‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 38 sur 156 · BORN · texte numérisé non relu

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taant on infini relatif qni ne se confond pas avec bien, seul absolnment infini. Il est bien loin d'attribuer à l'univers les attributs de la divinité : il n'a pour lui que des paroles méprisantes : la somme d'£tre, dit-il, n'est pas pins grande après la création qu'avant; l'être créé ne peut entrer en ligne de compte avec son créateur, et son infini est néant devant celui de Dieu : Substantia tnea ianguam nihilum ante te. Cependant tout chétifqu il est, l'être créé perçoit directement l'infini dans les idées qui appartiennentà son entendement: il les distingue de celles qui constituent l'entendement divin, et se pose ainsi comme une réalité, comme une personne. Haine de Biran se trompe quand il ait : • Nous apercevons le moi actuel de la conscience, mais le moi absolu, r&me, substance ou chose pensante, nous échappe. • Tout au contraire Je moindre jugement implique l'af&rmation de notre être, et rien de nous-mêmes n'échappe i notre perception : notre substance, ce sont nos idées.

La « philosophie des idées» s'applique à la nature comme i l'homme et à Dieu : la substance de l'univers matériel est constituée par les mêmes éléments que celle de l'homme et de Dien; il y a en elle quelque chose de semblable aui idées, un fond intelligible, analogue à celui que nous reconnaissons en nous-mêmes. Le monde et nous nous sommes faits de la même étoffe. La force et l'étendue y sont indissolublement unis. Ce qui frappe d'anord l'attention ce sont les rapports de grandeur et de quantité, plus saillants, plus aisés à saisir que les idées de perfection et de force. Aussi la première métaphysique de la nature est-elle un mécanisme matérialiste qni réduit l'univers i des atomes sans vie, sans spontanéité, simples corpuscules à la fois étendus et indivisibles, ce qui implique contradiction. Le dynamisme est une erreur déjà plus savante. Hais en ramenant l'idée de la substance & celle de la force, Leibniz ne peut expliquer les notions de division, d'organisme, dénombre; une pensée qni est une simple force ne peut les puiser en elle-même; elle ne peut non plus les tirer du dehors puisque ces forces prétendues n'agissent pas les unes sur les autres. Il risque donc de confondre toute réalité dans l'unité immobile des Ëléates. Sans doute on peut à la rigueur expliquer la constitution des corps par des forces moléculaires-agissant avec des intensités et des directions différentes. Hais d'où proviennent ces différences de degré ou de nature dans le mouvement, sinon de la figure qui les détermine; on retrouve ici comme partout l'alliance indissoluble de la force et de l'étendue, de l'unité et du nombre. Seulement ce n'est plus la même force, ni la même étendue que chez l'homme ou chez Dieu ; ni le même rapport entre l'une et l'autre. On ne confondra pas la grandeur pure, l'étendue tpiriliteUe, qui convient seulement a Dien et aux êtres pensants, et la quantité matérielle qui est inhérente au corps; il faudra même faire entre ces deux extrémités une division particulière pour les animaux et les végétaux. De plus, en remontant du corps brut jusqu'à Dieu, on voit changer les relations respectives de la force avec la grandeur : dans le règne inorganique la force est avec la grandeur « dans un rapport rigoureux • ; elle prédomine à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des êtres. De là cette conséquence que le mécanisme n'est calculable que dans les limites de la nature brute, là où toute la force se déploie suivant la quantité. Il y aura donc deux ordres de sciences bien distinctes : d'un côté la métaphysique, la théologie, la morale, la politique, la médecine, la zoologie, la botanique, et de l'autre les mathématiques; il y a entre ces

deux parties du savoir humain des barrières in* franchissables, et rien ne doit passer d« Tuntt à l'autre. Sans doute dans la première commo dans la seconde on mesure, on compte, on parlo de petit et de grand, de plus et de moin?, etc.; mais ces idées de grandeur sont ici de simples moyens, et n'entrent dans nos opérations que pour aider à se produire les idées de perfection qni sont alors les objets vrais de la pensée. Le contraire a lieu dans les mathématiques. Pythagore et Platon ne sont pas les seuls qui aient confondu ces deux règnes, le nombre idéal et le nombre mathématique. La prétention de tout soumettre au calcul se reproduit à chaque instant . « elle n'est ni matérialiste, ni spiritualiste; elle est destructive de toute substance. » Les mathématiques ne peuvent s'appliquer aux autres sciences ; l'extension qu'on a voulu donner aux applications du calcul des probabilités • est une des plus grandes extravagances qui soient tombées dans l'esprit humain. « De même la logique qui affecte parfois des allures mathématiques, est l'ennemie la plus acharnée de la philosophie. Elle repose sur cette hypothèse imaginaire que les idées de perfection s'expriment exactement par les mots, comme les idées de grandeur par les symboles mathématiques; elle traite donc la pensée comme s'il n'y avait en elle que des idées de quantité. De là un duel à mort entre la logique et la philosophie : « elles s'excinent comme la mort et la vie. » Les logiciens ont une pensée qni agit hors d'elle-même, les philosophes voient en eux-mêmes l'idée de leur propre nature, la force, la perfection. Aussi y a-t-il une lutte sans cesse renaissante entre les uns et les antres. Aristote, ce grand logicien, « a exterminé la philosophie, » fondée par Platon. La logique à son tour, succombe sous les coups de Plotin et de saint Augustin, se ranime encore, « s'ébat dans les vastes et profondes ténèbres du moyen âge.» pour être anéantie par Descartes, et ressuscitee de nouveau par Wolf, Kant et Hég^el, ces derniers destructeurs de la philosophie. « La logique est impossible aux philosophes. *

On n'a pas interrompu cet exposé par des critiques qui auraient pu le compliquer. Quand un système est peu connu, sans disciples pour le soutenir, il est plus utile de le reconstruire que de le réfuter. Celui de Bordas-Démoulin est certainement, malgré son réalisme excessif, et ses contradictions insolubles, un des plus puissants efforts de la philosophie an xix* siècle. On ne peut s'y méprendre : cette pensée vigoureuse qui approfondit sans se lasser une seule idée féconde, et ramène à son unité, parfois non sans violence, tout un ensemble de vérités, est celle d'un vrai métaphysicien; et c'est justice de décerner à cet homme méconnu et malheureux ce titre si rarement mérité en notre temps et en notre pays.

Outre les ouvrages cités plus haut on peut consulter : Fr. Huet : Histoire de la vie et des ouvrage» de Borda» -Démoulin. Paris. 1861. L'auteur a été le disciple et l'ami fidèle de Bordas ; il est mort récemment après avoir eu la tristesse de confesser que l'idée d'une conciliation entre la philosophie et la religion était une chimère. E. C.

BOBN (Ferdinand-Gottlob), professeur de philosophie à Leipzig, où il était né en 1785, est principalement connu comme auteur d'une traduction latine des œuvres de Kant (3 vol. jn-8, Leipzig, 1796-1798). Hais il a aussi publié, dans le sens de la philosophie critique, plusieurs ouvrages originaux dont voici les titres : Essai sur les principes fondamenlattx de la doctrine de la sensibilité, ou Examen de divers doutes, etc.,

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