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normale oii il put entendre les leçons de Cousin et de loufiroY. Nommé ensuite suppléant do la chaire de philosophie du collège de Rouen, il dut, comme beaucoup d'autres, renoncer à l'enseignement publie lors du mouvement de réaction qui entrama le licenciement de l'École normale en 1821. 11 obtint néanmoins le titre d'à
professa plusieurs années au collège Rôllin, qui était alors une instituttion particulière. Apres la révolution de 1830,11 exerça les mêmes fonctions aux collègesSaint-Loais, Charlemagne. Henri IV, et fut nommé en 1840 proviseur du collège Bourbon, puis membre du Conseil royal de 1 instruction publique, inspecteur de l'Académie de Paris et enfin inspecteur général ; il est mort en 1864. Ses titres philosophiques, sans être éclatants, sont recommandables : il & publié dans la collection Lemaire les œuvres philosophiques de Cicéron et celles de Sènèque^ avec des notes qu'il aurait sans doute perlectionnées, s'il avait pu reprendre ce travail dans sa maturité; il a donné une excellente édition des œuvres philosophiques de F. Bacon, la meilleure, sans contredit, que nous
Sosséaions. Enfin il a employé une bonne partie 'une vie laborieuse, et distraite par d'antres travaux bien connus, a traduire les Ennéades de Plotin (1857, 3 volumes in-8). La tâche était difficile; elle exigeait la connaissance de la langue et celle des systèmes : M. Bouillet l'a accomplie avec succès, des cinquante-quatre livres, hérissés de passages obscurs, ont été traduits en un langage exact et qui s'anime quand le texte devient éloquent; les difficultés en ont été signalées, discutées, souvent éclaircies ; des notes remarquables, de vraies dissertations ont fait connaître, non sans une certaine surabondance de renseignements, tout ce que Plotin doit à. ses devanciers et tout ce que ses successeurs lui ont emprunté; et le traducteur s'est si bien passionné pour son auteur qu'il voudrait non-seulement imposer sa doctrine, mais encore la justifier, et la laver du reproche de panthéisme. E. C.
BOUi.AnrviiJLXERB (Henri, comte de), né à Saint-Laire, en Normandie, en 1658, d'une ancienne famille nobiliaire, et mort en 1722, embrassa d'abord le parti des armes, qu'il quitta bientôt pour consacrer le reste de ses jours aux affaires de sa famille et aux travaux ae la pensée. Sa réputation se fonde principalement sur ses œuvres historiques, où il soutient, entre autres paradoxes, que le gouvernement féodal «st le chef-d'œuvre de l'esprit humain. Mais il appartient aussi i l'histoire de la phUosophie par <iuelqnes écrits, les uns imprimés, les antres manuscrits, où se décèle un esprit inquiet, flottant entre la superstition et l'incrédulité. Sous prétexte de rendre plus facile la réfutation de Spinoza en mettant ses opinions à la portée de tout le monde, Boulainvilliers a eu réellement pour but de propager le système de ce philosophe, en dissimulant tontes les difficultés dont il est hérissé, et en substituant au langage austère du métaphysicien hollandais une forme simple et pleine d'attraits. Tel est le véritable caractère du livre intitulé : Réfutation des erreurs de Benoît de Spinoza, par M. de Fénelon, archevêque de Cambrai, par le P. Lami, bénédictin, et par M. le comte de Boulainvilliers, etc., in-12, Bruxelles, 1731. Ce même ouvrage, avant d'être imprimé, était aussi connu sous ce titre : Essai de métaphysique dans les principes deB. de Sp., et c'est a tort que la Biographie de Michaud en fait un ouvrage distinct. Quoique l'auteur déclare, avec cette nypocrisie devenue plus tard si commune chez Voltaire, que la Providence ne manquera pas de se susciter des défenseurs, et que si les années n'avaient déjà
afl°aibli sa vivacité, il aurait lui-même pris part à la réfutation du plus- dangereux livre qui ait été écrit contre la religion (ouvr. cité, Prefiîce), ses intentions ne sauraient échapper & personne.
Il a écrit dans le même esprit, comme il nous l'apprend lui-même (uét supro^, une analyse du Traité théologico-poUlique^ imprimée à la suite des Doutes sur la religion (m-12, Londres, 1767). Le Traité des trois Imposteurs, qu'on lui attribue également (in-^ sans nom de lieu, 1775, de 102 p.), n'est qirun extrait du li^Te intitulé : la Vie et l'Esprit de Spinoza, in-8, Amst., 1799, ou plutôt de la deuxième partie de ce livre, l'Elit de Spinoza. Enfin Boulainvilliers est l'auteur d'un ouvrage demeuré manuscrit sous le titre de : Pratique abrégée des jugements astrologiques sur les nativités (3 vol. in-4, n" 569 et 570 dans la bibliothèque de M. Jariei de Forge, dont le fonds provenait de celle de Boulainvilliers). 11 avait réuni plus de 200 volumes sur la philosophie hermétiâue et les sciences occultes. Les écrits philosophiques de Boulainvilliers ont aujourdhui perdu toute leur valeur. La prétendue Réfutation du système de Spinoza est une exposition très-faible et très-incomplète de la doctrine contenue' dans l'Éthique, et n^ofire pins d'autre intérêt que celui de la rareté. Voy. Œuvres de Spinoza publiées par H. E. Saisset.
BOtJRDIN (Pierre), jésuite fi'ançais, né àUoulins en 1595, enseigna la rhétorique et les mathématiques à la Flèche et à Paris, où il mourut en 1653. Il a laissé quatre ou cinq ouvrages de mathématique. Mais son nom serait profondement inconnu, s'il n'a\'ait opposé aux méditations de Descartes les septième objections qu'on lit à la suite de cet ouvrage, et si Descartes ne lui avait fait l'honneur de lui répondre. Bourdin avait commencé par écrire en 1640 quelques traités contre les idées de Descartes surtout en matière d'optique ; puis il en composa des thèses qu'il fit imprimer « et qu'il soutint, dit Descartes, pendant trois jours avec une pompe et un appareil extraordinaires. > Enfin n rédigea contre les Méditations une longue et lourde dissertation, remarquable seulement par la mauvaise foi des interprétations et la grossièreté des critiques. Descartes prit la peine de se défendre, et de se justifier du reprocne de scepticisme, qui résume tous les arguments du P. Bourdin. Il eut la faiblesse d'accuser auprès du P. Dinet, provincial des jésuites, son indigne adversaire et son écrit « conçu en termes si pleins d'aigreur qu'un particulier même et qui ne serait tenu par aucun vœu solennel de pratiquer la vertu plus que le commun des hommes, ne pourrait avec bienséance se donner la Ucence d'écrire de la sorte.» {Lettre au Père Dinet, Œuvres complètes de Descartes, édition Cousin, t. IX, p. 1.) — Les seuls détails biographiques qu'on ait trouvés sur le P. Bourdin sont contenus dans une courte notice de la Bibliotheca scriptorum societatis Jesu. On n'y parle 'pas de sa querelle avec Descartes. E. C.
