TERMINAISONS ISME ET TÉ
Mysticisme^ mysHciié. Spiritualisme^ spiritualité. Popularisme , popularité. Eté.
HTSTIGISME , MYSTIOTÉ. Dispositions intérieures des mystiques, c'est-à-dire des philosophes ou des dévots , qui laissent leur esprit s'enfoncer dans de profondes rêveries touchant Dieu et l'immortalité.
Le mysticisme est une doctrine, la my^sticitéy une qualité. L'un a rapport aux opinions , l'autre au caractère. Les philosophes qui professent le mysticisme ont pour adversaires les partisans du rationalisme; la mysticité rend rêveur, contemplatif et peu propre aux affadres. Le miysticisme est pour la spéculation, c'es^ une conviction; la mysticité est un sentiment dont on est pénétré , et qui porte à agir d'une certaine manière. On trouve de la mysticité dans l'âme de personnes simples et naïves , dont l'esprit ne connaît et ne connaîtra jamais les idées du mysticisme. Le mysticisme fait qu'on appartient à l'école ou à la secte des mystiques; la mysticité constitue mystique. On dira plutôt mysticisme en parlant des philosophes et des théologiens, lesquels s'occupent de théorie, de discussions et de controverses; et mysticité en parlant des âmes et des livres pieux^ qui sont effectivement et foncièrement mystiques.
Il est à remarquer aussi qu^à mysticisme s'attache plus nécessairement Tidée d'excès. Dans le livre des Maximes des Saints Fénelon établit une bonne et saine mysticité (S. S.).
On distinguerait pareillement spiritualisme et spiritualité. « L'âme de Fénelon était naturellement portée à se répandre en spiritualité. » Lah. —De même popularisme et popularité: o Ne connaître que tette vile adulation sans cesse prodiguée parmi nous à la plus vile multitude , cet abject popularisme , nommé si improprement popularité. » 15.
Roubaud distingue à peu près de la même manière héroïsme et héroicité, stoïcisme et stoicité. Mais ses exemples sont mal choisis; héroïcité ei stoïcité n'ont jamais été employés par des écrivains de quelque poids ; d'ailleurs , la différence de stoïcisme à stoicité se retrouve en grande partie entre les deux adjectifs stoïcien et stoïque^ tous deux incontestablement français.
Aujourd'hui que tout est livré à la discussion , et que Ton s'élève sur toutes choses à des théories, à des systèmes, le nombre des noms en isme augmente prodigieusement, et par conséquent aussi le nombre des substantifs de cette désinence ayant même radical que d'autres substantifs à terminaison différente, qui deviennent leurs synonymes. On peut déjà compter parmi les synonymes en isme et en té, constitulionalisme et constitutionalité , libéralisme et libéra-
lité , dont les deux premiers signifient , ce qui fait qu'on est constitutionnel, et les deux derniers , ce qui fait qu'on est Ubéral.
Le eonsUtutionalisme et le libéralisme font qu'on est constitutionnel et libéral, c'est-à-dire qu'on appartient au parti des constitutionnels et des libéraux , qu'on en partage les opinions, les doctrines ; la constitraûmalité et la libéralité font qu'on est constitutionnel et libéral, c'est-à-dire qu'on a des sentiments conformes , qu'on est attaché de conir à la constitution et à la liberté et tout disposé à agir en conséquence. Les deux premiers mots signifiant l'opinion et la profession qu'on en fait, le parti qu'on embrasse , ne peuvent se dire qu'en parlant des hommes; les deux autres signifiant la qualité d'être constitutionnel, libéral , peuvent se dire aussi , parmi les choses , de celles qui sont conformes à la constitution et à la liberté : la constitutionalité d'une ordonnance; la libéralité de vos principes.
A ces exemples on peut 2jouier encore servilisme et servUité.
TERMOfAISONS ISME la âNCE.
haoUrmmtitwm.^ mUMrwm. ffWnMlime^
DfTOEÉRAïmSSE , INTOLËRATirCE. Ces deux mots servent à exprimer les dispositions de ceux qui ne veulent souffrir d'autres idées religieuses, philosophiques ou politiques , que les leurs. .
