‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymes, ouvrage qui a obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1853 et en 1858 (volume 2)Chapitre 6 sur 426 · S. Le duo de Saint^SimeDi · texte numérisé non relu

S. Le duo de Saint^SimeDi

SCARR. Scarron.

SÉT.MmedeSèvigné.

Tr^. TréToux. Le dictiennaire de Trèfoux.

Vau». Vaugelssw

Vaut. VauTonargues.

TBRT.Verlol.

Volt. Voltaire.

L Qiy«l tt néoHsité det tsawii d* ia lexicologie r^UffllMiU tMX «Tnonymei.

Dès rage le pin tmdre A MnaA toute réfleiloot nous apprenons de nos palenls à parler. Plus tord ce qfxi n'avait été qaCtm jeu devient une étude ; des maîtres nous enseignent à bien parier* Bien parler, c'est, tout ensemble, parler purement, parler correctement ^ parler convenablement eu égard au sujet, à la situation, an temps, au fieu, aipc p^sonnes. La première. condition regarde les mois pris en eux-mêmes ; comme ib sont les matériaux qui entrent dans la composition du discours, il fout avant tout les connaître, en savoir la nature, la valeur, les diverses acceptions, de manière à ne les point confondre. On donne le nom de lexicologie à ht science qui s'occupe de déterminer les significations des mots , et celui de dicHotmaire^ aux livres où ses décisions se trouvent consignées. Ensuite, les éléments que les dictionnaires donnent séparés doivent subir eerfaines modifications et certaines comlunaisons d'après des règles prescrîtes et sanctimnées par l'usage : sur ce point , c'est la gram,^ maxrt qu'U faut consolter. £Ue est une espèce de code où sont recueillis les arrêts de rosi^ cQBCsrnant l'oiigaBisatten matéffiel|e ou le mécanisme du discours , le tour des phrases , les inflexion^ et la disposition des mots , suivant les rapports qu'on leur veut fsûre exprimer. Enfia les i^M^rtjtisi et les fodtiqu» ont pour objet les convenances du style , les procédés et les artifices de langage nécessaires qiland on veut traiter aiwc succès tel ou tel sujet, pro»duire sûrement telle ou telle impression.

Entre ces trois parties de l'art de bien dire, qui se rapportent, la promit & la jœtesse, la seconde à la correetion et la- troisième à l'expression , la dei^ nière est d'une utilité moins générale. Le dictionnaire et la grammaire sont pour tous les honmies des manuels indispensables, parce cpie tous les hoounes doivent employer les termes propres, et dans leur arrangement se conformer à la pratique commune ; mais la rhétorique et la poétique ne s'adressent qu'au petit ncHubre de ceux qm se proposent d'exercer par la parole une certaine influence sur l'esprit ou le cœur de leurs semblables. A c^e fHremière 4i£E&^ renée s'en \msA ;une seconde tout aussi importante. La lexicologie et la gramr maire commandent, imposent des règles ; la rhéU^rique donne des conseite. On ne saurait désobénr aux mies ou même en négliger Tétode , sans meourir le reprodie d^gnorance et de baibarie, sans aB^ contre le but du knpge, qui est de se feire comprendre ; celui qui ne connaît ou ne suit pas les prescriptions de la riiétorique ne cT^pose pas par cela seul et nécessairement à manqu^reffetqifil attend de ses paroles. C'est que la lexicologie et la grammaîie

Vm INTRODUCTIOIC.

promulguent au nom de l'usage des lois fixes et absolues; tandis que la rhétorique indique des moyens dont le succès dépend en *grande partie du génie de celui qui parle » du caractère de ceux à qui il parle et de plusieurs circonstances non moins variables au milieu desquelles il parle. Et, pour ne tenir compte que du génie de celui qui parle, on peut dire que l'éloquence et la poésie sont plutôt des talents que des arts, et que jamais la rhétorique n'allume le feu sacré dans l'&me de celui qui ne l'a point reçu du ciel.