BOURSIER (Laurent-François), docteur de Sorbonne, né à Écouen en 1679, mort à Paris en 1749, fut un dos chefs du parti janséniste, et prit en cette qualité une pan active aux querelles religieuses des premières années du règne de Louis XV. Il mérite une place dans l'histoire de la philosophie par son ouvrage De l'action de Dieu sur les créatures, traité dam lequel on
grâce, iyol. in-^, '^«"s, n 15. Boursier est un disciple de Malebranche q^ exagère la théorie
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des causes occasionnelles au point de soutenir qne, pour toute action, « nous avons besoin d'un secours actuel et prédéterminant. > Malebrancbe, dont il ne partageait pas les opinions sur la grâce, écrivit contre lui ses Réflexions sur la prémotion physique. Boursier a eu aussi pour adversaire, le P. Dutertre, qui l'a réfuté durement. Voy. Histoire de la philosophie cartésienne, par H. Bouillier, Paris. 1854, 2 vol. in-8; Essai sur l'histoire de la philosophie en France au dixseptième siècle, par H. Damiron, Paris, 1846, 2 vol. in-8.
BOUTER'WXCK (Frédéric) n'est pas seulement connu comme philosophe; il était aussi poète, et surtout fort bon critioue. Né à Oker dans le Hartz. en 1776, il étudia a'abord le droit, et finit par sadonner exclusivement à la littérature et à la philosophie. Il professa cette dernière science à Goëttingne, oii il termina sa carrière en 1828.
D'abord partisan des doctrmes de Eant, mais bientôt mécontent de l'idéalisme qui en est le dernier mot, et effrayé des conséquences que Fichte semblait en avoir rigoureusement tirées, il finit par se jeter dans une sorte de mysticisme philosophique analogue à celui de Jacobi. — Il retourne contre les sceptiques leurs propres arguments, et les met au défi de prouver que la certitude est impossible. C'est peut-être leur demander plus qu ils ne sont tenus de donner, les sceptiques pouvant fort bien borner leurs prétentions à soutenir qu'il n'y a rien de certain, pas même ceci : que nous ne savons rien.
Quoi qu'il en soit, Bouterweck^ soutenant que le sceptique est tenu d'établir l'impossibilité de la science philosophique, le place par là même sur le terrain du dogmatisme, puisque toute preuve exige un principe, un point de départ certain. Tel est le principe commun entre les sceptiques et les dogmatiques, principe qui doit servir a ruiner la thèse des premiers. Le but de VApodicli^tu, ou Traité de la eertitxuie démonstrative, publié par l'auteur en 1799, est de trouver ce point de départ certain, ce principe
générateur de la science; que cette science oive être positive, comme le veulent les dogmatiques, ou qu'elle doive être négative, comme le prétendent les sceptiques. Et, de peur de rencontrer un principe qui ne serait pas suffisamment large pour garantir toutes les croyances humunes primitives contre les atteintes du scepticisme, Bouterweck commence par reconnaître les grandes manifestations de la vie intellectuelle, lapens^, la connaissance et l'ach'on. De li trois parties dans YApodictique. Dans la
Sremière, on examine s'il y a un principe possible e vérité pour la sphère de la pensée pure et simple; c'est l'objet de YApodictique logique. Dans la seconde, on recherche l'existence et la portée de ce même principe en fait de science; c'est VApodietique transcendantale. Dans la troisième, il s'agit également d'établir le fondement de la certitude pratique, et d'en déterminer la sphère d'application ; c est VApodictique pratique.
Le résultat de VApodictique logique est que la pensée elle-même suppose la connaissance, et par conséquent la réalité. En effet, les jugements n'ont pas simplement pour objet de pures formules^ mais encore quelque chose que nous connaissons. En ne les considérant d'aoord que sous le point de vue logique, on n'y trouve rien de pins, ce semble, que le fait de la pensée même : Je pense. Hais, outre que ce fait est incontestable, il implique en onùe un principe supérieur, celui-ci : Je sais que je pense. La pensée suppose donc réellement le savoir; elle
le suppose même à un double titre, puisqu'il y a là deux choses connues, le sujet de la pensée, et le fait de la pensée.
Mais il s'agit de savoir maintenant quel est le principe de la connaissance ou du savoir. Si ce n'est pas la chose en soi, comme le veut Kant, ni le moi. comme le prétend Fichte, qu'est-ce doncT Tel est le problème de VApodictique transcendantale. Lidée fondamentale la plus élevée que l'homme puisse avoir est celle Hêtre, de quelque chose en général. On peut très-bien appeler cet être Vabsolu. Or, %n fait, l'existence de l'idée en nous est incontestable. Nous nous sentons attachés, dans notre nature la plus intime, à quelque chose d'innommé, qui, loin d'opprimer notre liberté, en est, au contraire, comme le principe secret, le sujet dernier. Hais à ce sentiment se joignent aussi ceux de la nécessité et de la vérité, qui sont subordonnés & l'idée de l'absolu, idée qui accompagne toute
Sensée. Le scepticisme, tout aussi bien qne le ogmatisme, ne peut se dispenser de partir de cette idée, de l'idée de l'être en général; son doute, autrement, n'aurait ni sens ni raison. Le sceptique, il est vrai, demande qu'on lui prouve que l'idée de l'absolu, dont il reconnaît la nécessité dans le raisonnement, est quelque chose
appell
pas, pour le sceptique lui-même, une valeur purement logique on idéale, mais encore une valeur ontologi((ne ou réelle.
