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l'existence, on a le droit de penser que l'auteur, ou plutôt le restaurateur de cette doctrine, dont le berceau est dans l'Inde brahmanique, est plus près du système de l'émanation que de la création ex nthilo. Il ne serait même pas difficile de trouver dans la Philosophie du Chrittianiame (t. Il, p. 276) des passages on le dogme de la création est formellement répudié.
Aussi le clergé catholique a-t-il accueilli avec défiance une philosophie qui contenait de telles propositions et qui, sous prétexte d'interpréter l'Ëcriture, la livrait à la discrétion de l'esprit de système. L'évéqne de Strasbourg, M. de frévern, a cru devoir la condamner publiquement dans un écrit qui a pour titre : Avertissement sur Penteignement de M. Baulain (Strasbourg, 1834). Une commission ecclésiastique, appelle un peu plus tard & donner son avis sur la même question, justifie la sévérité du prélat. Elle reproche à l'abbé Bautain « des théories insoutenables où tout se réduit à un dangereux mysticisme qui nous ferait prendre l'illnsion de l'imagination pour des oracles du Saint-Esprit, et les rêveries d'un esprit malade pour des vérités de la foi {Rapport à Mgr T^v^^ue de Strasbourg sur les écrits de m. l'abbé Bautain , Strasbourg. 1838). Obligé de se rétracter, l'abbé Bautain l'a fait , dans la préface de sa Philosophie morale, en termes assez équivoques pour laisser subsister le fond de ses opinions.
Aux écrits philosophiques de Bautain qui viennent d'être cités et analysés, il faut ajouter sa thèse en médecine : Propositions générMes sur la vie, présentées à la Faculté ae médecine de Strasbourg, 1836: ia Morale de l'Évangile comparée à la morale des philosophes, in-8, Strasbourg, 1827, et Paris, 1855; L««r« à Mgr de Trévern, in-8, Strasbourg. 1838j la Conscience, ou la Règle des actions humaines, in-8. Paris, 1860 ; Manuel de Philosophie morale, in-18, Paris, 1866. Sons le titre suivant : la Religion et la Liberlé considérées dans leurs rapports, in-i, Paris, 1848, on a réuni ses conférences à Notre-Dame.
BATEa (Jean), né près d'Épéries, en Hongrie, dans la première moitié du xvi* siècle, étudia la philosophie, la théologie et les sciences i Toul, où il ne tarda pas à enseigner. Rappelé dans son pays pour y diriger une école, il fut ensuite reçu
Iiastèur et en exerça les fonctions. Ennemi de a philosophie d'Aristote, qu'il ne croyait propre qu'a faire naître des discussions sans pouvoir en terminer aucune, il s'appliqua d'une manière particulière à une sorte de physique spéculative, et suivit en partie les doctrines de Coménius. Voulant arriver à une théoriej>hysique de la nature, en prenant surtout Hoise pour guide. Bayer, ainsi que Coménius, admet trois principes : la matière, l'esprit et la lumière. Par antipathie pour la nomenclature d'Aristote, il évite le mot matière, se sert de celui de masse mosaïque {massa mosaica). et lui reconnaît deux états successifs : celui d une première création, c'est alors la matière universelle ; celui d'une seconde création, état en vertu duquel elle devient telle ou telle espèce de matière. Le premier de ces états ne dura qu'un jour, et il n'en reste plus rien aujourd'hui. Le second fut l'effet u ■ "'■^''t''"* pendant les jours suivants; il subsiste encore maintenant sous les différentes esptces et les différenU genres des choses. Suivant que la matière revêt l'un ou l'autre de ces aenx états, elle est primordiale ou séminale,
intervient dan^Vn" V^"" '".""n'cre. L'esprit, qui n'e.r^\eXmL. "i^?"*^"" <ie toutes choses, •i pa» seulement Dieu, mais c'est enmr» .,n
B, mais c est encore un
esprit vital, plastique ou formateur {moeaicus puumiator). Parmi les agents extérieurs, les uns sont des causes efficientes solitaires, c'est-i-dlre assez puissantes pour produire leurs effets par elle-mêmes ; les autres ne sont que des causes concurrentes, incapables d'agir efficacement si
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choses corporelles, en faisant celles-ci à l'image des premières. Cet esprit vital se divise et se subdivise & l'infini; ou plutôt il prend des noms divers selon les effets qu'il jirodoit et selon la sphère dans laquelle son action se manifeste. Il donne aux corps la forme et le principe qui les anime; il donne à l'univers physique le mouvement et l'harmonie. C'est i lui qu'est due la fermentation, qui est une de ses principales fonctions. Il est le principe actif, et la matière le principe passif. La lumière est le principe auxiliaire ; elle tient une sorte de milieu entre la matière et l'esprit, et son intervention est nécessaire pour achever l'oeuvre de la création. Bayer distingue une lumière primitive ou universelle, et une lumière adventice ou caractérisée, et en fait consister le mode d'action dans le mouvement, l'agitation, la vibration : ce mouvement s'accomplit on i la surface des corps on à leur centre, deux circonstances qui expliquent le chaud et le froid. Bayer distingue une foule de points de vue dans la lumière, et fait naître à chaque instant de nouvelles entités, telles quels nature dirigeante ou l'idée, principe plastique on formateur des qualités des CAOses; la nature figurée Inatura sioiUata), d'où résultent les caractères distinct ifs aes corps et leurs différentes formes. La forme a cependant une antre raison encore : c'est la configuration de la matière première, on la concentration des esprits, et le degré sons lequel se montre la lumière {temperamentum lucis). Bayer lait de la plupart des propriétés ou des quahtés des choses autant de principes. Ainsi, l'étendue, la limite, la figure, la continuité, la juxtaposition, la situation sont des na tures ou des principes. D'autres propriétés on