Puisque les déterminations de la lexicologie et les règles de la grammaire intéressent tous les membres de la nation et sont indispensablement obligatoires ; puisque, d'autre part, les préceptes de la rhétorique, destmés à quelques-uns seulemelit, ont une efficacité fort incertaine, ne semble-t-il pas s'ensuivre que les études lexicologiques et grammaticales ont dû être de tout temps plus cultivées que la troisième partie de l'art de bien dire? Ce serait une erreur de le penser. La grammaire, il est vrai, quoique la théorie et la rédaction en soient abandonnées à des savants modestes et peu estimés, n'a jamais cessé de jouir d'un assez grand crédit : elle est l'objet de nombreux traités, et il n'y en a pas qui soient recherchés par autant de lecteurs. Hais on ne saurait imaginer toute la négligence apportée dans les travaux de la lexicologie et combien peu de prix on attache en général à leur perfectionnement ; comme si la connaissance de la propriété des termes était chose trop facile ou trop indifférente pour mériter qu'on en fasse, ainsi que delà rhétorique, une partie essentielle de l'art de bien parler, et qu'on s'applique à l'acquérir.

Les dictionnaires ont pour tâche principale de définir les mots de telle sorte ^lu'ils ne soient pris ni à contre-sens par celui qui parle ou écrit, non plus que par l'auditeur ou le lecteur, ni en sens divers par les uns et par les autres, ce qui occasionnerait inévitablement des méprises et des malentendus. Or, il s'en faut de beaucoup que les définitions qui s'y trouvent répondent à cette idée. A part un très-petit nombre de termes significatifs d'idées simples et claires par ellesmêmes, tous les mots sont susceptibles de définition, parce que tous, exprimant des collections d'idées élémentaù*es ou des nuances, se peuvent résoudre en termes qui représentent celles-ci d'une manière distincte et détaillée. C'est seulement à l'égird dé ces mots complexes que nous prétendons critiquer 'le travail des dictionnaires; il y aurait de l'injustice à exiger par rapport aux autres une rigueur reconnue ftnpossible.

Que parmi les définitions des dictionnaires il y en ait de fausses, c'est un naal sans doute, mais un mal de peu de conséquence ; car il est présumable qu'elles choqueront à la longue le bon sens des vocabulistes , et qu'ils sauront bien les corriger. Hais on peut reprocher aux dictionnaires un vice tout autrement grave, parce qu'il réside dans la manière même de définû*, et que leurs auteurs ne pa* ^raissent pas soupçonner combien elle est défectueuse. Us se bornent pom* l'ordinaire à tradubre un mot par un autre; ce qui est en même temps ne rien expliquer et taire naître dans l'esprit du lecteur une erreur manifeste. C'est ne rien expliquer, si le lecteur ne connaît pas le sens du mot par lequel on définit.

nTAOOUGTiON. IX

oa â œmot, eomme il arrive presque toujours, se trouve défini à son tour par celui même à qui il sert de définition, de sorte qu'on soit renvoyé de l'un à l'autre sans rien apprendre de l'on ni de l'autre. Ensuite» c'est induire en erreur en faisant croîie à une identité absolue de signification entre le mot expliqué et le mot cpû explique, identité qui a très-rarement, ou plutôt qui n'a jamais \ieu. Ainsi, presque foutes les définitions des dictionnaires sont illusoires; elles promènent k lectear d'un volume ou d'un mot à un autre , sans repos et sans fruit , sans jamais lui rien enseigner d'essentiel qui le satisfasse et l'arrête définitivement, eOes le font rouler dans un même cercle, cercle vicieux suivant la juste expression des logiciens; et, si on s'en rapportait aux vocabulisles, il faudrait tenir pour équivalents, c'est*à-dire pour sf/nonymes, car tel est le nom donné aux mots prétendus égaux pour le sens, non-seulement ceux qu'ils qualifient ainsi formellement non-seulement ceux auxquels ils appliquent la même définition, soit sans détour, soit en ayant l'air de la varier en variant un peu les termes, mais encore tous ceux qu'ils font servir de définitions les uns aux autres, et le nombre en est fort considérable. Consultez le dictionnaire seul, vous vous imaginerez, par exemple, que la synonymie est parfaite, et qu'il n'y a jamais de choix à faire entre gourmand et glouton; ladre et crasseux; intelligent et entendu; trouver et rencontrer; bétail et bestiaux ; enchérir et renchérir; odorant et odorifé^ read; étincelle et Muette; ineffaçable et indélébile; grandeur d'ùme^ générosité et magnaniadU ; et ainsi d'une foule d'autres.