Reste à savoir comment nous parvenons i l'absolu, comment nous pouvons légitimement lui donner une valeur ontologique, et ne pas en faire simplement un principe régulateur de la pensée, comme le voulait Kant. On ne peut résoudre cette question, dit Bouterweck, qu'en réfléchissant à l'origine de l'idée de l'absolu. Vitre étant impliqué dans toute pensée, il ne peut être le produit de la pensée. Donc il est quelque chose d'imaginaire et de chimérique, ou bien il doit y avoir une faculté de connaître absolue, fondement de la raison même, et qui ait pour fonction la découverte de l'être. L'être se trouve aussi au fond du sentiment ; c'est à lui que le sentiment est rapporté. La faculté absolue de connaître n'est donc pas la même chose que le sentiment. Celui-ci suppose la réalité connue par celle-là. Enfin, l'être véritable, réel, n'est pas plutôt découvert par la faculté absolue de connaître, que l'entendement le conçoit Identique avec l'idée de l'absolu, en sorte que l'être réel et l'être absolu idéal sont une seule et même chose. La faculté absolue de connaître produit donc immédiatement et simultanément ridée de l'absolu comme principe régulateur de la raison, et la reconnaissance réelle de l'être comme principe ontologique ou constitutif des choses. Cette faculté est donc supérieure à la sensibilité et à la raison.
Hais la réalité se présentant sous deux faces, comme sujet et comme objet, Bouterweck est conduit à désigner, dans la faculté absolue de connaître, la ^flexion absolue et le jugement absolu. La première donne les deux aspects de la réalité absolue, le snjet et l'objet; le second en donne l'essence invisible, la réalité absolue sans distinction. Du reste, le sujet ne se pose pas lui-même, comme le pense Fichte; il est moins encore un produit de l'objet, comme le prétend le réalisme vulgaire; mais le sujet et l'objet se posent simultanément, à titre de realit^ opposées, lorsque la réflexion absolue vient a redoubler la réalité absolue. On n'explique pas, du reste, la possibilité de la réflexion absolue.
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Ce résultat de VApodielique trameendantak est appelé par Bnhle un spinozisme négatif. 11 ne le juse Ruère plus avantageusement sous le rapport logique, puisqu'il ne le croit pas plus fort contre le scepticisme que le système de Éant et de Fichte. De nos jours, M. H. Fichte n'y voit qu'une hypothèse^ une sorte de dogmatisme rétrograde, déjà mis justement à l'écart par Kant et par G. Fiente. Un autre historien contemporain de la philosophie allemande ne trouve de neuf dans Boaterweck que le mot de virtualité^ qui ne lui parait pas d un heureux emploi. Ces jugements, Je dernier surtout, sont un peu sévères. Revenons à l'analyse de la troisième partie de l'Apodictique.
La volonté ne peut être conçue que par le principe de la liMrti; celui qui veut quelque chose doit pouvoir aussi ne pas le vouloir. Hais au-dessus de la liberté, se conçoit la force vivante qui en est le fonaement. Le moi idéal qui s'évanouit, aux yeux de la philosophie théorique, dans l'Être infini, prend, dans la philosophie
Pratique, le caractère d'une réalité individiMe. 'unité des points de vue théorique et pratique résulte de ce que la réalité pratique de l'individu doit être reconnue par un seul et même jugement absolu, en même temps que la réalité absolue en
Sénéral. La réalité et l'individualité se réunissent onc, an moyen de la faculté absolue de connaître, en une réalité unique, qui n'est que la réalite pratique en général, c'e£t-à-dire réalité par puissance et résistance ; c est cette réalité que Bonterweck appelle virtualité. La virtualité est donc l'unité absolue de forces contraires et qui n'existent, ou du moins ne s'exercent, qu'à cause de leur opposition mutuelle. La virtualité est le fondement réel de toute l'Apodictique. En sorte qu'on pourrait très-bien appeler ce système du nom propre de virtualisme. Le moi n'est que par la virtualité ; c'est une force relative qui s appuie sur la force absolue, et n'existe qu'en elle. Il ne constitue pas l'opposition ou la résistance, comme le pense Fichte, mais il coexiste avec elle et la suppose.
Suivant VApodietique, il n'y a pas une raison pratique opposée à la raison théorique; il n'y a qu une taculté absolue de connaibe, qui ne contient ni intuition sensible, ni concept logique, mais la pensée théorique pure de l'être, de la réalité, et la pensée pratique pure de la puissance et de la résistance, ou de la virtualité, de l'individualité de la personne et de la loi morale. Cette loi n'est pas un principe primitif, quoique l'entendement lui prête ce caractère. Elle n est d'abord qu'un sentiment, et agit comme tel. Hais dès qu'une fois l'entendement a développé la matière de ce sentiment, les deux idées morales
Îinres, celles de droit et de devoir, se révèlent à ni. Le droit est la liberté en présence d'ellemême; le devoir, la liberté en face de la nécessité. Ce sont deux corrélatifs inséparables, qui résultent tous deux d'une loi morale, laquelle n'est, par conséquent, ni celle de droit, ni celle de devoir, mais la loi pure de la moralité en général.
Les conséquences métaphysiques de l'Apodictique relativement à l'ime, au monde et à Dieu, sont les suivantes : 1* Notre savoir se fonde sur notre existence subjective dans une réalité infinie. Dès qu'une fois nous existons, et à titre d'êtres libres et vivants surtout, nous n'avons plus aucune raison de penser que nous puissions cesser d'être à la mort du corps. Étant une partie constitutive de la réalité infinie, nous pouvons espérer une existence subjective éternelle. 2* Le monde, l'univers, est l'ensemble des choses. Il peut être conçu de deux manières :
on comme monde sensible, le monde des corps; on comme monde insensible^ le monde des mondes, celui des choses en soi. Tous deux sont donc, comme mondes, l'ensemble de tout ce qui est. Hais il y a une réalité absolue, qui n'est composée ni d'atomes ni de monades, qui est virtualité, c'est-à-dire qui résulte incessamment de l'action et de la réaction de principes profondément inconnus à tous les mortels. En d'autres termes, la philosophie n'a pas de chapitre pour le monde, ta cosmologie n'est pas une science possible. 3* Pour ce qui est de la Divinité, toute la tâche de la philosophie consiste purement et simplement à rectifier les fausses idées que se fait l'homme de l'Être infini. Dieu n'est pas un être qu'on se puisse représenter. Et si l'on s'entend soi-même en parlant de Dieu, on ne peut le concevoir que comme la réalité infinie, principe de tout ce qui est fini.
