‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 138 sur 426 · TERMINAISONS AGE ET UBE · texte numérisé non relu

TERMINAISONS AGE ET UBE

Engrenage, engrenure. Boursouflage , boursouflure {boursouflement).

Âge et ure terminent quelques synonymes à base verbale qui expriment le résultat de l'action signifiée par le verbe radical. Ce qui fait la différence de ces synonymes , c'est que la terminaison oge marque plus particulièrement ensemble, réunion.

Aussi l'Académie définit parfaitement Vengrenure et Xengrenage , qui sont deux termes de mécanique : « rffi^renure est la position respective de deux roues dont l'une engrène dans l'autre-, et Yengrenage est la disposition de plusieurs roues qui engrènent les unes dans les autres. »

Boursoufiage et boursouflure se disent tous deux de l'en/Iure du style. Mais le premier de ces mots semble signifier plus que le second. Boursouflure s'emploie au propre ' ainsi qu'au figuré , et au propre il exprime , comme enflure , comme brûlure , quelque chose de local et de restreint. II doit en être de même au figuré*, tandis que 6our#ov/Za(7e est plus général , plus étendu. Un style plein de boursouflure est boursouflé dans plusieurs endroits ; un style plein de boursouflage l'est partout. On ne dirait pas qu'un discours , dans Lequel il y a de la boursouflure , n'est que boursou/lure , pas plus qu'on ne dit qu'un corps brûlé n'est que brûlure; mais on dit bien qu'un discours n'est que boursouflage.

Il semble aussi que dans le boursouflage il y «it . non-seulement une vaine pompe et une magnificence outrée, comme dans la &oursou/7ure , mais encore de l'embarras , de l'obscurité résultant d'une certaine complication.

Enfin, boursouflure s'employant au propre ûnsi qu'au fi^ré , n'est au fijguré qu'une méta-

I . Aa propre on dit aussi boursou/Ument. Mais le hoartouflement est un fait, un phénomène , qaelqae cfao«e qui arrive, qui passe; au lieu que la boursoufore est un effets ^n eut, quelque chose qui est, qui demeure. « Je ne sais si le grand boursouflement que Tahin prend au feu ne doit être aUriboé qu'à la raréfaction de son eau de cristallisation. » Burv. Avoir de la boursouflure dans le visage. (Acad.)

phore qui exprime la qualité du style boursouflé d'ui^e manière détournée et afiaiblie, au lieu que boursouflage n'ayant que le sens figuré, est , pour qualifier le mAne style , le mot propre , celui qui le caractérise de la manière la plus nette et la plus forte.

TERMINAISON TÊ (OSITÉ).

Sommel, sommité. Efflcace^ efficacité, {Cal^ callosité).

La terminaison té, en latin tas, et en grec tnc (acidité, acidito*, ofû, ô^uxifi;, tjTo;*, légèreté, levitai , xovfOTvic) , désigne les qualités abstraites et indépendantes de tout ce qui les accompagne dans les objets.

SOMMET, SOMMITÉ. Ces deux Mots signifient le haut de certaines choses , telles que les montagnes , les rochers , les tours , les toits.

L'un est concret, l'autre abstrait; l'un exprime une partie de la chose , l'autre sa surface la plus élevée , et ce dernier n'emporte absolument d'autre idée que celle de hauteur. Un oiseau s'élève jusqu'à la sommité d'une tour, ef s'abat sur son sommet. Quand on dit, l'armée ennemie occupa les sommités des montagnes , ou absolument les sommités , on n'a égard qu'à la position élevée ou supérieure occupée par les ennemis. Mais on dira bien que les ennemis ont dépouillé de leurs forêts les 'sommets des montagnes. « Une partie des Alpes est couverte d'énormes sommets de glaces qui s'accroissent incessamment. » J. J. « On voit palpiter , dans quelques enfants nouveau-nés, le sommet de la tête à l'endroit de la fontanelle. » Bupp. C'est parce que sommité est seul abstrait et dégagé de toute idée accessoire, qu'il peut seul s'employer au figuré , pour marquer en littérature ce qu'il y a dans les matières qu'on traite de plus superficiel. Cet auteur n'a traité que les sommités de son sujet.