Sous ce rapport, tous les dictionnaires pèchent également et à peu près au même degré. Cetui de l'Académie détermine de la même manière que les autres les significations des mots : ou, pour parler exactement, il est à cet égard le modèle que les autres copient L'Académie, à la vérité, a senti et déclaré dès le principe que, pour définir les termes, il ne fallait pas se contenter d'en faire connaître les synonymes; mais, dans la pratique, il lui arrive presque toujours de s'en contenter. Aussi, tout ce que nous disons ou dirons des dictionnaires s'étend à tous, bien ques'appliquant particulièrement à celui de l'Académie, le vrai régulateur de la langue française. Cest donc de celui-ci que nous emprunterons d'abord un exemple qui mette en évidence ce qu'il y a d'insuffisant dans ces ébauches de définitions.

Qa*on tache de concevoir, d'après l'Académie, les sens attachés aux verbes SfÂ^ants : ^

Btteer : improuver, reprendre, condamner.

/j^proMper : désapprouver, blâmer.

Détofprewer : blâmer, condamner, trouver mauvais.

E^prower : rejeter une chose, la désapprouver, la condamner.

Tkfmdre : blâmer, censurer, critiquer, trouver à redire.

Omd4amer : blâmer, désapprouver, rejeter.

Désavouer (fig.) : désapprouver, condamner, réprouver.

Censurer : blâmer, critiquer, reprendre.

Critiquer : censurer, trouver à redire.

Bedife(tmÊV€réy: reprendre, bUiuer,, qensoreCr

Contrôler : reprenne» ccitiqoer, censurer*

Fronder : bl&aier, condamner,, criligtuan

ÉpUogwr : censurer, trouver à redire*

Au lieu d'instruire le lecteur, ne seiDble4«ou pas se jouer de lui 7 Et que sait il de plus après qu'avant, sinon que tous ces verbes sont synonymes et qu'on peut indistinctement dans tous les cas employer celui-ci ou celui-là^ ? Du reste ces définitions ne sont point rares dans les dictionnaires; elles s'y rencontrent par centaines, par milliers; et ce sont elles apparemment qui ont &it dire à Rir varol que l'Académie avait manqué la presque totalité de ses définitions.

En somme, les dictionnaires ne définissent point, ou ils définissent d'une manière incomplète, en mAme ten^ qu'ils accréditent une erreur» Os désignent d'une manière générale et approchante l'ordre d'idées exprimé par k motdonné, sans insister sur la place qu'il y occupe, sur le caractère particulier <}ui le distingue comme espèce dans le genre. Ils mettent sans plus de rigueur chaque mot àcôté d'un autre ou d'autres mots qui lui ressemblent à peu près. Indication insuffisante qui ne fait pas connaître, qui laisse flotter dans le vague la propriété des termes, qui n'apprend rien sur le choix qu'il convient d'en faire dans les di- ^ verses circonstances, et qui n'a d'autre résultat positif que de former une masse énorme de mots qui surchargent la langue en l'appauvrissant d'idées. Les Diction!^ noires des synonymes ont pour objet de remédier à cette double imperfection. Ce sont, en ce qui regarde les définitions, des compléments àes dictionnaires ordinaires. Posant en principe qu'il jie saurait y avoir de synonymes parfaits, surtout dans la langue usuelle d'un peuple avancé en civilisation, ils réunissent en familles les mots qui expressément ou implicitement sont tenus pour tels, et ils assignent à chacun une idée nette et qui lui convient exchiâvemwt. . Sfynonyme vient de deux mots grecs o^v, avec, ensemble, et 2vq|m(, nom, pour marquer que les termes ainsi qualifiés nomment eu désignent ensemble, ou les uns comme les autres, les mêmes choses, les mêmes idées. Il y a eflectivement des mots regardés comme tout à fait équivalents par les pertes, par les mauvais surtout, qui ne consultent en les employant que le besoin.de la mesure et celui de la rime. Ce qui a fait dire à Port-Royal : « Combien la rime n'a-t-elle pas engagé de gens à mentir î » Ainsi, dans nos collèges, les élèves, pour s'aider à versifier en latin^nt entré les mains un dictionnaire intitulé : Gradue ad Pâmassunif et dans lequel à côté de chaque mot se trouve l'indication de ses synonymes. Parmi ces derniers, qu'il y en ait un qui consente à entrer dans le vers, il est immanquablement préféré» dût-îL former un contre-sens ou faire dire un mensonge.