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toutes ces propriétés ; d'où il suit que la matière peut penser et vouloir. Ce n'est pas tout encore. La combinaison de ces principes divers doime naissance à d'autres propriétés, qualités on natures. C'est de là que procèdent l'entité par excellence on l'être, la subsistance. le nombre, le lien, etc. L'amour, la haine, le désir, l'aversion ont une nature et une origine semblables. — Brucker, et avant lui Morbof, ont-ils en tort de perdre patience devant toutes ces fictions ontologiques, et de les appeler des subtilités sans valeur et sans ordre?
Bayer a laissé les ouvrages suivants : Oslium vel atrium naturoe iconographice delineatum, id est Fundamenta interpretationis et admtnistrationis generalia, ex mundo, mente et scripturis jacla, in-8, Cassov., 1662; — Filo labyrinlhi^ vel Cynosura seu luce menttunt universaltj eognoscendis, expendendis et corntnunicandw universis ràius accensa, in-8, Leipzig, 1685. i. T.
BATUB (Pierre) naquit, en 1647, i Cariât, dans le comté de Foix. Son père, ministre calviniste, se chargea de sa première éducation, et lui enseigna lui-même le latin et le grec. Plus tard, le jeune Bayle est envoyé à Puylaurens, où il continue ses études avec autant d'ardeur que de succès. Sa rhétorique achevée dans cette académie, il va, en 1669, à Toulouse, chez lesjésui-
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tel, faire son cours de philosophie. li, emlnr- Tassé par quelques oI)jections elerées contre ses croyances religienses, il abjure en faveur du catoolicisme, qui lui parut un moment plus rationnel que le calvinisme, auquel de nouvelles riflezions et les instances de sa famille le ramènent bientdl. A peine rattaché à l'Eglise réformée, il se rend à Genève, s'y familiarise avec le cartésianisme, auquel il sacrifie le péripatétisme scolastique qu'il avait appris des jésuites, et y contracte avec les célèbres professeurs en théologie Pictet et Léger, et surtont avec un jeune nomme qui se fit remarquer dans la suite comme écrivain et ministre du saint Ëvangile, avec Basnage, une de ces liaisons que la mort seule peut rompre. Puis nous le voyons, gr&ce i. l'active amitié de Basnage, entrer successivement, comme précepteur, dans la maison de H. de Normandie, à Genève ; dans celle du comte Dohna, à Coppet; et enfin à Paris, dans celle de M. de Beringnen. En 1675, une enaire de philosophie, vacante à l'Académie de Sedan^ est mise an concours. Pressé par Basnage, qui achevait
Il occupait ce poste depuis six ans, i la satisfaction de tout le monde et de Jurieu lui-même, qui, malgré son caractère envieux, n'avait pu Ini refuser son estime, lorsqu'on 1681. cinq ans avant la révocation de l'edit de Nantes, l'université calviniste de Sedan fut supprimée. Bayle passe avec Jurieu à Rotterdam, on U. de Paets fait créer pour eux l'École illuslre. L'enseignement dont Bayle y fut chargé comprenait la philosophie et l'histoire. Ses leçons et surtout ses publications, remarquables à tant de titres, attirent bientôt sur le professeur de Rotterdam l'attention générale; ses relations s'étendent; tous les savants de l'Europe correspondent avec lui; la reine Christine lui écrit de sa main. Hais il faut un nuage à nos pins belles journées. La haine et l'envie vinrent tourmenter cette heureuse existence. Jurieu poursuit avec un acharnement odieux son trop célèbre rival. Il le dénonce comme athée au consistoire, comme conspirateur à l'autorité politique. Ses menées, après avoir longtemps échoué, à la fin réussirent. Bayle perdit sa chaire et sa pension. Cette perte ne paraît l'avoir affecté qu'en ce qu'elle donnait gain de cause à son adversaire. D'ailleurs le philosophe se félicitait vivement d'avoir échappé aux cabales et aux enlreman^eries professorales, si communes dans les académies, et de pouvoir vivre pour lui-même et les muses, sibi et muais. U se trouvait si bien de cette indépendance, malgré les poursuites de Jurieu et celles de Jaqnelot et de Leclerc, qui se lignèrent pour inquiéter ses dernières années, qu'en 1706, le comte d'Albemarle lui ayant demandé comme une grâce de venir habiter sa maison à la Haye, Bayle refusa. Hais déjà il souffrait de la maladie qui devait l'emporter. Une affection de poitrine & laquelle quelques-uns de ses parents avaient succombé, et qu'il refusaiit de soigner, faisait chez lui des progrès rapides qu'il ooservait avec un calme imperturbable. Son activité n'en fut pas on instant ralentie; ses travaux se poursuivaient comme par le passé; et la mort^ une mort sans douleur, sans agonie, le surprit, le 28 décembre 1706, comme dit son panégyriste, (a plume à la mam; il avait cinquante-neuf ans.