EFFICACE, EFFICACITÉ. Force, vertu de quelque cause pour produire son effet Ils correspondent aux mots latins , efficada et efficacitas.

« Le premier , dit Condillac , a été plus usité , le second prévaut aujourd'hui. » De même Voltaire :« Ef/îcace , pris comme substantif, n'est plus d'usage; on dit efficacité. » Ce changement, combattu d'abord par Bouhours, est fondé en raison , car la terminaison té est particulièrement destinée à marquer une propriété.

C'est ici le lieu de déterminer la valeur de la terminaison composée osité, qui contient la différence des deux mots synonymes cal et callosité, en latin callus et callositas. Tous deux signifient des durillons qu'on a aux pieds ou aux mains, et qui consistent dans une peau plus épaisse et plus forte que dans les autres parties.

Le cal est un durillon unique, bien distinct; la callosité est proprement la qualité de ce qui est calleux , ou plein de cals f et par suite une partie des chairs calleuse ou remplie de cals; elle a donc plus d'étendue , sans former un cal aussi déterminé. Il vient des ea/f'aux mains, à force de travailler , et aux pieds , à force de marcher. Buffon dit que le chameau naît avec des eallo-

ddG

MEHIÈRE PARITE :

sites sur la pohrine et sur les genoux. « Les babouins et les guenons ont aussi des callosités audessous de la région des ^ses, et cette peau calleuse est même devenue mhérente aux os du derrière. » Bufp.

Callosité n'exprime pas détermlnément un cal , mais une chose de la nature du cal , comme sérosité une chose de la nature du t/ruin, camosité une chose de nature charnue ; et c'est pourquoi oaltesHé se dit improprement des excroissances de chair solide et sèche qui s'engendrent sur les bords d'un ulcère ^et ressemblent à des cals/

TEBMINAÏSOWS TÉ Bf f W.

Connexité, connexion. Variété, «artolMm. Pen?€fiité^ perversion. AtUorité, autorisation. Maturité, fMotwation. Continuité, conHnuaUon. Perpétuité, perpétuation. Humilité, humiliation^ Gravité , graûtation.

La désinence té désigne une propriété inhérente aux choses , et la désinence ton une action; Tune est qualificative et tient plus de l'adjectif, Tautre est active et tient plus du verbe. Quand elles terminent deux mots synonymes à radical commun , celui qui est en ton marque , ou bien la réalisation , la présence effective et actuelle de la qualité exprimée par Pautre , ou bien un acheminement , un progrès vers cette qualité , ou du moins , dans tous les cas , l'action d'un verbe correspondant.

CONTïEXITÉ , COWNEÎfON. Ces mots expriment le rapport, la Haison, la dépendance, qui se trouvent entre certaines choses.

Roubaud les a parfaitement distingués, c La connexité, drt-il, ne dénote qu'un simple rapport qui est dans les choses , et dans la nature même des choses : la connexion énonce une liaison effeetiTe qui est établie entre les choses , et fondée sur ce rapport. Par la connexité, les choses sont faites pour être ensemble: parla connexion, elles le sont. La connexité est , pour ainsi dire , en puissance : la conneirton est de fait. Deux idées ont de la connexité; leur connexion forme un jugement. Par le raisonnement vous établissez la connexion entre des propositions qui n'avaient qu'une connexité. La connexité de l'astronomie avec la navigatioù est démontrée par la connexion établie , par exemple , entre la connaissance des satellites de Jupiter et la détermination des longitudes. Deux affaires qui ont de la connexité sont , parleur connexion, jointes, examinées, discutées , jugées ensemble. Malgré la connexité du savoir et de la capacité d'enswgner , leur ccMnexion est assez rare. »

La connexité est en soi , en idée , de droit , essentielle, «c II y a une grande connexité entre la morale et la jurisprudence. »Ac ad. oc Les péripatéticiens désavouent la connexité et couture indis- .«îoluble des vices entre eux. » Montaigk. «La force de la pensée enthymématique consiste dans la connexité de la sentence avec sa raison. » Mabic. Mais la cenn«riof> est effective ou de fait; elle a été mise entre les choses. « Dis-moi quelle conneaàon secrète la nature a mise entre une idée et

une selle?» Voit. « Dieu a ordonné, peur la connexion de foutes les choses , que les plus grandes fcissent soutenues par les plus petites^. » Boss. < Les Pères de TÊglise avancent sur eette matière des prc^ositions d'une connexion admirable entre elles, s Bo0Rtt.

