas si les universaux sont corporels ou incorporels ; il place cette question au delà de l'investigation qu'il se propose; il se promet seulement de faire connaître les opinions des anciens philosophes, principalement celle des péripatéticiens sur la véritable nature des idées de genre et d'espèce. D'après cette entrée en matière, il est facile de voir que le problème ontologique ne sera pas abordé, et, dès que l'auteur se renferme dans le point de vue logique et dialectique, on doit s'attendre à ce que les conclusions, à son insu même, ne seront point complètement défavorables au nominalisme, ou, du moins, qu'elles fourniront des armes contre ses adversaires. Aussi, au terme de ses efforts, Burleigh est-il nominaliste, en tant que regardant les universaux comme de purs noms, lorsqu'on les saisit dans leur conception abstraite, et réaliste en tant qu'il les considère comme des réalités dans leur union avec les objets qu'ils modifient; il est facile de voir qu'ici toute la dispute repose sur le sens que l'on donne au mot réalité.
Bixner, sans le déclarer exclusivement réaliste, incline cependant aie regarder plutôt comme tel, en se fondant sur le passage suivant, extrait ou résumé de son commentaire sur la Physique d'Aristole (tractât. 1, c. n) : « Que le général n'existe pas seulement comme idée dans l'esprit, mais qu'il existe encore en réalité: que, par conséquent, il ne soit pas un pur idéal, mais qu'il soit quelque chose de réel, c'est ce que démontrent les observations suivantes : a, puisque la nature n'a pas seulement pour but, dans ses créations, les individus, mais plus encore les espèces, et que, d'un autre côté, ce que propose la nature ne peut être que quelque chose de réel, existant en soi et en dehors de l'idée, il suit que le général est quelque chose d'existant ; b, puisque les appétits naturels cherchent toujours et uniquement le général ; comme on voit, par exemple, le désir de manger en général, ne pas convoiter telle ou telle nourriture en particulier; sur ce fondement, nous devons reconnaître que le général n'est pas seulement dans la pensée et dans l'idée, mais encore qu'il est en réalité ; c, enfin, puisque les droits, traités, lois, ont tous pour objet le général, il suit encore nécessairement que le général doit être quelque chose de réel, car les commandements généraux doivent avoir une réalité objective et une force obligatoire. »
Tel est le point principal des travaux philosophiques de Walter Burleigh. Quant au reste de ses commentaires sur les diverses parties de la Logique, et sur la Physique d'Aristote, ils reproduisent, comme l'a fait le moyen âge tout entier, sans en avoir une complète intelligence, les travaux de ce grand philosophe. Peut-être est-il juste de reconnaître que l'exposition de Burleigh a un certain degré de clarté qu'on ne trouve pas
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toujours dans les écrivains de cette période, et qui n'échappa point à ses contemporains ; c'est à cette qualité, sans doute, qu'il a dû le surnom de Doctor planus et perspicuus. Indépendamment de ses commentaires sur Aristote, publiés à Venise et à Oxford, au xvie siècle, on a de lui un traité de Vita et moribus philosophorum (in-4, Cologne, 1472; in-f-, Nuremberg, 1477), dont l'érudition ne paraît pas fort exacte, s'il est vrai qu'entre autres erreurs, l'auteur confonde Pline le Naturaliste avec Pline le Jeune. H. B.
BUTLER (Joseph), théologien et moraliste anglais, naquit, en 1692, à Wantage dans le comté de Berk. Ses parents étaient presbytériens ; mais il abjura dès sa jeunesse les principes de cette communion, pour embrasser la religion épiscopale. Cinq lettres adressées à Clarke, en 1713, au sujet de sa démonstration de l'existence de Dieu, commencèrent la réputation de Butler comme philosophe. Il y proposait au célèbre théologien des objections conçues avec une rare sagacité contre les preuves de plusieurs attributs divins, entre autres l'omniprésence. Clarke publia les lettres de son jeune adversaire avec ses propres réponses dans la première édition qu'il donna de son ouvrage, et peu après il fournit à Butler une occasion de développer ses talents et ses opinions en le faisant nommer prédicateur à la chapelle du maître des rôles. Quinze sermons prêches à cette chapelle et publiés en 1726, in-8, ainsi qu'un Traité de l'analogie de la religion naturelle et révélée avec la constitution et le cours de la nature, qui vit le jour en 1756, in-4, achevèrent de placer Butler au nombre des penseurs les plus distingués de l'Angleterre. Après avoir possédé différents bénéfices et avoir été environ un an secrétaire du cabinet de la reine Caroline, il fut nommé en 1737 évêque de Bristol, et en 1750 évêque de Durham. Il est mort en 1752.