Isme indique un système , une doctrine qu'on professe; ance marque tout à la fois action et qualité. « Vintolérantisme , dit fort bien Condîllac , est \m système de conduite fondé sur Viniolérance. » Il faut ajouter seulement que ce système est plutôt enseigné ou soutenu en théorie, que pratiqué. Vintolérance, au contraire, est un sentiment conformément auquel on se conduit effectivement : « Elle consiste , suivant le même synonymiste, dans un zèle vrai ou faux, raisonnable ou excessif, ave8 lequel on poursuit ceux qui ne suivent pas notre religion. > L'un est 5)our la spéculation, et réside dans l'esprit; l'autre est pour la pratique , et se trouve dans les sentiments , d'où il passe dans les actions.
D'ailleurs isme étant propre à marquer un excès , il y a dans Yintolérantisme un degré de plus de violence. « Le monstre de Yintolérantisme, > Volt. « Un exécrable intolérantisme. » Id.
C'est à cause de cela que tolérantisme signifie une tolérance qu'on juge trop grande et par conséquent blâmable. Voltaire écrit au président Hénault : « Vous flétrissez l'indulgence , la folerance , du nom de tolérantisme. » Et le docteur Bartholo , dans le Barbier de Séi>ille , s'écrie : a Qu'a produit notre siècle pour qu'on le loue? Sottises de toute espèce : la liberté de penser, l'attraction, le tolérantisme.,.,*
TERMINAISONS ESME vr EBIE.
BigoUgfH^^ higatêne; ea^câÙÊM^ tagaSêtit. Pédamêismê , jfédamerU. Cbmrimtauitme , akariatofiet^ Coguétùmê , taquÊUerie.
Zrmeitene terminent quelquefois les mêmes
SYNONYMES (BJI ONT UE MÊME RADICAL
radicaux et leur impriment Iç sens de dispositioQs et de manières d'agir mauvaises , et dont on fût en quelque sorte profession. Hais , en général, ùme, désinence spéculative, indique plutôt le systfeme de conduite, le vice en lui-môme, dans le caractère, indépendamment de Tapplication*, erie, désinence active, diminntive et tréquentative, est plus propre à marqua les tours, les traits , les pratiques qui en dérivent , ou Thabitude de se livrer à ces tours , à ces traits , à ces pratiques.
BIGOnSIE, BIGOTEKIE; CAGOTISSE, CA60- TEBJE. Fausse dévotion.
Sigotisme et cagotisme sont j>our la théorie, pour ridée -, ils expriment une manière de penser, tm système de croyances, un vice que le moraliste fiait connaître dans ses conséquences et ses caractères principaux, c Cadogan remuait par le moyen des prédicants les passions du bigotisme protestant, de manière que les peuj)les étaient persuadés que la religion de TÊtat ne pouvait être en sdreté si la république ( hollandaise) n'adhérait aux sentiments du roi Georges.» S. S. c Le Prussien Gresset va dans une cour où Ton aime la philosophie et la liberté de penser, et où Ton déteste le cagotisme. i> YoLt.
Dès que du cagotisme on fait pTOfesaion. Disi. la bigoterie et la cagtfterie sont de fait , se rapportent à la conduite ; ce sont les pratiques du btgatisme et du cagotigme on l'habitude de ces pratiques-, elles peuvent être décrites par un poète comique ou satirique , on racontées par un biographe. « Les Espagnols en moins de deux ans (sous le ministère du comte d'Aranda) , ont réparé cinq siècles de la plus infime bigoterie. » Yolt. Croi»-moi, renonce i Ja cagoterie; Iféoe Tmimenl une plus noble vie. 1d.
ISn im mot , il 7 a quelque chose de plus concret et de plus relatif à l'action dans les mots bigoterie et cagoterie. On hait le bigotisme^ c'est-à-dire la manière de voir et le vice du bigot ; on hait la bigoterie, c'est-à-dire la manière d'agir du bigot. PÉDiUVnSHE ; P£i>ANIERIS. Affectation de pédant.