VARIÉTÉ, TARfATION. Ces deux mots donnent ridée d'une certaine diversité.

Hais la variété signifie la diversité inhéresle aux choses variées; et la vafi&Hon la diversité qui arrive aux choses qui varient. L'tme est dans les êtres, suivant le langage de Y Encyclopédie. rautre dans les actions. Et ron peut ajouter, en empruntant les exemples de Girard : « Il n'y a point d'espèces dans l» nature eà Ton ne remarque beaucoup de vemëtét; et il n'y a point de gouvernement oà il n'y ut eu des verriaitions.'»

lAtariété des usages indique plusieurs et différents usages; la variation des usages indique plusieurs et différents états par lesquels passent les usages qui changent. L'un est relatif à l'être, l'autre au devenir ou au phénomène. Dans un livre plein de variété il n'y a pas d'uniformité; une mode sujette à «artalton change , est inconstante.

PERVERSITÉ , PERVERSIOIf . Une idée de corruption est commune & ces deux mots.

Maû, c làpefTenion, dit GondillAC) est le changement qui se ftôt dains les mesors, lorsqu'elles se corrompent, et la perversité est l'état de corruption. » L'une est un adieminament, un progrès v«rs la ^alitè exprimée parFanitre; Yvm indique ce qui se fait , un changement , l'autre ce qui est, une qualité ou un état. La s<xf des richesses cauise la perversion des mœurs. C«t homme ne peut détruire la perversité de son naturel.

AUTOltnrÉ, AUTORISATION. Pouvoir d'agir.

VautoriseUion est une part à'autorité concédée , révocable , une simple permission. Au lieu que Vautorité a la permanence et la plénitude d'une qualité inhérente au «sujet, Vamtoriaation n'est qu'accidentelle au sujet et survenue en lui en vertu d'une action , ne lui convient <fue par communication et en passant. Tant que les enfants , placés par la nature et par les lois sous Vautorité paternelle, ne sont point émancipés, ils ne sauraient faire d'actes authentiques sans autoriseaion.

HJbTURITÉ, ITATCniATION. L'idée de fruits mûrs est commune à ces deux mots.

Hais ils différent absolument de la même jùslnière que les précédents. L'un se dit en parlant de fruits qui sont mûrs, et l'autre en parlant de fruits qui mûrissent. « La mitturité, dit l'Académie , est l'état où sont les fruits quand ils sont mûrs , et la matmiration est le progrès successif des fruits vers ki tnaturité. »

CONTINUITÉ, CONTINUATION. Ils marquent également une abseqce d'interruption.

Mais la continuité a lieu entre les choses qui sont continues , et la continuation entre les choses qu'on continue. L'une , suivant l'observation de Girard et de Condillac , se dit des choses qui se touchent et a plus de rapport à l'étendue, l'autre se dit des actions qu'on continue k faire et se

SYNONYMES QUI ONT LE HtUE RADICAL.

rapporte daTanta^e à la durée : eanUnwité des parties, solution dec9ntifMité;conêimÊaHon6^\m9 action , d'une même conduite.

Toutefois, les deuj mots s'emploient quelque- 5Dis égalenent pour signifier une absence d'inter^ raptionealre les choses qui durent. Ob dit pareilfcement, conÈinuité et eontimÊOtion d'un tTSvaîl, d*un bruit. Mais , dans un cas , le traTail et le bruit sont considérés comme des tous ou des confinas ayant des parties juxtaposées sans interralles: et , dbns l'autre , ils le sont comme des actions qu'on contiBue à foire. La tonUmnité du brait n'est relatif qu'au bruit et à sa qualité de ne pas cesser ; la eontinmaiion du bruit Begrapporte à un agent et à son aetion. La amhnwité deoe bruit m'importune; la «mltnuafio» de ce bruit annonce de la malignité.