La doctrine philosophique de Butler est tout entière contenue dans ses sermons et dans une double dissertation sur l'identité personnelle et sur la nature de la vertu, qu'on trouve assez ordinairement imprimée à la suite du Traité de V analogie. Butler a le mérite d'avoir éclairci un des premiers la notion de l'identité du moi, altérée par Locke et surtout par Collins. Il établit avec force que chacun de nous est convaincu de persister toujours le même pendant tout le cours de la vie, et qu'on ne peut révoquer en doute cette croyance, sans ébranler en nous l'autorité de nos facultés intellectuelles et sans tomber dans un scepticisme absolu. Il avait encore vu que la conscience et la mémoire qui nous attestent notre identité ne la constituent pas, « qu'un homme, comme il le dit, est toujours le même homme, qu'il le sache ou qu'il l'ignore; que le passé n'est pas anéanti pour être oublié, et que les bornes de la mémoire ne sont pas les bornes nécessaires de l'existence. » En morale, Butler a démontré que l'amour de soi est si peu le principe de toutes les affections de la nature humaine, qu'il ne rend pas même compte des tendances personnelles, comme les appétits. L'amour de soi recherche, en effet, les choses comme moyens de bonheur; les appétits, au contraire, les recherchent, non comme moyens, mais comme fins. Chaque penchant tend à son objet simplement en vue de l'obtenir. L'objet une fois atteint, le plaisir en résulte ; mais il ne fait pas distinctement partie du but de l'agent. Il y a plus, l'amour de soi ne pourrait se développer si tous les désirs particuliers n'avaient pas une existence indépendante ; car il n'y aurait point de bonheur, puisque celuici se compose de la satisfaction des différents désirs. Par ces aperçus pleins de justesse, Butler se séparait des moralistes, qui ont placé dans
l'intérêt le motif et la règle de toutes les actions- Il est plus difficile de dire s'il a considéré la faculté morale comme un sentiment ou comme un pouvoir rationnel. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'audessus des passions, soit personnelles, soit bienveillantes, il admet l'autorité de la conscience, juge suprême du bien et du mal, chargée de surveiller, d'approuver ou de désapprouver les différentes affections de notre âme, ainsi que les actes de notre vie; mais il ne se prononce pas sur la nature de la conscience ; il ne se hasarde même pas à la désigner par une dénomination constante. Butler, sous tous ces rapports, se montre un des précurseurs de l'école écossaise ; il a le bon sens et l'exactitude, il a aussi l'indécision et la timidité qui caractérisent les chefs de cette école. Il a paru, en 1821, une traduction française du Traité de V analogie de la nature et de la religion, in-8, Paris. Une excellente édition de ce traité, accompagnée d'une Vie de Butler et d'un examen de ses ouvrages, et suivie des deux dissertations dont nous avons parlé plus haut, avait été publiée en 1809, Londres, in-8, par milord Halifax, évêque de Glocester. Consultez aussi M. Cousin, Cours d'histoire de la philosophie moderne pendant les années 1816 et 1817 ; — Mackintosh, Histoire de la philosophie morale, trad. de l'anglais par M. H. Poret, in-8, Paris, 1834, p. 184 et suiv. ; — Jouffroy, Cours de droit naturel, XIXe leçon. X.