Tidamisme est nn terme de spéculation, c'està-dire exclusirement propre à caractériser une manière de Toîr on de juger en matière de littérature , de science ou de systèmes. Le fédantieme de Vèrudition (Lab.) ; des traducteurs (d'Al.) , déliTrer la pensée des brassières du pédantisme (Marh.)*, Volifere a défait le public ûix pédantisme des Femmes sueantes (Volt.); Léopold de Lorraine a établi dans Lunéville une espèce d'univepsjtë sans pédantisme (1d.). — Pédanterie , au contraire , est un mot relatif aux actions et à la conduite: aussi se dit-il de plusieurs choses à Tégard desquelles pédantisme ne conviendrait point du tout, c CatOQ, qui aimait par pédanterie les vieilles gens , s'attacha à Tabins. « Fihf . «e Si un homme se renferme dans les bornes de son état , nous croyons remarquer en lui une affectation d'être toujours ce qu'il doit être , et nous appelons cela de la pédanterie, > Cord. « Les peuples corromims appellent pédanteHe une exactitude scrapuleuse sur les mœurs. » 1d. « Le marquis d'Arcy était un liomme d'une vertu peu com-
mune, sans nulle pédanterie et fort rompu au grand monde. » S. S.
Toutefois , si pédantisme ne se prend jamais dans cette acception pratique de pédanterie , pédanterie a quelquefois l'acception spéculative de pédantisme et se rapporte aussi aux savants. Mais alors même pédanterie garde un certain rapport à l'action. Le pédantisme est une qualité ou une manière de penser de pédant. «Un livre plein d'un pédantisme dégoûtant. » (Volt.)« Ne vouloir être ni conseillé ni corrigé sur son ouvrage est un p^danftfme. » Labh. « Le pédantisme grec et latin permit rarement d'imiter Marot et Amyot. » Conu. La pédanterie est une manière d'agir de pédant ou de tout ce qui en résulte. « Il ne faut pas à votre fils d'épit2q)he latine : c'est une pédanterie ridicule. » Yolt. « C'est une pédanterie insupportable de s'attacher à corriger dans les enfants toutes ces petites fkates contre l'usage. » J. J. « La forme que les rhéteurs ont prescrite à la ekrie (espèce â'acro9tiche)est le chef-d'œuvre de la pédanterie, s M Ame.
Enfin le pédantisme est plutM un défaut qui tient à la profession, et la pédanterie un défaut du caractère , propre à l'individu. « Le goût de l'auteur de ce factum est d'une pédanterie qu'on ne peut pas • même espérer de oorriger. » sîv.
GHABLATANiSHE, CHARLATANERIE. Tromperie de charlatan.
Le cAofkifan^me s'attribue plutôt aux savants, aux hommes qui s'occupent de théorie et de systèmes, a Tenons-nous en garde contre l'autorité magistrale qui veut subjuguer , et contre le char" latarnsme, qui accompagne et qui corrompt si souvent les sciences. > Yolt. « On revint à Mairan , et on renvoya dans les espaces imaginaires le eharlatanitme du carré de la vitesse.» In. Mais charlatanerie se dit en parlant de toutes sortes de gens, d'industriels, d'intrigants et de fripons.
Que si les deux mots peuvent s'employer aussi à l'égard des mêmes personnes, ils ne laissent pas de différer encore dans ce cas. Le charlatanisme est le genre, et la charlatanerie un trait: le eharùttemisme , une charlatanerie , des charlataneries. « A l'article Charlatan du Dictionnaire enc^lopééique y M. de Jaucourt a développé le charlatanisme de la médecine. » Yolt. « La ridicule charlatanerie de deviner les maladies et les tempéraments par des urines est la honte de la médecine. » In.
GOQUÉTISME, COQUETTERIE. Ce qui constitue une coquette ou la coquette.
Coquétisme est très-peu usité. Hais Regnard Ta employé avec une admirable précision dans la comédie de ht CoquetU. Isabelle y dit à Colombine :« Savante comme tu Tes, tu devrais te mettre à montrer le coquétisme en ville ; tu serais bientôt riofae.* Coquétisme est donc réservé pour la théorie , et coquetterie pour la pratique : le eoquétisme eit la science ; et la coquetterie , l'art.
TERItlNAlSON lE.
Part^ partie {repoft, repartie). Garant, garantie. Chapelle , chupellenie.
La terminaison féminine te est en grec , en latin