Cependant, il n'y a jamais identité de signification entre les mots réputés sy^ nonymes. Us ont entre eux le même rapport que les variétés d'une même couleur principale. Au premier coup d'œil et à distance, ils semblent tous se confondre, tant les nuances qui les séparent sont Itères» Mais, en y regardant de

1. Pour leun difi&raaoei, Toy. Bkknar, désapprew^efi 9te^ |u 401 etfoi?.

flnmoDiNêTrai. xi

près, en aperçoit ee qif fl y a âè particnUer dans dlaeDiia de ees nnsncefi, oq, pOBT ftder ssDft flgmv , OD £'afeifoit qne ckuine mot est i^ tîiicti& qai lercBdcBÉ setd propra i expiimcr dans certaines dreoofllaoceairidâB gènènte qa% veprteeniesit toii&

CkffîfonBéraeDtioesdeaxinamère&âe'voir^ i

teors, saggérie on entreteane paries tocaboUstes, et eeDe des grammairiasB plufo»plMS partagée par tous les bons éerifaîns, les synonymes sont devcans le sogd de deux sortes d*ouf rages également appelés OkUofuuiireÊdeÊ HfnonpHm. Aam les mis, comme dans le firodsi^ n'ayant égard qu'à lemr nssemblanoe et les prenant pov ce tpie les donnent les dictionnaires ordinaires, on les a rassemblés par groQpes aflnqna le lecteor pût àson gré se serrir de cehii-ci on de cdm4à, maïs sans loi indiquer de choix. Tels sont le Dictionnaire de Timothée de lÀroj, augmenté par Beanzée, en frangais» et cdm de Babbl, en italien ; td flit chez les Grecs YOndm^ufMeom de Jrfias Po11px> Dans lés autres, les mots synonymes, c^est-è-dire en partie synonymes, csoronn'en reconnaît point qui le soient enti^^ment, se trouvent anssi rangés en ihmille, en raison de lenr ressemblance; mais à chaom est assignée nne nuance propre qui le caractérise et ne permet pas d'en employer mi antre dans certaines occasions. Là, on dirait des liTres d'histoire, de mathfam>tiqoes, de monde, jetés p^-méle sur les rayons d'une bibliolhèqae; id, des échanAillons de minéraux r^uliérement classés dans un ' cabinet dlûsUnre naturelle. Nous entend<ms exclusivement par DietianMoires des tymm^nnes des ouvrages du second genre, quoique cette dénomination convienne mieux â ceax du preaàet^ où l'on ne lient pas eompte des différences, où l'on ne senUe pas 7 croire.

Tel est le sens dn mot lynseysis/tel est celui de Texpression BkUamkokre dm JfnowySM». S hisage n'avait consacré cette dernière, il faudrait la remplacer par celte de JPfefftmaaire miti-tpumymique ; car l'espèce d'ouvrage qu'elle désigne est destmée & dteiper Papparenle synonymie à la faveur de laquelle les dictionnaires ordinaires, sans avoir l'air d'abandenner leur tftdie, se dispensent réellement de définir lès mots.