Su général , cmiâinMité se dit des eboses qui continuent, des états, de ce qu'on éproure. « Cette couTention, loin de détraire l'état de fTuerre , en suppose la eamtxwuUé. » J. J. « La mé> moire noos fiiit sentir la cfmHnmt^ée nos maux. » Id. c La continuité da mène sentiment nous cause du dégoât. » BooKD. « Le plaisir nous deriei^ insipide et Atigant par «ne trop longue oonlimnt^.* Id. c Le plaisir s'émonsse par la eofUinuUé même, s D'Al. — Mais continuation se rapporte aux choses qu'on continue, aux actions, à ce qu'on fait. « S'endmrcir dans ie crime par la continuation de ses rechutes. » Boniu). « Se laisser mouiir de tristesse est une continuation de crimes quA rien ne peut excuser. » Làp. « Surprise et offensée de l'insolence de ce discours , elle n'en put souffrir la conftnuotton. s Les. « Vous pouvez compter sur la coalifnurtton de mon amitié. » Sév. « La TÎe ehrétiemie doit être une imitation et une çoniimtmêiQm ds la TÎe de Jéfus-Christ. a Nie.

Même différence entre dUcimtimdié (n'Ai-) et difcontmiistioii*

PERPénmrS. m^ÉrVATIOlL Durée sans interruption.

Il y a dans le second une idée d'action qui n'est pas dans le premier. Le premier se dit des choses qui durent ou se consenrent telles qu'elles ont commencé , et le second des eboses qui durent on se conservent parce qu'on les renouvelle ou qu'elles se renouvellent toujours. C'est la distinction établie par Condillae. La perpétuité est la qualité des eboses qui sont perpétuelles , et la T^erp^tiiatien est l'état des choses qu'on rend om ci^ui se rendent perpétuelles par le renouvellement. Laperp^ttatien des espèces.

Ht'MILITÉ, HCMILIATION. Une idée d'abaissement fonde la synon3rmie de ces deux mots.

Vais l'nn marque la qualité , la vertu qui &it qu'on s'abaisse, et l'autre l'action de s'abaisser ou l'état de celui qui est abaissé; en sorte eue Vhumiliation est un acte d'humilité , ou un afIroQt qu'on reçoit. « Il y avait dans notre saint an fonds admirable é^huimiUté. « Mass. c Les pratiques extérieures d'humiUêHan ne sont que comme le corps de la pénitence. » Id. — « Saint BeTiiard dit que le chemin à VkumiKté c'est l'Aumiliation. » Boss.

Humilité est beaucoup plus près de l'adjectif :

il exprime la qualité d'être bumbk ; humiliatioù se rapproche davantage du verbe : c'est l'action de s'humilier, ou l'état de celui qui est kvmlié , mortifié.

GBATrri, «RAVITATiOll. Ib se disent tous deux des corps ooosidérés comme pesants , comme entraînés dans une certaine direction.

La granité est dans les corps une propriété ; la grwûiMtiiom se maaèfeste dans les corps comme une tendance et une sorte d'aspiration. Par la groimtéy les corps sont grmves; par la ffranitation ils gravitent. On mesure la gmetU, la gratcité augmente ou diminue ; on prouve la gratOation

La granité ne s'attribue guère qu'aux corps qui à la surftiee de la terre ont la propriété de descendre ou d'être entraînés vers son centre; la f/ranitatiùn est plutôt une tendance numilèstée par tous les corps de fuaivers, tydaace en vertu de laquelle y» abattirent les uns ke antres.

TERMINAISONS TÉ et VliS.

Rancidité, rancissure.

a Té marque la qualité; tire marque Feflet.»

« RANCIMTÉ, BAMCISSDRE. Ces termes désignent la corruption des graisses et des huiles qui ont contracté un goût fort et ftcre , une odeur puante ou désagréable, et ordinairement une couleur jaune, soit en vieillissant, soit par la chaleur. Le lard, la viande salée, lu confitures même , deviennent rances. »

« La foneidilé est la qualité du corps ronce; la ranciÈSwre est l'effet éprouvé par le corps roact. La rofictdie^ glt dans les principes qui vicient le corps : la ranciiswre est dans les parties qui sont viciées. Il fkudrait combattre la ranciditë comme on combat la ptitrtdtf^, cause du mal : il faut dter la rancisture , s'il est possible , comme on dte la pourriture , produit du mal. » Roub.

La même distinction s'applique à taleté et à saiitflura.

Page 1