Dans son dernier ouvrage, la Religion de la raison, Bouterweck a modifié le système que nous venons d'esquisser. Il essaye d'abord de montrer que, dès qu'une fois la réflexion a mis en regard l'une de l'autre la représentation et la chose représentée (l'idée et son objet), le doute concernant la réalité de la chose représentée est inévitable. En vain l'on prétend sortir de la re-
{irésentation, s'élever au-dessus d'elle, atteindre a chose même; il y a là contradiction. « Lors^e je crois atteindre la chose, dit-il. je ne saisis encore que la représentation que j'en ai, représentation qui est l'intermédiaire entre la chose et moi. > C'est l'ancienne proposition si connue de G. Fichte, que «la conscience, dans tout savoir, dans toute représentation, ne connaît immédiatement que son état propre. » En vain l'on voudrait regarder comme ayant une valeur objective les conceptions gui sont accompagnées du sentiment de la nécessité ; même dans ce cas, nous ne franchissons pas les limites de notre conscience. La vérité est toujours ce que nous devons nous représenter d'une certaine manière,
Êar cela seul que nous sommes hommes (p. 73). e là une sorte de scepticisme absolu, fruit de la réflexion, mais auquel Bouterweck oppose la foi, dans le sens le plus large du mot, entendant par là une confiance immédiate à notre savoir. La foi, dit-il, est l'état de l'esprit^ dans lequel le doute est, ou entièrement anéanti, ou du moins partiellement dissipé par l'adhésion de l'esprit à une représentation déterminée (p. 77). La foi est le principe de tout savoir, et le fondement de l'intuition sensible, comme des idées les plus hautes. Sans la foi, l'absolue réalité ne serait toujours qu'une représentation subjectivem,ent nécessaire. La théorie de Bouterweck n'est, comme on voit, qu'une affirmation tendant a rassurer l'esprit contre les résultats de l'analyse du fait de connaître; mais cette affirmation, qui rappelle aussi la seconde période de la philosophie de G. Fichte, ne nous semble être qu'une faiblesse et une inconséquence. Aussi voit-on flotter Bouterweck entre la foi et la réflexion, entre le doute et l'affirmation, et toujours il menace de tomber dans la négation. Ainsi placé entre la foi spontanée et primitive de la raison, et les résultats obtenus par la réflexion, trouvant toujours ces deux puissances en lutte, partout Bouterweck décide sentencieusement ou d'autorité, mais sans aucune preuve en faveur de la foi. Cette foi, qtii n'est autre chose qu'un instinct, une loi de notre nature, ne prouve donc absolument qu'elle-même. Bouterweck a laissé un grand nombre d'ouvrages, entre autres : Aphorismes d'après la doctrine de Kant, etc., in-8, Goëttingue, 1793;
Paulus Septimus, ou le Dernier mystère du
prêtre d'EUusia, in-8, î parties. Halle 1795
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(roman philosophiqne): — Idée d'une apodictîque universelle, 2 vol. in-8, Halle, 1799; — Éléments de la philosophie spéculative, in-8, Goêttingue, 1800; — les Époques de la raison, d'après l'idée d'une apodictigue, in-8, ib., 1802; — Introdiuition à la philosophie des sciences naturelles, in-8, ib., 1803; — Nouveau Muséum de philotophie et de littérature, in-8, ib., 1803 ; — Esthétiqxte, Leipzig, 1806, 1815, Goêttingue, 1824-25;
— Idées sur la Métaphysique du beau, in-8, Leipzig, 1807; — Aphorismes pratiques, ou Principes pour «n nouveau système des sciences morales, ib., 1808; — Manuel des connaissances philosophiques préliminaires, contenant une Introduction générale, la Psychologie et la Logique, in-8, Goêttingue^ 1810, 1820; — Manuel des Sciences philosophiques, exécuté d'apris un nouveau système, in-8, 2 parties, ib., 1815,18:^;
— Religion de la raison, idée concernant f avancement tfune religion philosophique durable, in-8, ib., 1824; — de Primis philos, groeeorum decretis physicis dans les Comment. Soc. Ooett. récent., yol. II, 1811 ; — Philosophorum alexandrinorum ae neoplatonicorum recensio accuratior; Comment, in Soc. Goelt. habita, in-4, 1821.
— Son Histoire de la poésie et de l'éloquence depuis la fin du treizième siècle, 9 voi. in-8, Goêttingue, 1801-12, contient aussi plusieurs notices qui intéressent la philosophie, une partie de cet ouvrajje a été traduite en français sous le titre d'Histoire de la poésie espagnole, 2 vol. in-8, Paris, 1812. J. T.
BBEDENBURO (Jean), de Rotterdam, contemporain de Spinoza, a d'abord combattu ce philosophe dans un petit écrit intitulé : Enervatio tractattts theologico-politici, una cum demonstrationegeometrico ordine disposita naturam non esse Deum, etc. (in 4, Rotterdam, 1675). Hais plus tard, revenant sur ce petit traité, il en (ut de plus en plus mécontent, il relut les écrits de son illustre adversaire, et, ayant fini par se convertir à ses doctrines, il composa en flamand une réfutation de ses propres objections, ce qui ne l'empêcha pas de rester sincèrement attaché au christianisme jusqu'à la fin de sa vie. C'est contre ce second ouvrage, aujourd'hui complètement tombé dans l'oubli, qu'est dirigé le petit écrit d'Orobio^ imprimé à la suite de la prétendue Réfutation de Boulainvilliers, sous le titre suivant : Refutalio demonstrationum Joh. Bredenburg et B. D. Spinoxce. Voy. les Œuvres de Spinota, publiées par H. E. Saisset.