C. Dans les termes de convention par lesquels certains logiciens désignent les différents modes du syllogisme, la lettre C, quand elle est la première du mot, indique que tous les modes des trois autres figures marqués de celte initiale peuvent être ramenés au mode de la première qui commence par la même lettre; par exemple, que Cesare et Camestres se ramènent au mode Celarent. Quand celte consonne est placée dans le corps du mot, elle indique que le mode dans le nom duquel elle se trouve, par exemple Baroco ou Bocardo, ne peut être ramené au mode correspondant de la première figure, Barbara, qu'à l'aide d'une démonstration par l'absurde. Voy. Conversion, Syllogisme.
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CABANIS (Pierre-Jean-Georges), médecin, philosophe et littérateur, naquit à Cosnac en 1757. Confié, dès l'âge de sept ans, à deux prêtres du voisinage, il manifesta de bonne heure du goût pour le travail et de la persévérance dans ses études. A dix ans, il entra au collège de Brives; mais là, une sévérité mal entendue, loin d'assouplir et de discipliner un caractère naturellement irritable, n'eut d'autre résultat que de l'exaspérer et de lui donner une raideur dont il eut plus tard beaucoup de peine à se corriger.
Dans les hautes classes, dirigé par des maîtres pleins de bienveillance, Cabanis montra plus de docilité ; mais en rhétorique, maltraité de nouveau par l'un des chefs du collège, il se livra plus que jamais à toute la violence de son caractère; il lutta d'opiniâtreté avec ses maîtres ; à de nouvelles rigueurs, il répondait par de nouvelles provocations; enfin, et après plus d'une année de répressions rigoureuses et toujours inutiles, on finit par renvoyer à son père cet enfant rebelle.
Dans la maison paternelle, on ne sut pas mieux s'y prendre : on aigrit encore ce caractère indomptable ; on le mit de nouveau en révolte ouverte, et il fallut plus d'une année encore pour que son père se décidât à changer de méthode : il conduisit à Paris le jeune Cabanis et l'abandonna complètement à lui-même. « Le parti était extrême, a dit plus tard Cabanis dans une notice citée par Ginguené et conservée dans sa famille, mais cette fois le succès fut complet. » Cabanis
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ne se sentit pas plutôt libre du joug que toutes ses forces s'étaient employées à secouer, que le goût de Tétude se réveilla chez lui avec une sorte de fureur. Peu assidu aux leçons de ses professeurs de logique et de physique, il lisait Locke et suivait les cours de Brisson ; en même temps il reprenait en sous-œuvre les différentes parties de son éducation première. Deux années s'écoulèrent ainsi dans la société des classiques grecs, latins et français.
A l'âge de seize ans, il se livre à des mains étrangères, et va par mer chercher un pays qu'on lui représentait comme à demi sauvage, c'est-àdire la Pologne : c'était en 1773, à l'époque du premier démembrement de ce malheureux royaume. Il n'y resta que deux années; à dix-huit ans il était de retour à Paris, et y cultivait la société de quelques gens de lettres; il se lia plus particulièrement avec le poète Roucher: celui-ci lui inspira le goût des vers. L'Académie française avait alors proposé, pour sujet de prix, la traduction de quelques fragments de Ylliade en vers français; Cabanis envoya au concours deux morceaux qui, dit on, ne furent pas même remarqués. Roucher en a depuis inséré quelques passages dans les notes du poëme des Mois.
Ces succès de société ne pouvaient assurer à Cabanis une existence honorable et indépendante ; sa santé, naturellement délicate, s'était altérée ; son père le pressait de choisir une profession utile, il se décida pour la médecine. Son premier maître fut Dubreuil; il ne devint jamais ce qu'on appelle un praticien, bien que plus tard il ait été nommé professeur de clinique ; les généralités de la science convenaient mieux à son esprit, et d'ailleurs ses liaisons avec les derniers représentants des doctrines philosophiques du xvine siècle donnèrent à ses études une direction toute en dehors de la pratique médicale : la faiblesse de sa santé ne lui aurait guère permis, non plus, d'affronter les fatigues et les inquiétudes qu'entraîne nécessairement une grande clientèle.