lin pareH ouvrage est une nécessité pour tout eq>rit droit et judicieux qui ayant à eoeor la clarté et ht précision du (fiscours ne se contente pas d'une idée tdle quelle des cboses. Les dictionnaires ne donnent sur les acceptions des mots que des à peu près. Mids leurs définitions ne seratent ni inexactes, ni incooK plètes, là évasi^^, qu'éft» ne satisferakirt point encore, parce qu^elles sont arUlraires et dogme^Bqnement knposées. Et fussttit-elles justifiées, en même t^Dps qaVDes marqueraient fidèlement tous les traits caractéristiques de l'idée dont le mot est le signe» rites ne peuvent obtaiir assez de développement dans le dictionnaire général pour être nettement et distinctement entendues. Voilà pour- ' qnoi un dictionnaire parfait sous ce rapport ne* rendrait pas inutile l'usage du dictionnaire des synonymes. H ne suffit pas de définitions irréprochables pour mettre en état de discerner toujours et sûrement la propriété des termes ; il faut de plus en rapprochant les définitions de ceux dont le sens se touche, faire res-

Xn INTRODUCTION.

sortir leurs nuances distinclives, et pour cela ce n'est pas trop la plnpart du temps d*une longue comparaison où on les oppose les uns aux autres sous toutes les faces 9 au moyen de phrases Mes à dessein ou d'exemples empruntés aux écrivains les plus considérables. Voilà pourquoi les dictionnaires des synonymes, abrégés de Girard, que Boiste et Laveauxont joints à leurs grands dictionnaires augmentent le volume de ceux-ci sans rien ajouter à leur valeur. Le tait est qu'une foule de distinctions ne s'y comprennent plus, faute d'explications et de détails. De là vient aussi en partie que les Synonymes latins de Gardin Dumesnil, imitation écourtée de Girard, [sont si insignifiants et si peu utiles à étudiera Voilà pourquoi enfin on ne saurait donner du travail d'un synonymiste une analyse fidèle et claire, surtout quand on s'attache, ainsi que l'a &it M. G;uizot par rapport à Roubaud, non pas à résumer sa pensée, mais à transcrire quelques phrases avec les termes mêmes dont l'auteur s^est servi.

Les dictionnaires ordinaires ont pour inconvénients de laisser daiis l'incerti* tude touchant la signification propre des mots, et, en ce qui concerne le choix de ceux-ci , de favoriser la paresse et l'indifTérence, de fournir au verbiage un aliment et un encouragement. En combattant 'deux effets si déplorables, le dictionnaire des synonymes rend un double service. Il y a plus : sans les lumières qu'il prête , on ne saisirait pas toujours dans les auteur^ classiques des finesses qui tieunent à des nuances de sens fort délicates. Par exemple , Laharpe rapporte, dans son Cours de littérature^ qu'à l'époque de la Révolution Timpudence des mœurs fut telle', que les femmes enyinrenXkïhabUkrsesis se vêtir; expression admirable, mais dont la justesse parfaite doit échapper à bien des lecteurs, à tous ceux qui s'en rapportent aux dictionnaires pour les sens des mots : les dictionnaires définissent s'habiller par se vêtira et se vêtir par s*habiller. Vous lisez dans Montaigne que c'est trahison de se marier sans s'épouser V que , pour donner comme il faut, on doit épandre le grain, non pas le répandre V et qu'en faisant souvent le piteux on n'est pitoyable à personne \ Bornez-vous à consulter le meilleur de nos dictionnaires , celui de l'Académie, vous ne parviendrez pas avec son aide seule à comprendre tout ce qu'il y a de spirituel et de juste dans ces trois phrases. Vous y trouverez la même définition appliquée à se marier et à s'épouser y h épandre et à répandre^ k piteux et k pitoyable. D arrive hiim quelquefois aux vocabulistes de mettre des différences entre les définitions des mots opposés par les auteurs; mais d'ordinaire; ou ces différences sont fousses, comme ceUe, par exemple, que prétend établir l'Académie entre c^est à vous à et c'est à vous de, ou elles ne sont qu'apparentes et en les pressant on en fait aisément ressorth- tout ce qu'elles contiennent d'illusoire. A la fin du chapitre intitulé : De Democritus et Heraclitus , le même Montaigne écrit que , notre propre et pécu-

1. Le même reproche ne saurait ètr^ fait à l'excellent Traité des «ynonymei de la hngue Ux^ de M. £. Barrault , auquel VInstitut a décerné le prix de linguistique en 1853.

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