BROXTSSAia (François-Joseph-Victor), médecin, philosophe, naquit à Saint-Halo, le 17 décembre 1772; son bisaïeul avait été médecin dans le pays, son grand-père pharmacien, et son père s'était établi, comme médecin, au village de Pleurtuit, non loin de Saint-Halo. La première éducation deBroussais fut très-négligée. A douze ans il fat envoyé au collège de Dinan, et ne s'y fit guère remarquer, dit-on, que par la fermeté de son caractère et l'activité de son esprit. En 1793, il s'enrdla dans une compagnie tranche; mais une maladie assez grave le força bientôt de revenir près de ses parents. Cédant aux sollicitations de sa famille, il se décida à embrasser la profession médicale, et entra comme élève i l'h6pital de Saint-Halo et & celui do Brest. Broussais s'embarqua ensuite, comme chirurgien, i bord de la frégate la Renommée; il passa bientôt après, comme chirurgien-major, sur la corvette FHirondelle et le corsaire Ce Bougainville. En 1799, Broussais vint, pour la première fois, à Paris, où Bichat ensei^it alors avectont d'éclat l'anatomie et la physiologie; Broussais fut nn des élèves les plus assidus de ce grand maître ; il suivait en m%me temps les leçons de Pinel, et
adoptait de tout point des doctrines contre lesquelles il devait s'élever plus tard avec tant de force et de retentissement. En 1803, Broussais se fit recevoir docteur-médecin; il avait pris pour sujet de thèse la fièvre hectique; dans cette dissertation il allait au delà des idées de Pinel luimême, en lui reprochant de chencher à localiser une fièvre, ou plutôt une affection, essentiellement générale. Après avoir essaye, mais en vain, de se former une clientèle à Paris, Broussais reprit du service dans l'armée de terre : il fut nommé médecin aide-major dans la division des côtes de l'Océan; du camp de Boulogne il suivit nos soldats dans les Pa^s-Bas et en Allemagne ; attaché ensuite à l'hôpital d'Udine, dans le Frioul, il y rassembla les matériaux de son meilleur ouvra^, le Traité des Phlegmasies chroniques, qui ne ftlt publié qu'en 1808. De 1809 à 1814; Broussais fut employé, comme médecin principal, d'abord en Espagne, puis dans le midi ae la France. Nommé en 1814 second professeur à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, Broussais put se livrer exclusivement à l'enseignement clinique de la pathologie ; il ouvrit en même temps des cours particuliers dans un amphithéâtre de la rue des Grès, et ensuite à l'Hospice de perfectionnement. Cet enseignement eut un remarquable succès : les élèves assiégeaient les portes de cette étroite enceinte; c'est que Broussais se posait alors comme une sorte de tribun en médecine. A l'issue de ses leçons, entouré d'un groupe d'élèves, on le voyait traverser la place de l'Ëcole-de-Hédecine, d&lamant avec véhémence contre les professeurs de l'ancienne Faculté, qu'il appelait des hommes à robe et i rabat : sans avoir le talent de l'improvisation ni même celui de la parole réfléchie, il était chaleureux, toujours acerbe et sans mesure^ sans ménagement pour ses adversaires; aussi, tant qu'il se trouva placé dans ce rôle d'opposition, ses leçons eurent un remarquable succès. Hais comment se fît-il que de médecin Broussais voulut tout à coup devenir philosophe? Comment se fît-il que^ livré jusque-la à l'enseignement de la pathologie, il essaya de lutter avec les représentants de la nouvelle philosophie? C'est ce que nous aurons i examiner tout à l'heure ; disons seulement ici qtie c'est en 1828 qu'il fit paraître la première édition de son Traité de l'Irritation et de la Folie: peu de temps avant sa mort, il se proposait d'en publier une seconde édition, édition augmentée et surtout modifiée; car de l'école de Cabanis il avait passé dans l'école de Gall. Cette seconde édition a été publiée depuis, et avec tontes les additions. En 1831, le nouveau
Fouvernement, pour ne pas laisser en dehors de enseignement officiel de la Faculté une aussi grande renommée médicale, créa une chaire de pathologie et de thérapeutique générales, et cette chaire mt confiée à Broussais. Hue par les mêmes sentiments, c'est-à-dire par le désir de s'adjoindre un grand nom, la cinqjaième classe de l'Institut, nouvellement reconstituée, ouvrit ses portes à Broussais; mais, aussi bien dans cette paisible enceinte que dans le bruyant amphithéâtre de la Faculté, tout prestige était toinbé, et Broussais, qui pouvait lutter a armes égales avec ses adversaires en philosophie comme en médecine, Broussais, en quelque sorte épuisé par son ancienne guerre d'opposition, vécut, pour ainsi dire, sur sa renommée, sans exercer aucune influence sur la nouvelle génération. Doué d'une vigueur de constitution peu commune, Broussais avait résisté à toutes les fatigues de la vie militaire; mais vers la fin de 1837 sa santé parut s'altérer profondément; en 1838, on reconnut en lui nn mal toujours au-dessus des res-
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sources de l'art, et qni le minait sonrdement de jour en Jour : il saccomba à cette cruelle maladie le if novembre de la mime année, à l'&ge de soixante-six ans.
Comme médecin, comme patbologiste, Broussais a occupé, sans contredit, un rang fort émiqent dans la science ; mais ce n'est pas à ce litre nu'il doit nous occuper ici : c'est comme philosophe que nous devons le faire connaître; c'est son système tout matérialiste que nous devons rappeler en peu de mots, ainsi que la polémique qn il a soutenue avec les représentants de la pnilosophie spiritualiste.
Pour apprécier à leur juste valeur les idées de Broussajs en philosophie, il faut, pour un moment, nous reporter aux doctrines qu'il avait adoptées en phirêiologie ; car, comme l'a fort bien dit M. Hignet {Éloge de Brimssais), Broussais a été conduit par la marche de ses études premières à rattacher l'homme moral à l'homme physique, et il a ainsi appliqué ses tliéories physiologiques aux actes intellectuels.
Hais ces théories ne lui appartenaient pas, il les avait empruntées à Bichat : à l'exemple de ce physiologiste, il avait supposé que, sous l'influence do certaines causes, il s'établit dans les tissas vivants un état particulier désigné sous le nom A'irritation; et cette irritation était devenue la base de tontes ses doctrines ; sauf quelques variantes, qui, suivant lui, ne changeaient rien an fond des choses. Ainsi il disait indifféremment stimulation, excitation, on irritation, on incitation; et il faisait jouer un rdle à ces mêmes états pour rendre raison de tous les actes de l'économie et de tons les phénomènes de la pensée.
la définition que Broussais donnait de ces états d'irritation, de stimulation, etc., n'était pas, non plus, tout à fait celle do Bichat : Broussais supposait que tous les tissus sont formés de fibres; or, disait-il, quand ces fibres se contractent naturellement, il y a excitation; si leur contraction est portée au delà de certaines limites, il y a irritation.... Puis^ à l'aide de son excitation ou de sa contraction normale des fibres, Broussais prétendait expliquer tons les actes intellectuels. Donnons une idée de ces prétendues explications.
Broussais se propose d'abord de rendre compte des phénomènes de perception. Suivant lui, ces phénomènes sont fort simples, tout se borne alors à une Kceitation de la pulpe cérébrale; et notez qu'il dira la même chose pour la comparaison, pour le jugement, les volitions, etc., etc. Il n'est pas même fidèle ici à son langage, il voulait iMinnir de son dictionnaire, comme autant d'entités, les mots âme, esprit, intelligence; et par la force des choses, ces mots reviennent sans cesse sous sa plume. Que fait-il alors ? ceci paraîtra presque une naïveté, il s'arrête, comme mécontent de lui-même, il interrompt sa phrase, ajoute quelques points.... puis, pour maintenir son divorce avec les substantifs abstraits, il essaye de délayer la même idée dans une phrase un peu plus longue.