Après avoir terminé toutes ses études médicales, Cabanis, pour trouver du repos, sans s'éloigner de Paris, s'était retiré à Auteuil : c'est là qu'il fut admis dans la société de Mme Helvétius et dans l'intimité, par conséquent, des hommes les plus célèbres de l'époque; il y retrouva Turgot, et y fit la connaissance de Diderot, de d'Alembert, Thomas, Condillac et celle du baron d'Holbach; il y vit Jefferson et Franklin. A peu près à la même époque il fut présenté à Voltaire par Turgot ; le vieillard de Ferney était venu à Paris pour y l'aire jouer sa tragédie d' 'Irène; Cabanis lui soumit quelques morceaux de sa traduction de l'Iliade, et en obtint quelques encouragements; il eut cependant le bon esprit de reconnaître qu'il n'était pas né pour ce genre de composition, et fit ses adieux a la poésie dans une imitation lilirc du serment d'Hippocrate intitulé : Serment d'un médecin.
Cependant la révolution approchait. Cabanis l'avait d'abord appelée de tous ses vœux, ets'était lié d'une amitié assez étroite avec l'un des plus grands personnages de cette époque, avec Mirabeau. Cabanis partageait toutes les idées de ce grand orateur, et il s était associé à quelques-uns de ses travaux: c'est à lui que Mirabeau dut son travail sur l'instruction publique. Dans sa dernière maladie, Mirabeau s'était confié aux soins de Cabanis. Les versions les plus contradictoires ont été répandues sur la nature des graves accidents qui s'étaient déclarés chez Mirabeau : Cabanis n'y a vu qu'une péri :ardite suraiguô, et il en a publié la relation; en 1791, sous le titre de Journal de la ma Imlic. ri ,l,- la mort d'IIor.-Gabr.-Vict. liiijuciti de Mirabeau.
Cabanis s'était lié, et plus étroitement encore, avec un savant illustre devenu aussi l'un des principaux personnages de la révolution : nous voulons parler de Condorcet, qui rivalisa de talents et de malheurs avec les Girondins; Cabanis lui rendit le dernier service qu'un philosophe de son école pouvait rendre à un philosophe en d'aussi grandes calamités. Quand la tourmente révolutionnaire en vint à menacer les hommes les plus purs, Condorcet se fit donner par son ami Cabanis un morceau d'extrait de stramonium, poison bien plus actif que la ciguë, à l'aide duquel ce philosophe mit fin à ses jours dans la nuit qui suivit son arrestation. « Je ne leur demande qu'une nuit, » disait Condorcet, tant cet infortuné était sûr d'échapper ainsi à l'échafaud.
Cabanis recueillit les derniers écrits de Condorcet; il épousa plus tard sa belle-sœur, Charlotte Grouchy, sœur du maréchal de ce nom. Pendant la Terreur, il s'était exclusivement livré à la pratique de son art et, pour s'effacer davantage, il s'était fait attacher au service médical d'un hôpital. C'est dans cet asile de la douleur et sous la livrée de la misère qu'il trouva le moyen de sauver une foule de malheureux proscrits.
Après le 9 thermidor, en l'an III, Cabanis commença sa carrière publique; il fut nommé professeur d'hygiène à l'École centrale de Paris; en l'an IV, il fut élu membre de l'Institut national, classe des sciences morales et politiques, section de l'analyse des sensations et des idées ; en l'an V, il fut nommé professeur de clinique à l'École de santé, et, en l'an VI, représentant du peuple au Conseil des Cinq-Cents.
Cabanis ne fut pas étranger au mouvement du 18 brumaire, et plus tard cette circonstance, jointe à son mérite personnel, ne contribua pas peu à le faire entrer au sénat conservateur. Il conserva, du reste, dans cette assemblée, ses opinions philosophiques et politiques, et fit partie de la minorité.
Cabanis ne pouvait rien désirer de plus, il était arrivé aux plus grands honneurs en passant par l'enseignement; il avait réalisé en quelque sorte ce que plus tard Napoléon disait de l'Université, quand il voulait que ce grand corps eût ses pieds dans les bancs de l'école et sa tête dans le sénat.