On connaît peu d'existences littéraires anssi bien fournies que celle de P. Bayle. Depuis l'&ge de vingt ans il s'était à peine accordé quelques instjMits de repos. A ceux qui s'étonnaient de la rapidité avec laquelle ses publications se succé-
daient, il pouvait répondre ce qu'on lit dans la préface du tome II de son Dictionnaire histoinque et critique : « Divertissements, parties de plaisir, jeux, collations, voyages à la campagne, visites, et telles autres récréations nécessaires i quantité de gens d'étude, à ce qu'ils disent, ne sont point mon fait; je n'y perds point de temps. Je n'en perds point anx soins domestiques, ou à briguer quoi que ce soit, ni à des sollicitations, ni a telles antres affaires.... Avec cela, un auteur va loin en peu d'années. »
11 écrivait avec une extrême facilité, et il revenait rarement sur son premier travail. ■ Je ne fais jamais, dit-il quelque part, l'ébauche d'un article ; je le commence et l'achève sans discontinuation. » Ce qu'il cherche surtout dans les formes dont il revêt sa pensée, c'est la clarté, et son style est plutôt vif et coulant qu'élégant et chfttié.
Son érudition était immense, et elle ne manquait pour cela ni d'exactitude ni de profondeur. Il avait d'ailleurs antant de logique que de science; c'était nn de ces hommes rares chez lesquels la mémoire ne semble pas nuire au raisonnement. Halhenrensement toutes ces forces sont dépensées en pure perte au profit du paradoxe et du scepticisme.
Toutes les questions importantes que la philosophie se propose de résoudre se hérissent, selon Bayle, d'inextricables difficultés. Cette proposition, il y a un Dieu, n'est pas d'une évidence incontestable. Les meilleures preuves sur lesquelles on a coutume de s'appuyer, comme celle qui conclut de l'idée d'un être partait à son existence, soulèvent mille objections. Il peut même y avoir, touchant l'existence divine, une invincible ignorance. A la rigueur, tous les hommes pourraient encore se réunir dans une croyance commune à l'existence de Dieu ; mais il leur sera difficile de s'entendre sur sa nature ; car jamais ils ne pourront accorder son immutabilité avec sa liberté, son immatérialité avec son immensité. Son unité est loin d'être démontrée. Sa prescience et sa bonté ne se concilient pas aisément, l'une avec les actes libres de l'homme, l'autre avec le mal physique et moral qui règne sur la terre et les peines étemelles dont l'enfer menace le péché. Ses décrets sont impénétrables, ses jugements incompréhensibles. Nous n'avons que des idées purement négatives de ses diverses perfections [Œuvres diverses, passim).
Qu'est-ce que la nature ? « Je suis fort assuré {Dictionn. hist. et erit., art. Ptrrhon) qu'il y a très-peu de bons physiciens dans notre siècle qui ne soient convenus que la nature est un abime impénétrable, et que ses ressorts ne sont connus qu'a celui qui les a faits et les dirige. » Bayle ne voit aucune contradiction à ce que la matière puisse penser {Object. in libr. secund., c. m).
« L'homme est le morceau le plus difficile à digérer qui se présente à tous les systèmes. U est recueil du vrai et du faux ; il embarrasse les naturalistes, il embarrasse les orthodoxes.... Je ne sais si la nature peut présenter un objet plus étrange et plus difficile à pénétrer à la raison toute seule, que ce que nous appelons un animal raisonnable. 11 y a là un chaos plus embrouillé que celui des poètes. »
Que savons-nous de l'essence et de la destinée des âmesî On établit également^ avec des arguments qui se valent, leur matérialité et leur immatérialité, leur mortalité et leur immortalité. Notre liberté ne nous est garantie que par des raisons d'une extrême faiblesse; et les principes sur lesquels la morale s'appuie sont encore moins assurés que ceux qui donnent aux sciences physiques leur base chancelante et leur mo«
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