Je vais en citer un exemple qui a trait précisément à la perception. Broussais commence par dire : Les objets sont perçus par notre intelligence. Mais tout à coup' il s'aperçoit que lui aussi vient de donner de la réalité à ce qu'il appelle une entité, qu'il vient de reconnaître involontairement l'existence d'un principe immatériel; il s'arrête alors, et se reprend de la manière suivante : Je vetix dire que nous percevons les objets/ Et il croit avoir ainsi échappé à cette nécessité de personnifier l'intelligence, on le moi, et il se montre tout satisfait d'avoir
corrigé sa façon de ]>arler de manière à ne plus dire que c'est le moi qui perçoit, mais bien le nous.
Arrivant ensuite aux émotions, Broussais trouve qu'on les a distinguées à tort en morales et en physiques; elles sont toutes physiques suivant lui; mais comment, pour énoncer ce fait, va-t-il s'y prendre ? Il faut citer encore ici ses expressions^ car il aura de nouveau à se débattre avec les difficultés de son propre langage : Les émotions, dit-il, viennent toujours d'une stimulation de Fappareil nerveux du percevant/ Hais qu'est-ce que ce percevant qui a, qui possède un appareil nerveux, et qui se distingue ainsi de ce même appareil? Et comment ce percevant peut-il avoir la conscience de la prétendue stimulation qni se passerait dans son appareil nerveux? C'est là ce que Broussais ne s'est pas demandé. Quant ani phénomènes relatifs au jugement, Broussais ne les a pas même abordés ; on le conçoit parfaitement : ce sont des questions qu'il voulait considérer au seul point de vue de la sensation ou plutôt de la stimulation; il ne pouvait donc en concevoir ni l'importance ni l'étendue. Il accepte néanmoins ici toutes les propositions des psychologues, lui qui écrivait un livre pour les combattre : avec eux il reconnaît que quand l'homme a satisfait ses premiers besoins, il se met à analyser ses propres perceptions ; qu'il se perçoit lui-même percevant. Cet aveu nous suffirait pour prouver que Broussais, arrivé à ce point des opérations intellectuelles^ a été obligé de mettre de côté tout son attirail organique, toutes ces prétendues stimulations envoyées du cerveau aux viscères et des viscères au cerveau.
Il semble, au reste, qu'il ait reconnu lui-même
dation générale. Il s'était fait fort, à l'exemple de son maître Cabanis, de prouver que le moral chez l'homme n'est encore que le physique considéré sous un certain aspect: mais, après avoir matérialisé tant bien que mal les sensations, une fois arrivé aux actes de l'esprit, le voici arrêté court et obligé de changer jusqu'à son langage. Comme les psychologues, il est forcé de reconnaître et l'activité et l'initiative de l'esprit; seulement au mot esprit il substitue le mothomme; il dit : l'homme perçoit les émotions qui se passent dans son cerveau, l'homme compare ces émotions, l'homme les juge, se détermine, etc., etc. Ainsi Broussais, qui croyait avoir fait aux psychologues une objection sans réplique, en leur disant que, pour rendre compte aes actes intellectuels, ils en étaient réduits à placer dans le cerveau un être doué de toutes les qualités d'un homme, faisant de cet être une espèce de musicien placé devant un jeu d'orgues, Broussais fait précisément ici cette supposition : à qui vient-il, en effet, d'attribuer la faculté de percevoir les objets, si ce n'est à ce qu'il appelle l'homme? à qui vient-il de reconnaître la faculté de comparer et la faculté de juger, si ce n'est encore à l'homme ? Et quand on lo presse de s'expliquer sur ce qu'il entend ici par nomme, il sç borne i dire que c'est le cerveau percevant, le cerveau percevant qu'il perçoit, le cerveau jugeant ses perceptions! De sorte que, dans son langage prétendu positif, qui dit homme, dit cerveau. Hais d'où vient qu'après avoir tant parlé dn cerveau quand il s'agissait des impressions et des sensations venues du dehors, lorsqu'il a fallu parler des actes de l'intelligence et de la part qu'y prend l'esprit, d'où vient que Broussais n'a pas fait intervenir le cerveau, mais son entité homme ? C'est que la force des choses l'emportaii
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Rur les nécessités d'un manvais système ; c'est qu'après avoir invoqué le râle des organes, des viscères, des nerfs et de l'encéphale pour tout ce qui est relatif aui sensations, Broussais, arrive aux phénomènes intellectuels proprement dits, a été obligé de laisser le cerveau dans la passivité de ses ébranlements, de ses stimulations et de faire intervenir, pour tout ce qui a trait aux forces mentales, a Pactivité de la pensée, de faire intervenir, dis-je, nn principe nouveau, un principe autre que le cerveau, et qu'il a désigné, pour ne pas trop se compromettre, sous le nom i'homme. Il nous reste maintensmt à nous résumer en peu de mots sur le système de Broussais.
Ce système, nous l'avons va, est étroitement lié aux systèmes de Cabanis et de Gall. Ceci est tellement vrai, que Broussais s'était d'abord donné comme le continuateur de Cabanis, et que, vers la fin de sa vie, il a embrassé avec chaleur toutes les idées de Gall. Hais, tout en adoptant ainsi les principes de ces deux physioIogisteSj il avait voulu entrer plus avant dans l'explication des phénomènes de l'intelligence : Cabanis s'était efforcé de rattacher ces phénomènes au jeu des organes encéphaliques; Gall avait voulu les localiser dans le sein de ces mêmes organes ; Broussais a voulu nous dire quel est positivement l'état de la masse cérébrale ou de la portion de cette masse dévolue, selon lui, !à la production de ces mêmes phénomènes.
Ses prédécesseurs n'avaient exigé pour cela qu'un certain développement, une structure régulière de ces parties ; Broussais a pensé que cela ne suffisait pas, et de là sa supposition d un certain état de la fibre nerveuse, état caractérisé, suivant lui, par l'excitation ou la stimulation, c'est-à-dire par le raccourcissement de cette même fibre. Comme en cela Broussais dénonçait un état matériel directement observable, il a suffi d'en appeler aux recherches de tous les anatomistes pour prouver que sa fibre contractile n'existe dans aucune portion du système nerveux, et (jue, partant, il n'y a pas d'état organii^ue qui poisse offrir les caractères de la stimulation.