Mais Cabanis ne devait point jouir longtemps de sa haute position ; sa santé, naturellement précaire, s'altérait de plus en plus : au commencement de 1807, il éprouva une première attaque d'apoplexie ; il interrompit dès lors tout travail intellectuel, et quitta Auteuil pour aller passer la belle saison près de Meulan, chez son beaupère; l'hiver suivant, il s'établit dans une maison près du village de Rueil. Les soins les plus assidus et les plus éclairés ne purent conjurer de nouveaux accidents : le 5 mai 1808, il succomba à une nouvelle attaque d'apoplexie, à l'âge de cinquante-deux ans.
Les ouvrages de Cabanis peuvent être partagés en trois séries bien distinctes : les uns sont purement littéraires, les autres embrassent les questions médicales, et les autres portent sur des questions de philosophie.
Nous n'avons ici à nous occuper que des derniers, et plus particulièrement des douze mémoires publiés d'abord en 1802 sous le titre de Traité du physique et du moral de l'homme, et augmentés, en 1803, de deux tables, l'une analylique, par M. Destutt de Tracy, et l'autre alphabétique, par M. Sue. C'est l'ouvrage connu aujourd'hui sous le titre de Raj)porlsd'i physique cl du moral de l'homme. Les six premiers mémoires, ayant été lus à l'Innlitut en 1796 et 1797, se trouvent imprimés dans les deux premiers vo-
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lnmes de la cinquième classe ; les autres ont été publiés ultérieurement.
Les premiers mémoires renferment des considérations générales sur l'étude de l'homme et sur les rapports de son organisation physique avec ses facultés intellectuelles et morales : un court historique en forme le préambule. Cabanis veut tout d'abord" prouver que Pythagore, Démocrite, Hippocrate, Aristote et Épicure ont fondé leurs systèmes rationnels et leurs principes moraux sur la connaissance physique de l'homme ; mais, en même temps, il déclare qu'on ne sait rien de précis sur la doctrine de Pythagore, et qu'on peut en dire autant de Démocrite. Quant à Hippocrate, il ne mentionne guère que ses travaux en médecine. Il termine par quelques mots sur Épicure, et arrive immédiatement à Bacon. De Platon il n'est parlé qu'en termes de mépris : « Les rêves de Platon, dit Cabanis, convenaient aux premiers Nazaréens et ne pouvaient guère s'allier qu'avec un fanatisme sombre et ignorant. »
Arrivé aux temps modernes, Cabanis a réservé toute son admiration pour les chefs de l'école sensualiste, pour Hobbes, Locke, Helvétius et Condillac; toutefois, son admiration, dit-il, ne l'empêchera pas de regretter qu'Helvétius et Condillac aient manque de connaissances physiologiques. Broussais disait précisément la même chose de Destutt de Tracy. « Si Condillac eût mieux connu l'économie animale, dit Cabanis, il aurait senti que l'àme est une faculté et non pas un être, » c'est-à-dire que Condillac serait resté un pur matérialiste. Quant à Descartes, Cabanis a bien voulu le mentionner, mais avec des restrictions, ses erreurs ne devant pas nous faire oublier, dit-il, les services qu'il a rendus à la raison humaine.
Tel est, suivant Cabanis, le tableau rapide des progrès de l'analyse rationnelle ; ce philosophe [ voit déjà clairement un rapport étroit entre es progrès des sciences morales et ceux des sciences physiologiques ; mais ce rapport devra se retrouver encore bien mieux dans la nature même des choses.
Pour exposer convenablement cette nature des choses; Cabanis pose d'abord en fait que la sensibilité physique est le principe le plus général que fournisse l'analyse des facultés intellectuelles et des affections morales, et il en conclut que le physique et le moral se confondent à leur source ; ou, en d'autres termes, que le moral n'est que le physique considère sous certains points de vue plus particuliers.
Cette proposition paraît tellement démontrée à Cabanis, qu'il ne cherchera pas même à en donner la preuve. Si cependant on trouvait qu'elle a besoin de développement, il suffirait, suivant lui, d'observer que les opérations de l'âme ou de l'esprit résultent d'une suite de mouvements exécutés par l'organe cérébral. Singulier complément d'une proposition dénuée elle-même de preuves, qu'une observation absolument impraticable! Quels sont, en effet, les prétendus mouvements invoqués ici par Cabanis? Il suffirait, dit-il, de les observer : mais qui a jamais pu les observer? et quand ils seraient observables, comment en inférer que la pensée résulte de ces mouvements?
