AISÉMENT, À L'AISE
L'un est pour l'action, l'autre pour l'état : on fait quelque chose aisément; on repose d Taîse dans un éiuteuil.
Et quand même tous deux se disent en {variant des actions , l'adverbe a seul un caractère de subjectivité toiyours facile à reconnaître. Si une porte ne s'ouvre pas aisément, ceux qui entrent sont obligés de la pousser avec effort; si elle ne s'ouvre pas à Vaise , elle est mal faite , mal posée ou arrêtée par un obstacle. Où vous marchez aisément , vous marchez sans peine; où vous marchez à Vaise ne se trouve rien qui vous embarrasse ou vous gène. «Aplanir le chemin du ciel et y faire marcher à Vaise les ftmes lâches. » Boord.
8* La phrase adverbiale étant composée d*an sobalan- Ur abstrait et de la préposition en. Abondamment, en abondance; effeetipement , en effet; réellement . en réalité; totalement , en ieiedité; eotuéqagmment ,
n faut d'abord répéter ici la remarque faîte au commencement de l'article précédent , c'est que le changement de préposition dans la phrase adverbiale substantive n'en produit aucun de bien sensible dans le rapport de cette phrase explicative avec l'adverbe qu'elle sert d'ordinaire à définir. Ainsi, en rigueur, à la rigueur et avec rigtuur paraissent différer de rigoureusement à peu près de la même manière; ainsi, qu'on dise verser des pleurs en abondance ou avec abondance , cela revient au même , ou peu s'en faut , par rapport à verser des pleurs abondamment. Il ne peut
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
donc encore y aToir ki entre l^adverbe et son ex« phcation d'autres différences que celles qui tiennent au double caractère yerbal et adjectif de l'adverbe. On ne se prive d'aucune lumière en ne tenant point de compte du sens particulier de la préposition en.
ABONDAMMEirr.Elf AB(Hn>ANCaL Beaucoup.
Abondant y d'où vient abondamment^ n'est point on adjectif qui se distingue et s'éloigne par sa terminaison du substantif a&ondaftce; il a , au oontraire , sous tous les rapports , la plus grande ressemblance arec lui. Leur valeur primitive se trouve donc aussi pure y aussi entière dans Tadjectify et par conséquent dans l'adverbe , que dans le substantif. Il s'ensuit que toute la différence qu'il peut y avoir encore entre l'adverbe abondamment et la pbrase adverbiale Substantive en abondance est celle qui se tire du rôle grammatical de l'adverbe, de son intimité avec le verbe, colle de l'accident à l'être , du subjectif à l'objectif.
L'adverbe convient mieux en parlant de ce qui arrive : boire (tas.), suer (Sby.) abondammefU, La phrase adverbiale se dit seule en parlant de ce qui est : les mets étaient en abondanu sur la table (Les.);
Je prétends que ehei moi tout soit e» ahondamee. Dist. L'adverbe se rapporte au phénoménal essentiellement marqué par le verbe ; la phrase adverbiale se rapporte à l'être essentiellement exprimé par le substantif.
Cependant la différence n'est pas toujours aussi grande , et en abondance se dit aussi , comme abondamment ^ des choses qui se passent ou arrivent. Mais odondammenl les qualifie en rapport avec le sujet, et «n abondance les représente en rapport avec Tobjet. On pleure abondamment : « Ce n'est pas qn'Acbilie n'ait pleuré a]K>ndaminent, et que cela n'arrive aux héros avec bienséance. > Làf. On verse des pleurs en abondance : « Ce vieillard lui fil connaître, par les larmes qu'il versait en 'abondance, qu'il ressentait une vive douleur.» Las.