Ceci une fois prouvé, tout le système, tout l'échafaudage organique de Broussais, s'écroulait; il n'en restait plus rien; et s'il y a quelque chose aujourd'hui qui puisse exciter notre étonnement, c'est que le livre où se trouvent amassées tant de suppositions, tant d'erreurs et de mauvais raisonnements, ait suscité, lors de son apparition, une aussi vive émotion parmi les philosophes et les médecins ; il le devait sans doute à ses formes, à cette polémique si ardente, si impétueuse S ai en remplit presque toutes les pages. On se emandera peut-être ici d'oîi venaient cette colère de Broussais, ces attaques si véhémentes. C'est que ses premiers maîtres avaient été remplacés, comme le dit M. Uignet [Éloge de Broussais), Wt les savants et brillants introducteurs des uiéories psychologisles et idéalistes, récemment professées en Ecosse et en Allemagne; c'est que les chefs de cette nouvelle école attiraient autour d'eux la jeunesse par la beauté de leur parole, et qu'ils avaient fondé en France une philosophie décidément spiritualiste. Broussais ne pouvait leur pardonner leur succès et l'éclat de leur enseignement : de là la violence de ses attaques, ces reproches continuels d'ontologie, ces prétendues enlités qui reviennent sans cesse sous sa plume.
• Ces philosophes, disait-il, sont des rêveurs ; c est dans un genre particulier de rêverie qu'ils ont découvert que le principe de l'intelligence est un être indépendant de l'appareil nerveux ; principe qu'ib ont comparé i un éther, à nn gat,
etc. « Broussais a fait souvent parler ainsi ses adversaires, il a même organisé avec eux, dans son livre, aes espèces de dialogues ; il les tance, il les gourmande et parfois même les réduit an silence, toujours dans son livre bien entendu. Ici, par exemple, il monte en chaire et se met à prouver sérieusement qu'un gaz, qui est un corps inerte (aie) et qui n'a jamais donné de marque d'intelligence, ne peut produire des opérations intellectuelles, ou les faire exécuter au système nerveux.
Ce n'était pas là cependant ce que prétendaient les adversaires de Broussais : ils avaient reconnu que la science des phénomènes intellectuels doit avoir ses véritables fondements dans l'observation; mais qu'il y adifférentes voies, différents modes d'observation. Puisqu'il y a deux ordres de faits également certains relatifs à l'homme, l'histoire de l'homme est double, disaient-ils; ce serait en vain que les naturalistes prétendraient la faire complète avec les seub faits du domaine des sens, et les philosophes avec les seuls faits de conscience ; ces deux ordres de faits ne ponrront jamais se confondre.
Rien de plus conciliant que ces prétentions; eh bien, Broussais, qui vient lui-même de citer ces paroles, n'en va pas moins répéter qu'on veut dépouiller les médecins de ce qui leur appartient véritablement; que les psychologues oi'ont rien à faire ici. « Il n a qu'un regret, dit-il, c'est que les médecins qui cultivent la physiologie ne réclament qu'à demi-voix la science des facultés intellectuelles, et qne des hommes qui n'ont
fioint fait une étude spéciale des fonctions, veaent s'approprier cette science sous le nom de psychologie. • {De l'Irritation et de la Folie, X. U, p. 10.)
Cinq ou SIX mois avant sa mort, Broussais avait cru devoir consigner sur un carré de papier, déposé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, quelques réflexions portant pour suscription : Développement de mon opinton et expression de ma foi. Nous nous sommes fait représenter cette pièce, qui ne porte ni date ni signature, et, après l'avoir lue, nous nous sommes demande ce qui a pu engager Broussais à écrire cette es-
Fèce de testament philosophique. Ëtait-ce dans intention d'imiter Cabanis, qui, après avoir professé pendant toute sa vie que V&me est une sécrétion du cerveau, a fini, dans sa lettre & M. Fauriel, par déclarer que, de toute nécessité, il faut admettre nn principe immatériel? ou bien était^ie, comme le prétend H. Montègre, pour répondre aux lettres qne de toutes parts on lui adressait sur l'étendue de sa foi T
Quoi qu'il en soit, et bien que Broussais, dans . cette pièce, se déclare déiste, ses opinions sont à peu près les mêmes que celles qu'on trouve dans le traité De Firritation et de la folie; seulement il veut bien reconnaître qu'une intelligence a tout coordonné dans l'univers ; ajontons qu'il n'en peut conclure qu'elle ait créé quelque chose.
Quant à Vâme, il ne fait aucune concession; il reste bien convaincu que l'time est un cerveau agissant et rien de plus; et quelles sont les raisons qui l'ont enfrâgé à persister dans cette opinion? les voici telles qu'il les a rappelées dans cette expression de sa foi :
Dès que je sus, dit-il, par la chirurgie, que du pus accumulé à la surface du cerveau détruit nos facultés, et que Vévacuation de ce pus leur permet de reparaître, je ne /us plus maitre de les concevoir autrement que comme des actes d'un cerveau vivant!
On ne voit pas trop pourquoi Broussais avait réservé cette pièce pour ses amis, pour ses seul*
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amis (mots écrits de sa main en tète de ce testament philosophique)) on croirait lire une page détachée de son Traxté de ^Irritation. Sauf ce singulier aveu : qu'il sent comme beaucoup d'autres, qu'une inteltigenee a tout coordonné^ on ne voit rien de compromettant, rien même qm soit en désaccord avec ses anciennes doctrines.
An reste, c'est proiiablement ce que ses amis, ses seuls amis ont parfaitement compris, puisque, tout en déposant religieusement cette expression de foi dans les archives de la Bibliothèque, ils se sont bâtés de lui donner Ja plus grande publicité. VoVy outre l'Éloge de Broussais, par H. Hignet, Broustais phiiotophe dans l'ouvrage intitule : CAme et le Corp», par A. Lemoine, Paris, 1862, in-I2. F. D.
BBOVrN (Pierre), évéque de (k>rke et de Ross, contemporain et adversaire de Locke, a écrit contre fui les ouvrages suivants : the Procédure, extent and limils ofhuman understanding^ in-S, Londres, 1729, continué sous ce titre : Things divine and iupematural conserved by analogy with Things natural and human, in-8, ib., 1733 ; — Two dissertations' conceming sensé and imagination with and essay on consciotaness, in-8, ib., 1628. C'est contre le premier do ces écrits que Berkeley a publié son Alciphron. L'opinion de Brown est que nous ne savons rien de Dieu ni du monde spirituel que par analogie avec les objets sensibles; que, par conséquent, toutes les connaissances que nous pouvons acquérir sur les sujets importants sont vagues et incertaines, et qu'il nous faut recourir aux lumières de la révélation. Brown a laissé encore d'autres écrits purement théologiques, qui donnent une haute idée de son érudition. Il est mort dans son palais épiscopal de Corke en 1735.