Après avoir posé ainsi cette pierre d'attente de tout son édifice, Cabanis traite incidemment des tempéraments, puis il revient aux organes particuliers du sentiment ; son but est surtout de prouver que la connaissance de l'organisation répand beaucoup de lumière sur la formation des idées. Cette proposition peut être vraie; mais Cabanis nous montre qu'il n'avait lui-même
qu'une connaissance fort imparfaite des faits d'expérimentation ; il assure, par exemple, que ce sont véritablement les nerfs qui sentent; que c'est non-seulement dans le cerveau et dans la moelle allongée, mais aussi dans la moelle épinière, que l'individu perçoit les sensations! et il ajoute que sans ces connaissances il est impossible de se faire des notions complètement justes de la manière dont les instruments de la pensée agissent pour la produire!
Étrange manière de raisonner ! Cabanis, d'une part, se contente des notions les plus superficielles et les plus inexactes pour se rendre compte des phénomènes de la pensée , et d'autre part, il assure que cette pensée, qui a pardessus elle des instruments matériels, est néanmoins produite par ces mêmes instruments !
Les mémoires suivants sont consacrés à l'histoire physiologique des sensations : c'est du moins le but que se proposait Cabanis ; mais il n'y a véritablement ici aucune histoire physiologique. Au lieu de nous exposer, par exemple, quel est le mode d'action des corps extérieurs sur les organes de sensations spéciales, de nous dire ce qui se passe dans chacun de ces organes sous l'influence des divers excitants, Cabanis s'est jeté dans l'idéologie de l'époque : ce qu'il prétend démontrer, c'est que les impressions reçues par les organes sont également la source de toutes les idées et de tous les mouvements. Nous ne cherchons pas à réfuter la première partie de cette proposition, savoir que toutes les idées proviennent des impressionsfaites sur les organes; nous dirons seulement que l'école à laquelle appartenait Cabanis a cela de particulier, en psychologie comme en physiologie, qu'elle n'a jamais pu concevoir un fait d'activité sans un fait préalable de sensibilité : il lui faut d'abord, et à toute force, une sensation, et elle veut que celle-ci vienne toujours du dehors. Cabanis change les mots, mais il accepte l'idée fondamentale ; seulement, il trouvait que ses maîtres avaient un peu trop restreint la source des sensations : il voulait qu'il en vînt aussi du dedans ; il disait qu'en idéologie^ il conviendrait de faire la part des idées qui révèlent des sensations internes. Cabanis, en cela, avait parfaitement raison ; il y avait là toute une source de sensations, qui avait été négligée par ses prédécesseurs : ceux-ci n'avaient tenu compte que du toucher externe, en quelque sorte. Or, il est évident que du sein même des organes il surgit une foule de sensations, et de sensations qui doivent, pour une bonne part, contribuer à la formation des idées. Cette extension devait donc être faite ; et nous ajouterons que Cabanis a été aussi loin que possible dans ce sens : ceci l'a conduit à exposer, mieux qu'on ne l'avait fait avant lui, un ordre tout entier de déterminations ; nous voulons parler des déterminations instinctives. Cabanis a bien traité cette question : il a fait voir que sur ce point les idées d'Helvétius étaient erro< nées ; qu'il est une foule de déterminations tout à fait en dehors de l'expérience et de la raison, pour lesquelles il n'est nullement besoin d'éducation, qui tout d'abord acquièrent leur plus haut degré de perfection, parce qu'elles émanent d'une source tout à fait distincte, c'est-à-dire de ïinstincl.
Il est d'autres faits que Cabanis avait encore parfaitement remarqués, mais son système l'égarait à chaque instant; en voici de nouvelles preuves. Nous savons avec certitude, dit-il, que l'attention modifie directement l'état local des organes; et il ne se demande pas ce que c'est au fond que cette attention qui jouit ainsi du privilège de modifier ses propres organes; cela