‹ Dictionnaire des sciences philosophiquesChapitre 52 sur 135 · ENTITE · texte numérisé non relu

ENTITE

Voyez, poar la partie historique de cet article, la traduction d$ VOrgnnon d'Aristoie, par M. B. SaiDt-]liIaire,/>aMtm; et les Fragmenté de philosojMe, par W. Hamilton, trad. Peisse, p. 238 et suiv.

A. Gh«

EIVTITÉ, terme de philosophie scolastique^ synonyme d'essence ou de forme.

Au premier coup d'œil jeté sar la nature ^ on n'y aperçoit que des individus qui paraissent aux sens épuiser toute la réalité. Mais la raison pénètre plus loin que la sensation. Dans ces individus , elle distingue deux sortes d'éléments, les uns particuliers , les autres généraux : les différences qui déterminent la nature propre de chaque chose , les ressemblances qui forment les espèces et les genres. C'est ainsi que toute figure humaine a sa physionomie propre et certains traits généraux qu'elle emprunte à l'humanité. Or, l'élément général se distingue par la permanence des individus qui en font partie; ceux-ci ne font que paraître et s'évanouir, pendant qu'il se perpétue avec l'ensemble de ses caractères fondamentaux. Combien d'hommes ont passé, combien passeront sans que l'humanité elle-même ou périsse ou s'altère dans cette .fuite rapide de notre existence personnelle! Les êtres particuliers n'épuisent donc pas la réalité, comme les sens nous portent à le croire; à côté, que dis-je? au-dessus d'eux, existe le genre, le modèle suprême imparfaitement reproduit par les individus, la nature commune et indéterminée, qui revêt passagèrement toutes les formes , et qui ne se confond dans aucune. Celte nature , ce modèle , ce genre , cet ensemble de caractères propres à chaque espèce, l'essence prise à part et posée, pour ainsi dire , en dehors des individus, voilà ce que les docteurs scolastiques appelaient entité. Les animaux avaient leur entité, c'était Vanimalité; les hommes avaient la leur, Vhumanité. Ces termes, objet de ridicule pour la philosophie moderne, cachaient une idée vraie et profonde , on peut en juger par les indications qui précèdent; mais la subtilité scolastique commit ici une double méprise, cause principale du discrédit où elle est tombée. Premièrement, elle assimile trop souvent les vrais genres, les vraies essences à de simples qualités abstraites , séparant, pur exemple, le son du corps sonore, la couleur du corps coloré, et transformant ces vaines abstractions en autant d'entités. Secondement, elle regarda, ou du moins parut regarder, ces entités, quelles qu'elles fussent , comme de véritables êtres , comme des substances dans toute la force du terme; de manière que le genre humain aurait constitué une réalité ontologique, distincte des individus appelés hommes : hypothèse insoutenable à la prendre en elle-même, et plus insoutenable encore à en suivre les consc^quences. La raison n*a pas besoin de recourir à de pareilles chimères pour expliquer la présence et le rôle de l'élément général au sein des choses; il lui suffit de se représenter le monde comme la manifestation régulière d'un plan éternellement conçu par la sagesse de Dieu , et réalisé par sa puissance. Hors de là, la philosophie s'égare dans un labyrinthe de rêveries et d'absurdités inextricables, et finit par compronjettre, aux yeux du vulgaire, les grandes vérités dont elle a le dépôt. Voyez, pour "de plus amples détails, les articles Réalisme et NOMINALISMB. C. J.

Page 1