BRO'VTN (Thomas), philosophe écossais, né en 1778 à Kirkmabreck, près d'Edimbourg, était fils d'un ministre presbytérien. Il perdit son père de bonne heure, rut élevé avec le plus grand soin par sa mère, se fit remarquer par sa précocité,
{irit, dès l'âge de quinze ans, un goût très-vif pour a ptiilosophie en lisant les Éléments de la Philotophie oe l'esprit humain de Dugald-Stewart; suivit bientôt après les leçons de cet illustre professeur, qui ne tarda pas à le distinguer, et lui accorda dès lors son amitié ; étudia la médecine, et même pratiqua cet art avec assez de succès, mais sans s'y donner tout entier, et partagea ses loisirs entre deux études qui avaient plus d attrait pour lui, et qui sont bien rarement unies : la poésie et la philosophie.
Nous laisserons le poète, dont les œuvres ne sont cependant pas sans mérite (elles ont été réunies après sa mort en 4 vol. in-8, Edimbourg, 1821-22), pour ne nous occuper que du philosophe.
Brown avait, dès l'&ge de dix-nuit ans, composé une réfutation de la Zoonomie de Darwin, qui avait attiré l'attention (1796). L'un des fondateurs de la Reoue d'Edimbourg, il y donna des articles remarquables sur la philosophie, notamment une Exposition de la philosopnie de Kant (janvier 1803), une des premières tentatives faites en Ecosse pour faire conuailre les nouvelles doctrines de l'Allemagne. En 1804, à l'occasion d'une controverse assez animée, qui s'était élevée à Edimbourg sur les doctrines de Hume, il publia un Examen de la Théorie de Hume sur la relation de cause et d'effet, oii il prit en main la défense du philosophe sceptique, et voulut montrer que si sa théorie n'est pas irréprochable en métaphysique, elle est loin d'entraîner les conséquences funestes qu'on lui attribuait. Cet ouvrage, oui eut trois éditions (la troisième, publiée en 1818, a pour titre : Recherches sur la relation de cause et deffet), lui fit prendre rang parmi les méta-
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physiciens. En 1808^ Dngald-Stewart, se sentant affaibli par l'âge, lui confia le soin de le suppléer. Deux ans après, Brown fût régulièrement nommé professeur adjoint de philosophie morale à l'Université d'Edimbourg; u fit le cours avec un grand succès jusqu'à sa mort, arrivée prématurément en 1820. ïl venait de commencer l'impression d'un ouvrage qui devait servir de manuel i ses élèves ; cet ouvrage, quoigue resté incomplet, fut publié sons le titre de Physiologie de fetprit humain (in-8, Edimbourg, 1820). Il avait aussi rédigé avec soin tout son cours, en cent leçons; ce cours parut après sa mort sous le titre de Leçons sur la Philosophie de Vesprit humain (4 vol. Jn-8. Edimbourg, 1822). et fut souvent réimprimé, a Edimbourg, à Lonares et aux Ëtats- Unis. C'est là son principal titre philosophique. Brown est, comme on l'a dit avec vérité, un disciple infidèle de l'école écossaise. Il est en révolte ouverte contre ses maîtres, contre Reid surtout; et sur plusieurs questions capitales, il prend le contre-pied de ses prédécesseurs. Reid et Stewart avaient laborieusement rassemblé les faits et décrit scrupuleusement les phénomènes sans vouloir faire de systèmes ni même de classifications systématiques; ils avaient été conduits par là à multiplier les principes; Brown blâme cette timidité; il vent simplifier, systématiser les faits, et les ramener au plus petit nombre de causes ou de classes possibles {Leçon 13*; et Physiol., sect. III, ch. i). Reid avait cru découvrir
Sue tout le scepticisme moderne est né de l'bypolëse gratuite d'idées, ou images intermédiaires entre Pâme et le corps, et il avait dirigé contre cette hypothèse tous les efforts de sa disQectiqne ; Brown prétend que si cette hypothèse a pu séduire quelques philosophes parmi les anciens, elle a été rejetée par la plupart des modernes , excepté peut-être Malebrancne et Berkeley, et qu'en l'attribuant à Descartes, Arnauld, Hoooes, Locke, etc., Reid a été dupe d'un langage incorrect, et a pris pour une doctrine sérieuse ce qui n'était qu une métaphore {Leçons 18' et 31*; Physiol., sect. II, ch. vi). Reid enseigne l'existence d'une faculté spéciale de perception, au moyen de laquelle nous connaissons immédiatement et directement les corps extérieurs ; Brown rejette cette assertion, comme gratuite, comme n'expliquant rien et, par conséquent, antiphilosophique ; il rend compte de la connaissance des corps par la sensation de résistance, et la conception d'une cause qui excite cette sensation {ib.; et Physiol., p. 109). Reid avait paru faire de la conscience, ou sens intime, une faculté i part, s'appliquant aux opérations de l'àme. comme l'œil aux objets extérieurs; Brown démontre longuement que la conscience ne peut être séparée des opérations de l'àme dont elle nous instruit, qu'elle en fait partie intégrante et n'en est qu'une face, un point de vue (1 1' Leçon) . Reid avait combattu à outrance les doctrines de Hume, surtout son paradoxe relatif à la causalité, que Hume réduit à la succession ou à la connexion; Brown s'efforce, soit dans ses Leçons {Leçons 6* et 7*), soit dans sa Recherche sûr la relation de cause et de/Tel, de réhabiliter Hume, et expose une doctrine qui ressemble fort i celle du célèbre sceptique, tout en déclinant les funestes conséquences qu'on en voudrait tirer. U s'efforce également d'atténuer le scepticisme de Hume relativement au monde extérieur; et prétend que Reid et Hume diffèrent de langage bien plus que d'opinion, l'un criant à tuc-tète qu'on aoit croire a 1 existence de ce monde, mais avouant qu'on ne peut la prouver ; l'antre soutenant, avec non moins de force, qu on ne peut prouver l'existence des corps, mais confessant tout bas qu'il rie peut s empêcher d'y
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