On ne peut se servir que à^àbondamment quand l'esprit se représente seulement un sujet et non pas un objet, une matière en grande quantité : suer abondamment : il fournit abondamment à tons nos besoins (Las.) ; Dieu se suffit abondammenl à lui-même (ld[AX.)i P^^^^ P^~ duire obondemmenf , il £etut être nourri largement (Bqtt .).~ En abondance , au contraire , est le mot propre, quand l'idée prédominante est celle de la chose, d'une matière qui est abondante. « Le maigre, loin d'échauffer la nourrice, lui fournit du lait m abondance. » J. J. « Nous n'a- Tons qu'à nous tourner vers Dieu, il nous donnera de quoi nous nourrir en abondanu. » Ràc. A moins d'être abondamment pourvu de certaines «hoses, on ne peut les donner en abondanu. Avoir du vin abondamment ^ c'est en avoir beaucoup sous le point de vue subjectif, c'est-à-dire à souhait, de quoi satisfaire pleinement son envie de boire : avoir du vin en abondanu , c'est en SToir beaucoup sous le point de vue objectif, c'est-à-dire en grande quantité et dans un grand oombre de vaisseaux.
On dit bien ses pleurs coulaient abondammenl
et en abondanu; mais en obomfanes présente distributivement, et comme on le ferait pour les parties d'un tout, les pleurs sur lesquels abondamment n'appeUe pas ainsi l'attention. L'adverbe aie sens de beaucoup, sans détail; il énonce le eût, mais ne décrit pas la chose ; c'est par rapport à celle-ci une expression vague, abstraite, idéalisée, par cela même qu'elle en détourne l'esprit pour le fixer sur le sujet qui agit ou sur son action. Ce n'est pas que abondamment soit impropre à marquer la succession et l'étendue , mais il la marque dans le fait et non dans la chose ; il a plus de rapport au temps et à la force qu'à l'espace et au nombre. Il pleut abondamment , quand il pleut longtemps et d'une manière forte , remarquable ; la pluie est tombée en abondanu , quand elle est tombée en grande quantité , de manière à inonder les routes et les plaines, à £&ire déborder les fleuves, à tremper profondément la terre.
EFFECTIVEMENT, EN EFFET. Ces expressions s'emploient pour confirmer ou pour rectifier, pour appuyer ou pour corriger ce qui a été vu, conçu ou avancé.
Mais effeaivement se dit dans l'ordre des faits, et en effet dans l'ordre des idées. Effectivement ajoute ou oppose la réalité, ce qui arrive, se passe ou a lieu dans le monde des phénomènes; en effet ajoute ou oppose la vérité , ce qui est , ce qui est en soi ou essentiellement. Ces choses sont effectivement telles qu'elles peuvent ou doivent être; ces choses peuvent ou doivent être en effet telles qu'elles sont. Une chose, dont on n'a pas fait voir encore qu'elle est effectivement , n'existe que dans l'esprit, dans l'imagination , en idée ou en projet; ce n'est qu'une fiction, une promesse, une hypothèse : une chose , dont on n'a pas encore démontré qu'elle est en effet , n'est <^'en apparence, elle n'est pas de droit, légitmiement ou véritablement. E/fectt^emenl est pour ainsi dire un terme historique dont se sert un homme qui en appelle à l'expérience, à l'existence physique et actuelle; en effet est l'expression logique ou abstraite qu'emploie un homme qui ne regarde qu'à l'idée, àl'essenoe, aux principes, à ce qui doit être.
Une grâce e/fecttvemeni suffisante (Pasc.) et une grftce suffisante en effet (Id.) suffisent, ne sont pas suffisantes que de nom, n'ont pas que l'air d'être suffisantes. Mais la grâce effectivement suffisante suffit de fait, il lui arrive de suffire; et la grftce suffisante en effet suffit au fond , en soi , quant à sa valeur essentielle , elle doit suffire. — Cette récompense vous est due; vous l'avez effectivement méritée par votre conduite : cet emploi vous est dû; vous en êtes en effet digne par vous-même, par ce que vous êtes (et non par ce que vous avez fait), par votra capacité , par vos qualités.
« Cela est arrivé effectivement. > Acad. < Une preuve qu'il y a d'autres sujets de poème que la colère d'Achille , c'est que j'en ai trouvé effectivement (Homère). » Fén. « Diogène condamna cet homme parce qu'il avait e/7ecttvement volé ce dont on l'accusait. » In. «Toutes ces choses se peuvent rencontrer dans les animaux et s'y rencontrent e/Tecttoemenl. » Mal. « L'impénétrabilité des corps